Les contributions rassemblées dans ce volume tentent de saisir l'œuvre de Raoul Schrott à partir de la figure du poète-érudit et d'un mode de création reposant sur la circulation des savoirs et des discours. Elles interrogent les ressorts et les effets de cette quête d'érudition, sur les plans heuristique, épistémologique, littéraire, méthodologique. Elles s'attachent à décrire non seulement ses manifestations dans le détail des textes mais s'efforcent aussi de saisir les enjeux symboliques d'une telle posture, entre désir d'affirmation professionnelle, polémiques savantes, impératif de la défense de la littérature. Les textes sont publiés dans leur langue originale. S'y adjoignent des poèmes et un court texte en prose inédits de Raoul Schrott, en lien avec le sujet du numéro.
Selon James Sacré, ce poème invite à ressentir le mot " objet " comme porteur de présence concrète. Les objets sont là depuis toujours, dans les poèmes et dans des peintures, autant que dans le monde qui nous tient vivant. Nous les regardons, nous en parlons, nous les manipulons et en inventons beaucoup. Chaque objet est là dans sa singularité et reste en grande partie une énigme, même si nous les encombrons d'histoire, de souvenirs ou de plus ou moins vagues réflexions à son sujet. " Objet " est un mot qui désigne autant le concret du monde, ses singularités que l'abstraction dont notre parole entoure ces objets qu'elle s'imagine saisir. Les objets nous ramènent vers ce nœud d'activités à l'origine de toutes nos aventures humaines.L'auteur raconte faire l'expérience d'une forte et apparemment universelle imbrication du familier et de l'étrangeté en toute chose. Tous ces objets nous racontent-ils ? Sans doute que oui, de par leur histoire, leurs formes et couleurs, leurs agencements entre eux… mais quoi comprendre vraiment ? Nous avançons avec eux, les remerciant de nous maintenir vivant, les encombrant de convictions, de désirs et d'interrogations (extrait de la Postface).
Au fur et à mesure que nous avançons dans le nouveau siècle et le nouveau millénaire, notre travail de poètes a été aggravé par les circonstances de l'époque dans laquelle nous avons tous travaillé: des événements qui ont à la fois renforcé ce travail - en tant que poésie et prophétie - et une recrudescence des forces qui sont venues s'y opposer. C'est dans ce sens que nous proposons ici une omnipoétique de l'hémisphère américain, comme un exemple expérimental de ce qui pourrait être tenté plus loin à l'échelle mondiale, vers ce que l'un d'entre nous a décrit un jour comme "une anthologie de tout".
This series of poems, published in the original French and in a companion volume in English, Some Objects Stay with Us (Or the Other Way Round), employs seemingly straightforward procedures. The poet describes the "objects" he is contemplating, with a sharp eye for the beauties of rustic craftsmanship in France, North Africa and the United States. Nuances of color do not escape him, nor does the way in which these objects were made. Their value comes from the pleasure of looking at them or from handling them or drinking or eating from them—their original purpose."For cooking or for the dead, for cool water and for nothing," he writes. But the eyes predominate: "The pleasure that comes / From looking at it for a long time is not less / Than when your gaze runs over / Quattrocento paintings." The history of the objects adds to their value. "Objects from all over that say / Man used them, then lost them / On the way to the dead ends and blind alleys of the world." Sometimes it's his personal history: his mother's battledore, her battou in the Vendée patois he inserts in the French, and his father's straight razor send the poet back to his childhood on the farm. And throughout, we see the way time wears things down, and the recurring presence of death. The value of the object is not questioned, however; what is often questioned is the poem. It is an object, too, but what is its use? (David Ball).
As we move further into the new century and millennium, our work as poets has been compounded by the circumstances of the time in which we've all been working: events that have both reinforced that work—as poetry and prophecy—and an upsurge of forces that have come to stand against it.It is in this sense that we are proposing here an omnipoetics of the American hemisphere, as an experimental instance of what might be attempted further on a worldwide scale, toward what one of us once described as "an anthology of everything."
Les Chattes* sont partout dans ce livre. Leurs noms en émaillent les pages et, plus encore, leur influence est perceptible dans toutes mes idées, et jusque dans le rythme et le corps de mes mots. Elles sont l'unique et la plus grande influence sur mon propre féminisme, un féminisme partagé (du moins je l'espère), et ce livre n'est rien si ce n'est une sorte de manifeste féministe (du moins je l'espère). Une grande part de ce travail concerne ma tentative de réconcilier notre féminisme partagé et mon évolution vers la maternité, selon un itinéraire qui n'a pas été sans contradictions pour moi, mais qui au bout du compte s'est révélé être un enrichissement de mon féminisme, un développement complexe en plusieurs strates, tel celui de plantes poussant ensemble dans un jardin. Le féminisme à mes yeux est en perpétuel devenir, ne restant jamais figé, portant toujours sur lui-même un regard critique, il ne cesse de renaître, fleurir, mourir, pour de nouveau se faire semence.(Lily Robert-Foley)
* groupe d'écrivaines dont l'auteur fait partie.
L'histoire littéraire a été centrée sur les hommes, au détriment d'un nombre considérable d'œuvres de femmes. Certaines d'entre elles ont été cependant reconnues, mais leur travail réduit à la seule expression de leur féminité. L'ambition de cet ouvrage est de montrer que ces femmes poètes ont réfléchi à la nature de l'acte poétique, contestant la façon dont le masculin était devenu le mètre étalon de l'originalité.
Créée en 2002, la revue Formes poétiques contemporaines étudie la poésie de XXe et XXIe siècles dans sa dimension formelle.La forme est ici conçue comme ressortissant à l'ensemble des plans qui relèvent de la dimension linguistique, infra-linguistique et/ou visuelle du texte, et qui se prêtent à l'observation et à la description méthodiques. FPC accueille des articles de réflexion et d'analyse scientifique dans des dossiers thématiques – pour ce numéro 13, "La Phrase" –, mais aussi des contributions des poètes eux-mêmes.
Depuis une vingtaine d'années, on assiste à une vague de parutions consacrées aux rapports entre la poésie brève orientale et les grands poètes occidentaux qui s'inscrivent dans la tradition du " poème-instant " dont la forme la plus connue est le haïku.
Le poème bref, comparé tantôt à la photographie tantôt à l'image de l'éclair, est souvent perçu comme rétif au récit, à la narration: il évoque un instant éphémère, fulgurant et donne à voir un état poétique pur, hors du temps. Pourtant, la temporalité n'est pas absente des poèmes brefs et peut même fonctionner comme un vecteur apte à rapprocher des poètes très différents.
Les dix chercheurs dont les études sont rassemblées ici, spécialistes de poésie japonaise et de poésie occidentale, s'intéressent aux liens que le traitement du temps peut tisser entre des poètes japonais et occidentaux, graves ou ludiques, voyageurs ou sédentaires.
L'auteur étudie un extrait du début des Élégies de Duino écrites par l'écrivain et poète de langue allemande Rainer-Maria Rilke (1875-1926). L'auteur, Christine Lombez, présente les traductions des 15 fiches dont huit sont des traductions en français, trois en anglais, une en grec, une en espagnol, une en italien et une dernière en russe.Les traductions françaises s'étagent de 1936 à 2008 et sont le fait de traducteur professionnels mais aussi de poètes.L'auteur conclut son introduction en remarquant que " Les Élégies de Duino hanteront encore longtemps l'univers de la traduction poétique ".
La collection Anticamera s'enrichit d'un nouveau volume, un ouvrage qui plante une ou des distances comme d'autres racontent des histoires. Cet ouvrage y acquiert une personnalité singulière, celle d'être dans la confrontation constante avec des limites, au risque d'y gagner une coloration sombre et angoissée. Les positions changent - regardant/écrivant versus regardé/écrit ou voyant/voyeur - et envisagent des ailleurs décryptés via des enquêtes à la fred vargas. Les matériaux sont saisis, détournés, réutilisés.A distances s'apparente à un nouveau manifeste du surréalisme. Toutes les formes de distances sont en effet envisagées comme autant d'approches expérimentales dont certaines débouchent sur des absolus: silence et/ou blanc. L'esthétisme est presque pourchassé dans cette quête totale de vérité: vérité d'un moment, d'un lieu, d'une rencontre... A distances nous apprend sur notre temps et sur notre manière de l'appréhender. A distances s'impose au risque de choquer et ce n'est pas la moindre de ses leçons.
Le livre présente quelque cent cinquante poèmes en langue allemande avec leur traduction originale. Les deux pages de commentaires et d'analyse qui les précèdent sont rédigées en un langage qui ne craint pas une terminologie spécialisée dans les domaines de la métrique et de la rhétorique sans néanmoins tomber dans le travers d'un jargon académique abscons. Aux textes théoriques s'ajoutent de brèves biographies des poètes.L'ouvrage découvre un panorama concis de la poésie allemande focalisé sur les modèles de la poésie amoureuse du Moyen Âge au milieu du XXe siècle. C'est dire qu'il aborde dans un ordre chronologique le Minnesang, les chansons de Walther von der Vogelweide, l'amour et la mort dans le Tristan et Iseut de Gottfried von Straßburg, la Renaissance et la Réforme, le baroque avec sa cohorte d'amours et de douleurs, le siècle des Lumières et le classicisme, où les amours de Gœthe occupent une place importante. Puis on tombe dans le romantisme avec Novalis et Mörike. L'ouvrage s'achève par les multiples courants de l'époque moderne.La présentation des poèmes en miroir avec l'allemand sur la page de gauche et le français à droite permet une compréhension et une comparaison rapide du texte original pour qui ne maîtrise pas la langue de Gœthe.En fin de livre, on trouve un bref glossaire de versification, une bibliographie des sources et de la littérature secondaire, ainsi qu'un index des poètes.