En 2006, la circulaire ministérielle n°2006-45 acte la transformation du foyer de travailleurs migrants (habitat postcolonial) en résidence sociale. Que recouvre cette disposition et quelles conséquences en découlent pour les usagers et les bailleurs sociaux ?Menée sur quatre années, cette recherche ethnographique analyse la transformation des foyers de travailleurs migrants. Dès lors que ceux-ci deviennent des résidences sociales organisées à partir d'espaces uniquement individuels, comment habiter ces lieux privatifs encadrés par de nouvelles contraintes ? Qu'en est-il de la vie collective ? Quelles sont les stratégies d'adaptation et de résistance mises en place par les habitant.es ? Dans une écriture très fluide, ce livre nous propose de découvrir au fil des chapitres les espaces et les pratiques habitantes. Il met en lumière le maintien d'une vie collective et l'existence d'une vie sociale complexe et inventive, qui tranche avec des discours publics souvent stigmatisants ou avec l'invisibilisation de cette forme d'habitat dans la ville. L'autrice insiste sur les capacités d'agir des migrants, avec et face aux gestionnaires, en dépit de faibles ressources et de fortes contraintes ; elle nourrit ainsi le débat sur l'articulation entre logiques de domination et résistances.L'enquête interroge également le rôle de l'architecture et celui des pouvoirs publics dans l'encadrement et l'éducation des populations habitantes. Elle éclaire l'actualité de la migration ouest-africaine et ses conditions résidentielles en France et dresse un bilan de cette politique de logement. Mêlant travail d'archives (plans de bâtiments, documents de construction, etc.), entretiens avec les professionnels (gérants des foyers/résidences, travailleurs sociaux, responsables techniques) et avec les habitants et habitantes de 17 logements, cette enquête porte sur trois cas d'étude localisés en Île-de-France.
Aujourd'hui, la catastrophe écologique se double d'une catastrophe politique. Face aux défis de la crise climatique, à la capture du langage par le " nouvel esprit du capitalisme ", à l'avènement des gouvernements autoritaires incarnés par l'Amérique trumpienne, comment imaginer un avenir commun et se donner des raisons d'agir au-delà des récits de fin du monde ?
Notre intérêt en tant qu'espèce, nous disent Patrick Boucheron et Eduardo Viveiros de Castro, est de ne plus nous placer au centre. Dès lors, comment gagner le pari de l'universel, malgré tout, une fois comprise la diversité des mondes ? Face aux enjeux environnementaux contemporains et à la montée des récits apocalyptiques, Patrick Boucheron et Eduardo Viveiros de Castro interrogent notamment la manière dont les représentations amérindiennes nous incitent à repenser la notion d'altérité, ainsi que la relation entre humains et non-humains, dans une perspective globale.
Car enfin, ce que nous enseignent les peuples indigènes, c'est qu'un monde qui finit ne signifie pas nécessairement que nous allons disparaître avec, mais que nous devons au contraire, lutter pour survivre et résister aux forces qui nous contrôlent et nous oppriment. Le défi, en somme, serait de faire l'expérience de penser avec l'autre et de se réinventer dans un monde commun.
Débat modéré par Julie Clarini, journaliste à la rubrique Débats & Idées du Monde. Ouvrage présenté par Valérie Disdier (Cité Anthropocène) et Cédric Duroux (October Octopus), coorganisateurs du festival À l'École de l'Anthropocène.
À la croisée de l'histoire littéraire et culturelle et des études sur le genre, cet ouvrage s'attache à retracer la postérité littéraire, critique et féministe de ce texte fondateur, des années 1960 à nos jours, principalement aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il s'agit ici d'examiner le dialogue que ses " petites sœurs " – écrivain·es, critiques et féministes contemporain·es – ont engagé avec Woolf et son essai.
En adoptant une perspective féministe intersectionnelle et en se plaçant au cœur des débats féministes contemporains, cette étude explore le contexte d'écriture d'Un lieu à soi et le replace dans l'ensemble de l'œuvre woolfienne. Il parcourt ensuite l'héritage woolfien à travers trois thématiques : les lieux de création des femmes, leur place dans l'histoire et la littérature, enfin la question de l'androgynie soulevée par Woolf.
Ce faisant, l'ouvrage donne à voir la constellation littéraire, critique et féministe qui s'est créée autour d'Un lieu à soi, en examinant les textes d'une cinquantaine d'auteurs, d'autrice et de critiques.
Qu'est-ce que la littérature féministe ? Ni un style (de colère, d'accusation, d'ironie), ni un thème (les violences faites aux femmes, l'utopie d'un monde meilleur), ni davantage l'expression d'une identité sociale (" femme " ou " lesbienne ", notions mouvantes). La littérature féministe se laisse définir par un geste : celui de l'engagement. Engagement de la littérature dans la cause politique des femmes ; engagement dans la littérature de femmes militant pour leur propre cause ; engagement à travers et envers la littérature.
Le livre examine les pensées et pratiques politiques de la littérature des écrivaines féministes en France et au Québec, entre 1969 et 1985. Il s'intéresse à un vaste corpus d'autrices parmi lesquelles, au Québec Nicole Brossard, France Théoret, Lucile Durand dite Louky Bersianik et Madeleine Gagnon, et en France Monique Wittig, Hélène Cixous, Françoise d'Eaubonne et Christiane Rochefort.
Ces autrices forgent des concepts au croisement du politique, de l'épistémologique et du poétique et (re)problématisent les notions de sujet, d'action, de reconnaissance, d'histoire. Interrogeant l'identité " femme " qui décrit leur position dans l'espace social et littéraire, ces écrivaines élaborent aussi depuis leur point de vue spécifique le concept de " genre ". Elles interrogent la place que peuvent occuper la violence et l'insolence dans des politiques littéraires inédites, dont les esthétiques de rupture sont aussi largement des projets de fondation et de lien noué entre femmes.
Cet ouvrage, rédigé dans une langue claire et entraînante, apporte sa pierre à l'écriture de l'histoire littéraire des femmes et à l'histoire du féminisme comme des luttes homosexuelles.
À l'approche du centenaire de la publication du roman Calixte ou l'introduction à la vie lyonnaise (Jean Dufourt, Discipline 1926) dont il offre une description détaillée, retour sur un quartier de Lyon emblématique d'une haute bourgeoisie catholique qui a longtemps été le seul visage de la ville.
Bruno Dumons, l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire de Lyon, revient sur ce " monde perdu " entre Saône et Rhône qu'est le quartier d'Ainay, ses familles, ses modes de vie, ses systèmes de représentation, dont la mémoire se perpétue aujourd'hui encore.
Rassemblant douze articles fondamentaux, cet ouvrage contribue à écrire l'histoire de la capitale des Gaules entre les années 1860 et 1950. Il croise histoire urbaine (celle du quartier d'Ainay), histoire sociale (celle des élites traditionnelles), histoire religieuse (celle du rapport de Lyon à la papauté ou aux jésuites) et histoire des femmes (celle de Jeanne Lestra et de la Ligue des femmes françaises notamment).
Ce livre fait enfin écho aux travaux d'histoire et de sociologie de Lyon de Jean-Luc Pinol et d'Yves Grafmeyer déjà publiés par les Presses universitaires de Lyon.
En 1994 paraissait aux PUL l'ouvrage dirigé par le sociologue Guy Vincent : L'Éducation prisonnière de la forme scolaire ?, qui fit date dans le champ des sciences de l'éducation. Dès lors, le concept de " forme scolaire " allait donner lieu à autant d'interrogations que de réappropriations, notamment à travers le célèbre Culture écrite et inégalités scolaires de Bernard Lahire (PUL 2000, 2021). Pourquoi relancer le débat 30 ans après ?
Fort de son succès dans le champ des sciences de l'éducation, le concept de " forme scolaire " fait aujourd'hui l'objet d'une variété d'usages pouvant avoir des effets problématiques, notamment sur la compréhension et sur la critique de l'école. Il était donc nécessaire de le redéfinir avec précision et d'en interroger tant la permanence que la pertinence pour analyser l'école actuelle.
Cet ouvrage collectif commence par donner une définition extrêmement claire du concept et des trois dimensions qui le constituent : l'autonomisation de la relation d'apprentissage, la transmission de savoirs fondés sur la culture écrite et la soumission des socialisés à des règles impersonnelles.
S'appuyant sur des enquêtes de terrain récentes menées tant auprès des socialisés (enfants, collégiens, lycéens) que des agents de socialisation (enseignants, CPE, animateurs, médiateurs culturels), ce livre analyse l'activité d'enseignement dans l'institution scolaire, notamment pendant la crise du confinement de 2020. Il s'aventure également aux frontières de l'école, parcourant des espaces aussi variés que la formation musicale supérieure, un musée d'art moderne ou des accueils de loisirs en quartier populaire.
Un constat s'impose alors : la forme scolaire constitue aujourd'hui le mode dominant de socialisation non seulement à l'école, mais aussi dans l'enseignement professionnel ou dans les institutions culturelles, et gagne finalement la société.
Marquée par une instabilité politique permanente et une catastrophe naturelle sans précédent (le séisme du 12 janvier 2010), la société haïtienne vit dans un chaos sans fin. Dans ces 14 courts textes, Laënnec Hurbon, l'un des plus grands penseurs haïtiens actuels, tente de comprendre les raisons profondes de cette situation, en la replaçant dans le temps long et dans le contexte plus large de la Caraïbe et de l'Amérique latine.Laënnec Hurbon aborde d'abord la question fondamentale de l'esclavage : les traces laissées par cette expérience sur la société haïtienne sont vivaces, malgré une volonté d'oubli exprimée dès l'instauration de l'indépendance en 1804. L'auteur analyse notamment les rapports entre esclavage, femmes et religions.Les religions jouent en effet un rôle majeur en Haïti : elles furent un outil d'émancipation pendant la période esclavagiste ; elles sont considérées aujourd'hui comme un moyen de répondre à une quête éperdue de sens et prennent une place accrue dans l'espace public, pentecôtistes, adventistes et témoins de Jéhovah en tête. Avancée de l'influence américaine qui met à mal le vaudou, cette attraction traduit aussi un besoin de reconnaissance de la frange la plus laissée-pour-compte de la société à laquelle le politique n'offre aucune perspective, gangrené qu'il est par la corruption.Laënnec Hurbon rappelle à ce titre que depuis deux siècles, Haïti ne parvient pas à instaurer un système politique démocratique qui garantisse égalité entre citoyens et souveraineté nationale. Mais pour construire l'autonomie individuelle comme la souveraineté collective, il faut pouvoir se libérer des séquelles de l'assujettissement et du ressentiment afin de penser un monde à soi, se libérer aussi d'une oligarchie qui mêle pouvoirs politique et économique.
On entend aujourd'hui davantage parler de " sectes " que d'" hérésies ". Si ces dernières semblent reléguées aux temps lointains, les " sectes ", quant à elles, seraient contemporaines. Or une telle grille de lecture est erronée.Cette étude, privilégiant le cas français mais s'appuyant aussi sur d'autres espaces et d'autres traditions religieuses que le catholicisme, entend proposer un parcours depuis les premiers siècles de notre ère jusqu'à nos jours. On constatera ainsi l'ambiguïté des notions de " secte " et d'" hérésie ", ainsi que l'évolution de l'emploi de ces termes. Il s'agit aussi, en miroir, de revenir de manière inédite sur ce qu'est l'orthodoxie en religion. Elle se constitue le plus souvent par la nécessité de se définir face à des contestations qui apparaissent au gré des circonstances sociales, politiques, culturelles ou économiques - mais détient-elle la vérité ?
Pour les sciences sociales, l'enquête de terrain est incontournable. Mais alors que l'approche classique se fonde sur l'opposition traditionnelle entre terrain et bureau et sur l'objectivité supposée du chercheur, le travail in situ est appréhendé ici comme une zone accidentée, une expérience dont les rugosités, les malentendus et les perturbations constituent la matière même de la recherche.À la croisée de plusieurs pratiques, les auteurs de cet ouvrage déjouent les lignes établies en créant des situations inédites susceptibles de révéler la société sous un jour nouveau. L'expérience artistique (théâtre, performance, cinéma) alimente le questionnement anthropologique, tandis que le renouvellement de perspective est envisagé à partir du réexamen critique de l'ensemble des processus d'écriture et de restitution. Cette immersion dans les errements de la recherche ne manquera pas d'interpeller le lecteur, qu'il soit anthropologue ou artiste.