Inscrite dans le temps long de l'histoire, la notion de beauté serait intimidante, aliénante, parfaitement relative, voire poussiéreuse. À quoi bon, pourquoi donc parler – encore – de "beauté"? L'hypothèse que nous soutenons réaffirme à l'inverse les enjeux d'universalité, d'humanisme, de plaisirs et d'émotions qui sont spécifiques à la beauté. Nous pensons possible, et même nécessaire, de retrouver dans celle-ci une vitalité, une valeur, un pouvoir de transformation et d'orientation capables de nous interroger sur la manière de nous confronter aux enjeux d'aujourd'hui; car, loin d'être mortifère, la beauté peut être, selon nous, l'opérateur d'un futur commun, d'un monde habitable.
Au carrefour du Proche-Orient et de la Méditerranée orientale, le Levant a été de tout temps une aire multiculturelle, une zone de contacts entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe. Depuis le XIXe siècle, des fouilles archéologiques en révèlent l'archéologie et l'histoire. En écho aux évolutions et aux enjeux de l'archéologie dans cette région, ce numéro de la revue Technè mettra en lumière les apports de l'approche pluridisciplinaire à la connaissance et à la préservation des patrimoines du Levant, du Néolithique à la fin du Moyen Âge. Les recherches fondées sur l'association de l'archéologie et de l'histoire à l'approche archéométrique s'y sont développées à partir de la première moitié du XXe siècle. Il s'agira de retracer les évolutions de cette démarche et les différentes étapes qui ont conduit à la mise en œuvre de nouvelles méthodes d'examen et d'analyses apportant une connaissance de plus en plus approfondie des productions de la culture matérielle des sociétés qui se sont épanouies dans cette région, et qui sont aujourd'hui conservées dans des musées et des collections publiques.
À l'heure où les images se répandent dans un flux continu, saturant nos écrans, nos champs de vision, nos horizons, les pratiques de création consistant à se réapproprier le répertoire visuel déjà produit traversent les arts et les médias.
Ce volume questionne les modalités de ces reprises, les retours d'images qui gagnent un statut de référence, les défis portés à la propriété artistique, les processus de transformation et de recontextualisation opérés dans des registres variés – ludique, critique, engagé… Des mèmes internet aux reenactments, en passant par les tableaux vivants et les réemplois artistiques et cinématographiques d'images d'autrui, ce numéro confronte les démarches de réappropriation pour mieux en cerner les contours, les limites et les potentiels créatifs.
La plus ancienne photographie connue conservée au monde est Le point de vue du Gras de Nicéphore Niépce, redécouverte en Grande-Bretagne en 1952 par un couple de collectionneurs, Helmut et Alison Gernsheim, qui l'ont datée des années 1826-1827. Aussi est-ce en 2026-2027 que la photographie devrait fêter son bicentenaire.Cet anniversaire ne sera pas celui de sa divulgation publique mais celui de la " première photographie " produite et conservée jusqu'à nous. À cette occasion, ce dossier de Photographica propose des pistes de réflexion tant sur les récits et les personnages liés aux origines que sur la mise en place de l'historiographie du médium, avec une attention particulière portée à la question des sources historiques. Les articles de ce numéro permettent de " relire " la première photographie de Niépce, en s'intéressant non seulement à l'inventeur et à son frère, longtemps mis en retrait dans l'histoire de la photographie, mais aussi à l'analyse précise de l'image elle-même. Un autre récit, celui de Hercule Florence, tenu pour être l'inventeur de la photographie au Brésil, ouvre à d'autres manières encore de réfléchir aux débuts de ce médium, offrant ainsi un pendant décentré au récit européen de ses origines. Grâce à un article sur Walter Benjamin et sa " Petite Histoire de la photographie " ou à une traduction inédite d'un texte d'Heinrich Schwarz, il sera possible de se pencher sur la manière dont l'histoire de la photographie s'est construite au fil du temps.
Suite à la restauration de la grande Maestà et de la Dérision du Christ, le musée du Louvre organise une exposition autour de ces chef d'œuvres de l'artiste (janvier-mai 2025). Ce numéro de Technè accompagne cette manifestation en réunissant des contributions relatives à la matérialité des œuvres peintes de la deuxième moitié du XIIIe s en Toscane.
Le ratage suscite un intérêt certain, depuis quelques années, dans les secteurs artistiques, culturels et scientifiques. Si elle est difficile à énoncer, la question du ratage est essentielle pour comprendre la spécificité du travail culturel. Elle est d'une part très liée au processus d'évaluation et de qualification de l'action et révèle à ce titre l'importance des publics et de leur présence comme valeur de mesure. D'autre part, elle agit comme un révélateur des formes de justification, d'attentes et d'écoute réciproque que les professionnels mettent en œuvre pour faire leur travail. Loin de fonctionner en opposition à la réussite, le ratage offre une compréhension des espaces culturels comme lieux de conflit démocratique et lieux de discussion des normes liées à l'art, au passé et au patrimoine.Ce numéro porte sur le ratage tel qu'il est vécu, pensé, mis en discours par les professionnels (artistes, médiatrices, directrices) dans plusieurs pays européens et différents secteurs culturels (musées, bibliothèques, opéras, compagnies d'art dans l'espace public, théâtres).
En révélant une ancienneté vertigineuse et sublime, la découverte d'un art préhistorique a bouleversé notre culture en profondeur. En raison des lacunes des vestiges, de l'absence de sources textuelles et de la paradoxale modernité artistique du Paléolithique, ce temps incommensurable aux cadres historiques traditionnels impose de repenser l'histoire. Quels concepts et modèles ont été élaborés pour faire une place à la préhistoire dans l'histoire? Quelle est leur portée épistémologique? Que nous disent-ils de l'art, de notre histoire, de notre culture? Convoquant des grands noms de la préhistoire et de l'anthropologie (Gabriel de Mortillet, Henri Breuil, André Leroi-Gourhan) ainsi que des théoriciens de l'art aussi différents qu'Alois Riegl, Élie Faure, Carl Einstein ou George Kubler, l'ouvrage envisage l'art préhistorique comme une matrice philosophique pour interroger les liens entre art, histoire et humanité.
Cet ouvrage collectif interroge le champ du design en privilégiant une approche pluridisciplinaire et en questionnant ses fondements épistémologiques. Cette contribution au design se consacre à ses enseignements et plus précisément aux compétences et aux valeurs indispensables à tout système démocratique. Dans cette perspective, nous proposons des débats menés au sein des différents chapitres sur la nécessité de former des citoyens et des citoyennes capables d'agir dans nos démocraties pétries d'enjeux techniques. C'est en ce sens qu'enseigner le design implique de revenir sur les formations des concepteurs et des conceptrices et, de ce fait, sur l'activité de conception comme enjeu profondément démocratique.Cette activité considérée comme complexe se situe au cœur de l'enseignement du design. Son apprentissage est développé dans cet ouvrage en interrogeant les enjeux d'une démocratie technique et en approfondissant ses possibles compétences et valeurs. Celles-ci participent au développement d'une posture citoyenne amenée à concevoir des artefacts et des systèmes techniques.Auteurs: Pierre Baumann ; Gwenaëlle Bertrand ; Suzanne Boulet ; Marcelo Falcon Roberto ; Maxime Favard ; Joëlle Forest ; Claire Griffon ; Anja Küttel ; Marie-Pierre Labrie ; Martin Lalonde ; Mathieu Laporte ; Pierre Litzler ; Guillaume Massy ; Christophe Moineau ; Émeline Roy ; Apolline Torregrossa ; Eric Tortochot ; Frédérique Vuille
Il fut un temps où le mot corps, en art, rimait avec le mot académie. Une
Académie d'homme, ou de femme, était le résultat de cette étude du corps
humain, de sa morphologie, de son anatomie, de son potentiel symbolique,
qui constituait la base de l'éducation artistique. On venait apprendre le corps
comme un apprenti musicien devait apprendre le solfège, avant de pouvoir
jouer, composer, voire improviser. Ce temps est désormais lointain, mais
le corps comme motif, comme question – sans doute faut-il écrire comme
obsession – demeure l'un des matériaux fondamentaux des pratiques artistiques
contemporaines.
Réunir plusieurs auteurs en leur offrant ce mot unique – corps – tel un dénominateur
commun et un possible déclencheur d'écriture, est le pari de ce
livre. Il s'agit de mettre au jour la fécondité d'une obsession, loin de tout académisme,
loin de tout souci de se soumettre aux règles du bien écrire comme
les artistes dérogent à celles du bien peindre. Il s'agit de trouver les mots.
Se confronter au corps c'est se confronter à soi et à l'autre, aux frontières
entre identité et altérité. Il y a là de quoi se perdre. Il y a là de quoi se trouver,
et offrir à ceux qui regardent un monde où venir s'incorporer.
Depuis la découverte du kaolin, la Vienne a coulé sous les ponts et aujourd'hui c'est sans doute la céramique technique, indispensable dans les moteurs les plus sophistiqués qui fait la renommée de la céramique de Limoges. Au-delà des performances, il reste l'expérience et c'est l'objectif du Labo CCE créé au sein de l'École Nationale Supérieure d'Art et de Design en 2015 et offert à des résidents pour vivre la Céramique Comme Expérience. De son côté, l'Université de Limoges a développé, dans plusieurs de ses laboratoires de recherche, des programmes de recherche autour de la céramique, des matériaux, des traitements de surface, entre autres.Cet ouvrage présente l'aventure menée au sein du Labo par Michel Paysant et ses collègues, Ludovic Mallegolet Arnaud Borde. En laissant la porte ouverte aux innovations pour trouver des alternatives heureuses aux techniques traditionnelles de mise en oeuvre de la céramique, ils ont contribué à stimuler des artistes et designers saisis par ces opportunités et ils ont permis à l'ENSAD de Limoges de renforcer son attractivité dans ce domaine dans un aller-retour constant entre innovation et tradition. Etudiants, résidents, chercheurs, invités ont pu bénéficier d'un accompagnement dédié en lien avec les entreprises du territoire.
Co-intelligence des contraires. Duchamp des possibles traite du grand Œuvre du génial anartiste normand Marcel Duchamp (1887-1968), ready-maker de renommée internationale. Présenté en trois grandes parties (" Concepts ", " Percepts " et " Affects "), l'ouvrage embrasse les domaines de l'artistique et de la poétique, de l'esthétique et de la philosophie, de l'épistémologie et de la poïétique, des jeux de mots et des arts visuels, de l'érotisme et même de la musique… Ainsi, écrites par les meilleurs spécialistes du moment, les diverses communications magistrales portent sur de riches notions touchant autant au muséal qu'au conceptuel, autant à l'objet technique qu'à l'humour circonstancié.
D'un côté des choses faites de matières, de l'autre des mots exprimant la façon dont celles-ci sont pensées et perçues. Mais comment relier les mots aux choses et inversement ? Ce numéro explore les discours sur la matière et la diversité des relations entre ces deux réalités. Il souligne les bénéfices de leur confrontation et les difficultés méthodologiques rencontrées quand historiens, historiens d'art, archéologues, conservateurs, restaurateurs, chimistes et physiciens se rencontrent autour des choses : parchemin, papier, encre, pigment, métal, albâtre, vernis de lutherie, etc. Il s'adresse à tous ceux qui s'intéressent aux matériaux du patrimoine et au croisement des documentations.