Le présent ouvrage, issu d'un colloque tenu à Nanterre le 1er juillet 2022, saisit l'occasion de la commémoration du cinquantième anniversaire de la loi du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme pour revenir sur son histoire, son application et les nouveaux défis auxquels elle est confrontée. Dans un temps où l'antiracisme est mis en cause, où les usages et les interprétations jurisprudentielles de la loi de 1972 posent question et où le mot " race " est saisi ou ressaisi dans l'espace politique et intellectuel, il est apparu opportun, loin des débats politiques et moraux, de porter le regard sur les conditions d'adoption de la loi, sur l'évolution de son application et sur les enjeux actuels qui la mettent à l'épreuve. Dans cette perspective, juristes, politistes, linguistes et historiens se prêtent au croisement des disciplines pour rendre raison d'une loi qui, si elle faisait l'unanimité de la classe politique en 1972, se trouve au cœur de polémiques, de discussions, de déceptions et de mises en cause. Il ne s'agit pas, ici, de nourrir les débats, mais bien de revenir à l'essentiel: comprendre une loi de sa source à ses effets.
La vie quotidienne rythme l'existence par ses emplois du temps, ses occupations habituelles, ses routines, ses ritualisations, ses fêtes, mais aussi ses ruptures, ses crises ou ses drames. Ses contenus et ses manifestations varient selon les époques historiques, les sociétés, les cultures, les modes de vie, l'âge et le sexe des individus. Cette étude d'anthropologie philosophique – qui s'appuie entre autres sur les recherches de Henri Lefebvre, Paul Nizan, Guy Debord, Alfred Schütz, Georg Simmel, Karel Kosik, Michel de Certeau, Claude Javeau, Georges Balandier, Cornelius Castoriadis, Paul Ricœur – souligne les fondements ontologiques de la quotidienneté dans le monde intersubjectif de la vie: les états corporels et les passions, les moments de la temporalité (le jour ou la nuit), les lieux (réels ou imaginaires), les situations vécues (ordinaires ou extraordinaires). Elle insiste in fine sur les " catégories " existentielles ou " marqueurs " ontologiques originaires qui caractérisent la condition humaine au quotidien: le langage et ses rapports au réel et à la vérité (ou au mensonge), le conformisme lié à l'imitation (le mimétisme et le grégarisme), la sexualité et le couple (l'amour et ses conflits), la mort et le mourir (la finitude et l'angoisse).
Depuis les années 1970, la " découverte " du travail domestique comme travail a bouleversé les analyses de nos sociétés contemporaines. Dans ce sens, l'analyse féministe du travail domestique a constitué une véritable rupture d'intelligibilité pour au moins trois sous-champs de la sociologie: la sociologie de la famille, la sociologie du travail, et la sociologie politique, rupture que cet ouvrage se propose d'étudier. Dans un contexte dans lequel les questions féministes reviennent sur le devant de la scène politique et médiatique, ce livre propose à la fois un bilan des mobilisations féministes et des travaux sur le travail domestique et de leur apport à l'analyse de la famille, de l'espace professionnel et de l'espace politique.Ont contribué à cet ouvrage: Margot Be´al, Natalie Benelli, Pierre Brasseur, Pauline Delage, Xavier Dunezat et Sophie Re´tif, Annie Dussuet, Benjamin Neumann, Alexandra Oeser et Maud Simonet, Louise Toupin, Dominique Vidal, Dorothee Wierling.
Au Portugal, les années 1940 sont marquées par l'émergence des ciné-clubs, un mouvement culturel sans précédent qui s'étend rapidement à tout le territoire national. Véritables espaces de réflexion artistique et d'accès à la culture cinématographique, les ciné-clubs sont vite perçus par les autorités de l'époque comme de potentiels lieux d'insurrection politique. En 1956, l'instauration d'une nouvelle loi place l'organisation du mouvement, jusqu'alors indépendant, sous la coupe soudaine de l'État. À la lumière de documents inédits, cet ouvrage propose une étude des archives de l'État nouveau sur plus de quarante ciné-clubs de 1946 à 1968. Premier ouvrage en langue française sur l'histoire des ciné-clubs portugais en période salazariste, cette analyse permet de comprendre le mode d'intervention de l'État pour contenir ce mouvement et révèle de manière plus large la dynamique à l'œuvre entre politique et cinéma, entre répression et résistance, dans le contexte dictatorial.
Cet ouvrage aborde une double problématique cruciale aujourd'hui en Europe: la nécessité de réconcilier le discours traditionnel sur l'héritage commun avec la diversité culturelle d'une part, et l'impératif d'élaborer des stratégies permettant à chacun de vivre dans un contexte différent de celui de ses origines, d'autre part. Les études réunies dans ce volume portent donc sur la reconfiguration de l'Europe où les contacts entre les différentes cultures et leurs interactions s'accélèrent et se multiplient, en considérant la dimension transculturelle des phénomènes de transmission comme un facteur politique majeur de changement qui réclame de nouveaux outils conceptuels et de nouvelles méthodes d'enquête.
La confrontation entre censure et liberté d'expression n'est jamais aussi forte que lorsqu'il est question de faire rire : l'humour est-il un contre-pouvoir, un moyen de résister et de lutter contre l'aliénation et les totalitarismes, ou bien n'exprime-t-il que la violence et sa montée en puissance dans les sociétés contemporaines ? En quoi l'humour peut-il se révéler une arme politique, sociale ?De l'art du graffiti et de la caricature à l'autodérision poétisée par Baudelaire, en passant par la répression du rire au Moyen-Âge ou par le détournement des caricatures dans le Brésil de Bolsonaro, les auteurs de ce collectif interrogent le pouvoir contestataire mais aussi salvateur de l'humour.À travers une iconographie riche et variée, depuis les caricatures de Daumier jusqu'aux graffiti qui parcourent les murs de São Paulo, l'humour fait aussi dialoguer le verbe et le geste, le langage et l'image, met parfois à distance, et toujours dans l'idée de provoquer le rire, cet acte que Nietzsche qualifie de vital et dont le caractère spontané est indissociable de l'idée même de liberté.
Quelle est la relation de la morale à l'Histoire chez Sartre? Trop souvent on considère cette question comme d'emblée réglée: on déclare l'échec de la morale " impossible et nécessaire ", celle que Sartre n'a jamais réussi à écrire et à publier. Pourtant, la veine morale traverse toute son œuvre. Fruit d'un travail collectif, cet ouvrage analyse les textes dédiés à la question morale dans la réflexion sartrienne des années 1960, y compris certains inédits, en montrant comment elle s'articule à l'histoire et à la politique. Au fil de ce parcours qui fait dialoguer Sartre avec Kant, Marx, Durkheim, Scheler, Lévi-Strauss et bien d'autres, se dessine une conception originale de la morale. Loin de n'être qu'un point de vue de survol sur le monde ou une conviction sur la vie bonne, elle est un mode d'intervention sociale. Les textes ici regroupés mettent au jour les enjeux politiques de l'apprentissage collectif de l'éthique.
Lecture de la poésie de Keats au prisme de la couleur, cet essai critique s'adresse autant aux étudiants qui préparent l'agrégation qu'aux chercheurs en poésie ou aux spécialistes du romantisme. Il décline les couleurs du texte keatsien: le blanc, le bleu, le jaune, le vert et ce rouge (sang) qui parfois vire au noir. Jeu de miroirs et de coloris, le poème procède à des alliances et assemblages multiples. Ce volume embrasse la richesse de ce chromatisme afin de composer une nouvelle image de poèmes, pour certains très connus. Le changement d'optique ou de perception, les phénomènes d'invisibilité ou de trompe-l'oeil permettent d'envisager, à chaque fois, les modes d'écriture du poète sous un angle différent. De la page blanche à la " terreur sacrée de l'arc-en-ciel ", ce " kaléidoscope de Keats " est donc un instrument de lecture de sa poésie autant que l'objet d'une fascination aussi bien scientifique que ludique.
Les liens qui unissent les deux arts depuis l'Antiquité sont multiples mais respectent généralement un principe : celui de la soumission de la sculpture à l'architecture, et par voie de conséquence de l'architecte au sculpteur. Mais la sculpture n'est-elle qu'un art ancillaire ? Les rapports de force entre architectes et sculpteurs ne peuvent-ils s'inverser ? De quelle manière les sculpteurs ont-ils envisagé, investi, le domaine de l'architecture, ses théories, ses principes, son espace ? Ce numéro de la revue Sculptures présente un éclairage inédit sur les liens unissant sculpture et architecture autour des notions de limite, renversement, affranchissement, interaction entre les deux arts, du XIXe au XXIe siècle.