À l'approche du centenaire de la publication du roman Calixte ou l'introduction à la vie lyonnaise (Jean Dufourt, Discipline 1926) dont il offre une description détaillée, retour sur un quartier de Lyon emblématique d'une haute bourgeoisie catholique qui a longtemps été le seul visage de la ville.Bruno Dumons, l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire de Lyon, revient sur ce " monde perdu " entre Saône et Rhône qu'est le quartier d'Ainay, ses familles, ses modes de vie, ses systèmes de représentation, dont la mémoire se perpétue aujourd'hui encore.Rassemblant douze articles fondamentaux, cet ouvrage contribue à écrire l'histoire de la capitale des Gaules entre les années 1860 et 1950. Il croise histoire urbaine (celle du quartier d'Ainay), histoire sociale (celle des élites traditionnelles), histoire religieuse (celle du rapport de Lyon à la papauté ou aux jésuites) et histoire des femmes (celle de Jeanne Lestra et de la Ligue des femmes françaises notamment).Ce livre fait enfin écho aux travaux d'histoire et de sociologie de Lyon de Jean-Luc Pinol et d'Yves Grafmeyer déjà publiés par les Presses universitaires de Lyon.
Marquée par une instabilité politique permanente et une catastrophe naturelle sans précédent (le séisme du 12 janvier 2010), la société haïtienne vit dans un chaos sans fin. Dans ces 14 courts textes, Laënnec Hurbon, l'un des plus grands penseurs haïtiens actuels, tente de comprendre les raisons profondes de cette situation, en la replaçant dans le temps long et dans le contexte plus large de la Caraïbe et de l'Amérique latine.Laënnec Hurbon aborde d'abord la question fondamentale de l'esclavage : les traces laissées par cette expérience sur la société haïtienne sont vivaces, malgré une volonté d'oubli exprimée dès l'instauration de l'indépendance en 1804. L'auteur analyse notamment les rapports entre esclavage, femmes et religions.Les religions jouent en effet un rôle majeur en Haïti : elles furent un outil d'émancipation pendant la période esclavagiste ; elles sont considérées aujourd'hui comme un moyen de répondre à une quête éperdue de sens et prennent une place accrue dans l'espace public, pentecôtistes, adventistes et témoins de Jéhovah en tête. Avancée de l'influence américaine qui met à mal le vaudou, cette attraction traduit aussi un besoin de reconnaissance de la frange la plus laissée-pour-compte de la société à laquelle le politique n'offre aucune perspective, gangrené qu'il est par la corruption.Laënnec Hurbon rappelle à ce titre que depuis deux siècles, Haïti ne parvient pas à instaurer un système politique démocratique qui garantisse égalité entre citoyens et souveraineté nationale. Mais pour construire l'autonomie individuelle comme la souveraineté collective, il faut pouvoir se libérer des séquelles de l'assujettissement et du ressentiment afin de penser un monde à soi, se libérer aussi d'une oligarchie qui mêle pouvoirs politique et économique.
Il y a 10 ans, le 23 janvier 2002, Pierre Bourdieu disparaissait. Intellectuel engagé, il portait une attention passionnée au monde, non seulement comme objet d'étude mais aussi comme champ d'intervention citoyenne. Fondateur d'une théorie sociologique, adossée à des enquêtes de terrain qui ont fait date (sur l'Algérie, sur l'école, sur la précarité, etc.) et fait de lui le sociologue le plus cité et discuté au monde, il fut aussi un acteur infatigable des luttes contre le néolibéralisme et contre les formes les plus brutales de la mondialisation. De ces combats, dans lesquels il investissait l'exigence critique du sociologue, il a tiré des livres décisifs comme La Misère du monde, des textes d'intervention incisifs (Sur la télévision, Contre-feux, etc.) et une collection d'ouvrages militants (Raisons d'agir) créée au lendemain du mouvement social de décembre 1995.La présente initiation à la sociologie de Bourdieu est le fruit de la collaboration d'un sociologue (Patrick Champagne) et d'un historien (Olivier Christin), deux chercheurs qui ont longtemps travaillé avec lui et avec le souci d'investir sur leurs terrains respectifs (la crise de l'agriculture et le journalisme pour l'un ; l'histoire religieuse pour l'autre) quelques-uns des concepts et des outils critiques de son travail sociologique. Ils ont ici choisi d'en présenter les trois principaux : les concepts d'habitus, de capital et de champ, en place dès les recherches de Bourdieu en Algérie (1958-1961), mais sans cesse repris et développés au fur et à mesure de ses enquêtes. De la théorie à l'enquête, de l'investigation à l'abstraction, la praxis de l'oeuvre définit une philosophie refondant les sciences sociales.