La notion de polymère est souvent associée aux plastiques, à des matériaux synthétiques et polluants, alors qu'il s'agit en réalité d'un concept chimique beaucoup plus large. Un polymère est une macromolécule composée de sous-unités capables d'interagir entre elles et pouvant avoir une grande diversité de propriétés.Dans cette leçon inaugurale, Sébastien Lecommandoux montre comment les polymères biomimétiques, qui reproduisent certaines structures et les fonctions biologiques, et les systèmes biohybrides, qui combinent les avantages des systèmes naturels et synthétiques, ouvrent aujourd'hui des perspectives révolutionnaires en nanomédecine. Des assemblages polymères multi-échelles et dynamiques, tels que ceux dotés d'autonomie motrice, ainsi que la création de cellules artificielles, repoussent les frontières de la science. Faisant converger chimie et physique des matériaux, biologie et nanotechnologies, l'approche biomimétique stimule des innovations qui visent à traiter des pathologies complexes allant du cancer aux maladies neurodégénératives.
À la fin du IVe siècle après J.-C., on peut raisonnablement supposer que plus personne en Égypte n'était capable de comprendre, et encore moins de composer, un texte en hiéroglyphes. Il faudra attendre le XVe siècle pour que l'Égypte antique suscite un regain d'intérêt chez les hommes de la Renaissance, et qu'émerge une théorie originale sur les hiéroglyphes égyptiens. Les humanistes et les artistes appliquèrent alors cette théorie, qui présentait les hiéroglyphes comme un moyen d'expression universel, en créant leurs propres inscriptions néo-hiéroglyphiques dont on trouve des traces dans des éditions imprimées et sur quelques peintures. Cette mode des néo-hiéroglyphes ne durera pas plus d'un siècle, mais la théorie sur laquelle elle était fondée survivra jusque dans l'œuvre extravagante du père Athanasius Kircher qui, au XVIIe siècle, mit les hiéroglyphes égyptiens au service de la foi.
Puisant dans un corpus d'inscriptions riche et soigneusement analysé, Jean Winand livre une histoire de la réception des hiéroglyphes hors d'Égypte à la Renaissance, fruit d'un travail de près de vingt ans.
L'écologie fonctionnelle a pour objectif de mettre en lumière les liens entre structure des organismes et leurs fonctions, de l'échelle de l'individu jusqu'à l'écosystème et à la planète Terre. Ce livre présente les principales facettes et étapes de l'écologie fonctionnelle, permettant d'établir des liens mécanistes entre les changements de l'environnement, la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Ces liens sont permis par les " traits fonctionnels ", à savoir les caractéristiques morphologiques, physiologiques, biochimiques ou reproductives des individus déterminant leur réponse aux variables environnementales et leurs effets sur le fonctionnement des écosystèmes, comme le recyclage des nutriments ou les interactions trophiques. En particulier, le spectre d'économie des ressources par les plantes assure un lien fonctionnel entre changements de l'environnement et des écosystèmes. Ces liens permettent également d'établir et de quantifier des relations entre changements de la biodiversité et bien-être humain via les effets des communautés écologiques sur les fonctions de production, de régulation, comme sur les composantes de la biodiversité ayant une valeur culturelle.
Face à l'effondrement de la biodiversité, les " solutions fondées sur la nature " sont sources de réflexions, mais aussi de solutions concrètes. Elles relèvent de l'écologie globale et s'appuient sur la recherche de phytotechnologies permettant de restaurer des écosystèmes dégradés et pollués. Ces technologies intègrent l'écologie de la restauration des sols, des milieux aquatiques et des zones humides. S'inscrivant dans une démarche de développement durable, à la frontière entre recherche et innovation, chimie et écologie, ces technologies sont déterminantes pour la préservation de la biodiversité tout en ayant un fort potentiel d'applications dans les domaines de la santé et du bien-être, montrant qu'il est possible de concilier bénéfices écologiques et économiques.
Déclaré " crime du droit des gens " en 1946 et interdit par la Convention pour sa prévention et sa répression en 1948, le génocide occupe une place singulière en droit international. Sa définition est demeurée inchangée, contrairement à celle des autres crimes internationaux que sont les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et le crime d'agression. Longtemps peu invoqué devant les juridictions, il a d'abord donné lieu à une jurisprudence limitée et était ainsi surtout considéré pour sa valeur de reconnaissance historique et son rôle avant tout préventif.
Cette situation évolue toutefois. La violence génocidaire n'a pas disparu et la qualification de génocide est aujourd'hui de plus en plus mobilisée en justice, tant à l'échelle nationale qu'internationale, contre des individus comme contre des États. Cette évolution invite à réexaminer la notion, à la lumière du droit et de l'histoire de ce " crime des crimes ".
Issu d'un dialogue entre juristes et historiens, cet ouvrage explore quatre questions essentielles : les origines du crime de génocide, ses auteurs, ses conditions et sa mémoire. En croisant les perspectives, il interroge la construction, les usages et les enjeux contemporains d'une notion devenue centrale pour la compréhension et la prévention des violences de masse.
Penser, croire et philosopher dans l'Inde prémoderne
La philosophie, invention grecque, est l'apanage de l'Occident – cette certitude jadis triomphante est depuis longtemps ébranlée, et l'Inde se voit aujourd'hui concéder une tradition philosophique propre. On s'efforce cependant encore, en Occident comme en Inde, de réduire cet héritage profondément conceptuel et polémique à une sagesse pratique, à une mystique ou à un ensemble de dogmes. Distinguer philosophie et religion indiennes sans escamoter l'étroite imbrication de ces deux domaines, et discerner, à travers le vacarme des Écritures et jusque dans les marges des manuscrits sanskrits, la voix singulière des philosophes du sous-continent : tels sont quelques-uns des grands défis que doivent aujourd'hui relever philologues et historiens des systèmes de pensée de l'Inde.
Paysages cryptiques et poèmes cachés (ashide) dans le Japon classique et médiéval
Cet ouvrage a pour objectif de présenter un phénomène intersémiotique d'une rare complexité dans l'art japonais et proposant des objets d'arts (peintures et laques, notamment) dans lesquels ont été dissimulés à dessein des caractères d'écriture. De tels jeux cryptiques supposent naturellement une réception particulière et exigent de grandes compétences chez le " lecteur " qui devra tout d'abord repérer les signes graphiques comme tels, les déchiffrer et découvrir le texte auquel l'artiste a voulu le renvoyer. Ce dialogue silencieux entre l'œuvre et son destinataire ne peut se comprendre aujourd'hui qu'à condition de se livrer à un travail patient d'analyse entre les dispositifs ingénieux que le temps nous a légués et leur source d'inspiration. La maîtrise et la manipulation des codes (graphique et iconique) ont ainsi permis d'élaborer à l'époque classique et au moyen âge des messages cachés dont la subtilité décourage le plus souvent les chercheurs, y compris au Japon même. Le corpus rassemble plus d'une centaine d'œuvres dont seule une partie a été déchiffrée aujourd'hui de façon certaine. Le présent ouvrage ayant pour visée de rendre compte des relations entre texte et image au sein de ces objets particuliers, on se propose donc ici d'expliciter les modalités de cryptage et surtout d'analyser certaines d'entre elles, tenues pour particulièrement représentatives des fonctionnements intersémiotiques qui nous occupent.
L'histoire de l'habitat japonais repose, depuis l'antiquité, sur une spatialité dans laquelle l'individu faisait partie intégrante de l'environnement naturel qui l'entourait. Cette symbiose entre l'être humain, la nature et le paysage procède d'une longue histoire de la pensée japonaise et sino-japonaise. Elle est nourrie de mythes, de légendes, de sacré, depuis les cultes primitifs du Shintō, les courants de pensée venus de l'Inde via la Chine à travers le Bouddhisme, et l'influence majeure exercée par les conceptions taoïstes de l'univers. Ces apports successifs n'ont jamais remis en cause le rapport fondamental de l'être humain à la nature, mais lui ont apporté de nouvelles densités et ont imprimé leur marque sur toutes les formes d'expression de la société, dont l'architecture et le paysage.
Cet ouvrage est issu d'un colloque organisé par l'École française d'Extrême-Orient, l'École Pratique des Hautes Études et le Palace Museum Research Center for Tibetan Buddhist Heritage qui s'est tenu à Pékin en octobre 2018. Il a réuni des spécialistes de la religion impériale des trois dernières dynasties. L'introduction et les neuf contributions explorent, d'une part, divers aspects du calendrier rituel de la cour, aussi bien en ce qui concerne les cérémonies célébrées dans la Cité interdite qu'à l'extérieur ; d'autre part, le patronage exercé par l'empereur et sa famille au bénéfice de plusieurs temples situés dans Pékin et ses environs. L'analyse du rôle religieux des souverains par le biais de leur statut divin et de leur patronage des fondations religieuses nous a conduits à revenir sur l'une des contradictions récurrentes du culte impérial tout au long de son histoire. Cette contradiction oppose la légitimité du pouvoir dérivée de l'exercice des grands cultes officiels d'État et l'inclination personnelle des souverains envers les cultes des religions bouddhique, taoïste, ou tantrique dans le cas des Manchous.