Les mystères urbains en Italie vol. II : Les réécritures du XX? siècle
Étrange histoire que celle des mystères urbains: un genre littéraire qui rencontre un succès extraordinaire au XIXe siècle, à partir de la publication du texte fondateur, Les Mystères de Paris d'Eugène Sue (1842-1843), et qu'on délaisse complètement par la suite, si bien que certains critiques ont pu, sans trop d'hésitations, le déclarer mort et enterré. Mais en est-il vraiment ainsi? En réalité, il n'est pas impossible de repérer des traces "posthumes" des mystères urbains, des cas de "survivance" même, pourvu que l'on se munisse d'une certaine ouverture d'esprit et d'un regard perçant. La littérature italienne du XXe siècle, sur laquelle porte ce numéro de Transalpina, montre qu'un oubli apparent peut dissimuler une latence féconde: de Massimo Bontempelli et Alberto Savinio à Anna Maria Ortese et jusqu'à Roberto Saviano, d'Italo Calvino à Paolo Zanotti, d'Emilio De Rossignoli à Umberto Eco en passant par Gianfranco Manfredi, pour descendre, au fur et à mesure, vers les créations contemporaines du dessinateur Elfo (Giancarlo Ascari) et de la romancière de science-fiction Nicoletta Vallorani, sans oublier l'écrivain qui, plus que tout autre, semble vouloir faire revivre dans son œuvre la grande saison des mystères du XIXe siècle, Dino Buzzati, nombreux sont les auteurs – et les artistes – qui se sont inspirés des maîtres, étrangers et italiens, de ce genre, pour écrire l'épopée des bas-fonds de la littérature contemporaine.
Les mystères urbains en Italie vol. I : Les textes du XIX? siècle
Les mystères urbains sont l'un des genres les plus fascinants de la littérature du XIXe siècle. Lus par tout le monde à l'époque de leur publication en France, les Mystères de Paris d'Eugène Sue vont connaître un succès immédiat et, à la suite de leur parution, une éclosion soudaine d'imitations dans toute l'Europe. Dans la péninsule italienne, ils provoquent un déluge de publications directement liées à la culture italienne et à ses grandes constantes culturelles, en premier lieu la diversité géographique: Rome, Palerme, Milan, Naples, Florence, Gênes renferment leurs propres mystères que de nombreux écrivains italiens vont s'employer à révéler à leurs lecteurs. Une diversité géographique à laquelle correspond une tout aussi large variété de registres narratifs, lesquels, au fur et à mesure que le siècle avance, vont des intrigues ténébreuses aux pamphlets anticléricaux, des romans criminels aux reportages journalistiques, des enquêtes sociologiques aux manifestes politiques anarchistes ou socialistes.Ce numéro de Transalpina se propose de faire le point sur la littérature italienne des mystères et sur sa réception critique, à partir des textes "classiques". Les contributions ici réunies reflètent toute la diversité de la littérature des mystères urbains pendant la deuxième moitié du XIXe siècle en Italie.
Ce numéro de Transalpina porte sur la réception de la littérature italienne en France et notamment sur la (re)traduction de ses "classiques", en prenant en compte les canons de l'histoire littéraire et les conceptions du traduire qui évoluent selon les pays et les époques. Cette historicisation met en évidence une dimension inter-factorielle complexe à la base des retraductions: politiques de marketing et vente, révisions de l'original, défaillances des premières traductions (erreurs et censures), changements de poétiques et des pratiques éditoriales… C'est dans un tel cadre que les études ici réunies proposent des cas spécifiques illustrant les parcours d'œuvres d'auteurs variés, par genre, poétique et style, du Moyen Âge à nos jours: la Vita Nova de Dante, les Piacevoli notti de Straparola, I Promessi sposi de Manzoni, I Malavoglia de Verga, Ferito a morte de La Capria et La freccia azzurra de Rodari. Toute retraduction dévoile ainsi le statut d'inachèvement du traduire.
Entre France et Italie : échanges et réseaux intellectuels au XIXe siècle
Ce numéro de Transalpina s'inscrit dans le système complexe et élargi des échanges franco-italiens, dans lesquels les histoires des individus et des intellectuels s'entrecroisent avec un réseau de références reflétant la multiplicité des occasions culturelles tout au long du XIXe siècle, en particulier dans le contexte du Risorgimento - qui paradoxalement est la période la moins étudiée jusqu'à présent -, lorsque la France devient la principale terre d'accueil des exilés italiens, et un terrain d'amitiés mais aussi de rivalités intellectuelles et politiques.En partenariat avec l'axe de recherche Rivoluzioni Restaurazione Risorgimento Letteratura italiana 1789-1870 de l'Associazione degli Italianisti (ADI), ont été suivies ici de nouvelles pistes, comme les lieux de contact et de sociabilité franco-italiens; l'étude des correspondances; les relations éditoriales et journalistiques; enfin les écritures et les enjeux littéraires entre France et Italie. La reconstruction de ces réseaux au cours du XIXe siècle, entre théâtre, lieux-refuges des exilés, presse, revues, élaborations littéraires, contribue à la construction d'une nouvelle géographie culturelle, qui dépasse toute idée de primauté, supériorité, décadence, progrès différents.
Edmondo De Amicis (1846-1908) est internationalement connu comme l'auteur de Cuore (1886), un livre pour la jeunesse qui, par la durée de sa lecture, a agi en Italie comme un puissant instrument d'unification nationale. Mais le succès durable de Cuore a fini par éclipser son œuvre, alors qu'il avait été l'écrivain le plus aimé de son temps, et qu'il avait joué un rôle de guide et de médiateur tout au long d'un parcours qui l'avait conduit des batailles du Risorgimento à l'adhésion au parti socialiste. Dans les dernières décennies, son œuvre a été constamment rééditée et revisitée par la critique; un regain d'intérêt qui trouve une nouvelle confirmation dans ce numéro de Transalpina qui lui est entièrement consacré, dans le but de faire connaître au public français d'aujourd'hui l'un des intellectuels les plus représentatifs d'une époque exemplaire au plan idéologique et politique. Les études ici réunies offrent une vision d'ensemble de l'œuvre de De Amicis, dont elles retracent les étapes fondamentales en éclairant dans tous ses aspects cet écrivain à l'esprit toujours en éveil, qui sut exprimer les idéaux et les valeurs typiques de son temps, mais aussi percevoir mieux que quiconque l'importance des facteurs d'évolution en cours dans la société italienne, comme l'école, l'émigration et les luttes ouvrières.
Le cinéma italien d'aujourd'hui, entre film politique et film engagé
La réflexion sur le politique et sur la représentation à l'écran du témoignage civique sont des caractères structurants du cinéma italien, qui s'est fait une spécialité d'analyser les incertitudes politiques et les difficultés sociales dans la péninsule.Les études ici réunies se penchent sur le renouveau que la production cinématographique de la péninsule connaît en ce début de XXIe siècle. Ils montrent comment les meilleurs metteurs en scène actuels – tels Nanni Moretti, Paolo Sorrentino, Marco Bellocchio, Marco Tullio Giordana – grâce à leur subjectivité artistique, savent cerner les personnages politiques, interroger les drames du présent et démasquer les visages du pouvoir.
Traduction, introduction et notes de Mariella Colin
Le roman d'un maître d'école (1890) a été écrit par Edmondo De Amicis en même temps que le célèbre Cuore (Grands Cœurs ou Le livre Cœur en version française). Véritable " roman-enquête " sur le monde de l'école italienne après l'unification de la péninsule en État national, il suit l'itinéraire d'un instituteur dans les villages des vallées et des campagnes du Piémont et brosse un tableau très réaliste des conditions de travail des maîtres et des maîtresses après la fondation du royaume d'Italie. Dans un cadre habilement composé et colorié, il campe autour du protagoniste une foule de maîtres et de maîtresses, de maires et d'inspecteurs, d'élèves et de parents d'élèves, tous représentés avec beaucoup de justesse. Ce roman, que Benedetto Croce qualifiait de " zolien " par sa documentation scrupuleuse, est aussi écrit d'une plume alerte, car l'auteur décrit avec vivacité des situations très variées et fait volontiers appel à l'ironie pour caractériser ses personnages. Faisant figure de classique parmi les " romans de l'école " qui fleurissent en Europe au XIXe siècle, Le roman d'un maître d'école procure au lecteur d'aujourd'hui un vrai plaisir de lecture.
La Littérature de jeunesse italienne du XXe siècle
Ce numéro de Transalpina porte sur la littérature italienne pour l'enfance et la jeunesse du XXe siècle, souvent peu connue en France. Il éclaire cette période, et présente les auteurs les plus significatifs et les œuvres les plus importantes de son histoire récente, dans laquelle les déclins ont alterné avec les renaissances, les continuités avec les ruptures. Cette production littéraire et artistique a été portée par plusieurs générations de romanciers, poètes et dessinateurs, qui se sont succédé d'une époque à l'autre : après la floraison des années 1900-1920, le siècle a été marqué par un arrêt de la création sous le fascisme, puis par des années de conformisme sous la république catholique et conservatrice du deuxième après-guerre. Mais les romans de Landolfi et de Buzzati, la poésie d'Alfonso Gatto et les premiers textes de Gianni Rodari annoncent déjà la renaissance qui s'épanouira dans les " fabuleuses années 1970 ", et qui ne s'éteindra plus ensuite : à côté de Rodari prendront place Marcello Argilli, Roberto Piumini, Bianca Pitzorno, Beatrice Masini, Bruno Munari, Nicoletta Costa, Agostini Traini, et toutes celles et tous ceux qui participeront à la nouvelle période de créativité, tant dans le domaine narratif que dans celui de l'image et de l'illustration, qui légitimera la littérature italienne pour la jeunesse au niveau mondial.
Dans cet ouvrage sont explorées les modalités selon lesquelles s'est faite en France la traduction et la réception d'œuvres italiennes pour la jeunesse – ou bien d'œuvres adaptées pour la jeunesse dans le contexte d'accueil – de Pellico, Manzoni, Cantù, De Amicis, Salgari et Collodi. Les trois premiers sont des écrivains romantiques de la première moitié du XIXe siècle, appartenant aux courants catholiques du Risorgimento ; les trois derniers, des représentants laïques de l'Italie libérale, devenue un État national. La question soulevée ici est celle des transferts culturels au travers de la traduction littéraire, dans le cadre particulier de la littérature pour les enfants. L'enquête, orientée vers la reconstitution politique, sociale et culturelle des contextes de départ et d'arrivée, a montré que ces œuvres ont été soumises à des manipulations diverses (linguistique et rhétorique, narrative et idéologique) : un travail d'adaptation qui a pu aller jusqu'à la censure et au travestissement, dans le but de satisfaire les aspirations d'un groupe social ou d'une opinion hégémonique.