Dans l'imaginaire populaire, la Révolution française évoque encore parfois l'image créée par Charles Dickens: Madame de Farge tricotant alors que roulent les têtes des victimes de la Terreur. Mais la Terreur ne fut qu'éphémère alors que la Révolution a laissé en héritage les élections démocratiques. En effet, l'urne est un symbole beaucoup plus fort de cet important bouleversement que la guillotine. La Révolution française a fait des élections le fondement de la légitimité politique, l'expression de la volonté populaire, le mode de sélection du personnel politique et rendu responsables les élus. Des élections des États généraux en 1789 jusqu'à l'accession de Napoléon par le moyen du plébiscite constitutionnel de 1799, des millions de citoyens ont voté dans au moins vingt consultations pendant la décennie révolutionnaire. Se fondant sur deux décennies de recherche dans les Archives nationales, celles de presque tous les 83 départements créés en 1789 et de nombreuses archives municipales, la Bibliothèque nationale et celles locales, ce livre réaffirme la place de la Révolution française comme l'un des ancêtres de la démocratie moderne. En même temps que la révolution américaine, la Révolution française donne naissance aux élections démocratiques à la fin du dix-huitième siècle. Dans ce livre, nous sommes les témoins de la création de la démocratie moderne. Face au cynisme général concernant les élections aujourd'hui, il est rassurant de découvrir des élections tenues sans l'influence néfaste de l'argent, des médias et des groupes d'intérêt. Malgré les difficultés de son accouchement, l'apprentissage de la démocratie en France a laissé un héritage durable pour le développement de la démocratie moderne en France, en Europe et dans le monde entier. Ce livre est essentiel pour les historiens, les politologues, les sociologues et tous les lecteurs qui s'intéressent aux origines de la démocratie libérale moderne.
Cultes et usages chrétiens des corps saints des Réformes aux révolutions (vol. 2)
Dans ce second volume, les " saintes reliques " se retrouvent sur les champs de bataille des grands conflits religieux du 16e siècle, de la Révolution française (dont l'enquête présentée ici fait apparaître le rôle central dans la transformation des lieux et des milieux du culte des corps saints), et des premières années de la Russie soviétique. La relation intense des corps saints et des lieux sacrés, le rôle des reliques dans l'expansion planétaire de l'Europe moderne et, pour finir, la solidarité de la relique et de son reliquaire, aussi étroitement liés que l'arbre à son écorce, sont également interrogées.Cet ouvrage fait suite à un premier volume consacré aux grandes étapes du discours polémique sur le culte des corps saints.L'ensemble de ces études, enrichies par une illustration et une documentation variée, montre la vitalité du culte des corps saints et renouvelle l'histoire du culte.
Ce livre réunit les actes du colloque international accueilli à l'Hôtel de Ville en octobre 2005, qui souhaitait esquisser, comme le souligne Daniel Roche en introduction, par-delà les acquis " un projet pour des tentatives de relecture et d'approfondissement, d'ouverture et de renouvellement ". L'originalité de l'ensemble est d'associer des champs d'étude moins fréquentés que l'histoire politique de la capitale en révolution. Il s'agit d'étudier la Cité, carrefour unique dans la France du XVIIe siècle de production et d'échange des biens matériels et symboliques, sous l'angle d'un espace en mutation au plan administratif, économique et culturel. Chacune des trois parties est précédée d'un substantiel rapport introductif qui fait le point des acquis, mais aussi des manques, et propose des pistes nouvelles de recherche : la première " Administration et finances " est introduite par François Monnier, la seconde " Économie " par Dominique Margairaz, et la troisième " Pratiques culturelles " par Raymonde Monnier. Les contributions publiées dans ce volume croisent les points de vue pour tenter de réévaluer les mutations à l'oeuvre dans les infrastructures, les métiers et les entreprises, comme dans l'administration - de l'urbanisme à la sécurité et au maintien de l'ordre. D'autres transformations, économiques, affectent les domaines de la construction, des transports et de la politique sanitaire, dans une ville industrielle déjà malade de ses pollutions. Au plan culturel, on voit se redessiner les espaces, tant du côté de l'art dramatique et du musée que des modalités de l'éloquence, de la sociabilité savante ou des défis dans l'univers de la gravure, dont témoignent les Tableaux historiques de la Révolution. L'ouvrage permet ainsi de comprendre comment une intense politisation a entraîné de multiples innovations qui ont rejailli sur le quotidien de tous les Parisiens de la capitale.
Colloque international tenu à Bordeaux, les 3 et 4 oct. 2003
L'océan Atlantique a été au cours des cinq derniers siècles un élément fondamental de l'essor et du développement des villes maritimes et des arrière-pays liés aux grands circuits de la circulation marchande. La respiration de cette économie atlantique a été rythmée par l'alternance de périodes de paix et de guerre, ayant chacune ses logiques de fonctionnement. Qu'ils soient neutres ou belligérants, les conflits ne laissent en effet indifférent aucun des acteurs économiques du pourtour de l'Atlantique. Du négociant au capitaine, d'un port à une région, du commerce d'une denrée spécifique à une pesée plus globale des trafics, les études présentées dans le volume multiplient les angles d'analyse afin de montrer la complexité des situations possibles. Hier comme aujourd'hui, les conflits engendrent des fortunes en même temps qu'ils provoquent des situations de détresse, en fonction de la position des acteurs sur le marché et de la marge de manœuvre que la situation leur offre. Derrière les agissements individuels, il est possible d'identifier les mécanismes d'ajustement qui permettent la réorganisation des flux commerciaux et des activités en temps de guerre, atténuant ainsi l'impact des conflits sur l'économie du monde atlantique.
Le musée de Bordeaux est une société savante éclectique plaçant son activité sous la devise éloquente de "Liberté, égalité". Réunissant un ensemble de notables principalement issus du négoce et porteurs de pratiques sociales et d'idéaux pré-révolutionnaires, elle se distingue par la réunion des sciences, de la peinture, de la littérature, de la musique et par des enseignements multiples, ainsi que dans l'attention portée aux sourds-muets dans l'esprit de l'abbé de l'Épée. Mais c'est principalement l'activité musicale qui est étudiée ici en détail, grâce à la richesse extraordinaire du manuscrit 829 de la bibliothèque municipale de Bordeaux qui comporte un ensemble archivistique unique pour une société de concert à la fin de l'Ancien Régime. Les neuf contributions d'historiens et de musicologues analysent le fonctionnement interne du musée d'un point social et économique, et les relations que la société entretient avec la ville et avec la vie musicale nationale. Les programmes musicaux des quarante séances publiques organisées entre 1783 et 1792 sont présentées en annexe et permettent de connaître dans le détail les choix musicaux des auditeurs qui revendiquent délibérément leur inscription dans la "révolution" musicale opéré par Gluck au début du règne de Louis XVI. L'orchestre du musée, composé d'amateurs et de professionnels, pratique un répertoire contemporain composé des symphonies de Haydn, des opéras français les plus récents, et de pièces lyriques et concertantes cosmopolites.
Les émigrés de la contre-Révolution française ont jusqu'à présent été peu étudiés. Avant de les déclarer martyrs donnant leur vie à dieu et au roi, de les dénoncer comme traîtres prêts à tirer sur d'autres Français, il est d'abord nécessaire de les dénombrer. C'est l'objet du livre pour la région charentaise qui fournit 410 émigrés et 77 radiés, ce qui correspond à un peu moins de 2 % du total national. L'émigré charentais type est bien un jeune officier pauvre, souvent cadet de famille nombreuse, et tirant ses ressources du seul service du roi. L'ouvrage présente à la manière d'un dictionnaire l'ensemble des émigrés charentais et par les notices qui leur sont consacrées les fait revenir sur le sol natal.
C'est une des constantes de Hugo d'avoir toujours inscrit au cœur de son entreprise une interrogation sur la nature politique, historique, idéologique de ce qu'il écrivait. Cela est vrai dès les Odes de 1822 jusque dans ses toutes dernières productions. Quatre-vingt-treize et l'Art d'être grand-père, en particulier, et l'un des postulats de son œuvre, du moins à partir de 1830, sera que le romantisme et la révolution entretiennent une relation d'équivalence entre eux deux. Toujours a été ancrée dans son esprit l'idée qu'il ne pouvait pas écrire sans pointer à l'horizon même de sa propre écriture l'histoire, laquelle depuis 1789 s'appelle la révolution. Les études ici regroupées couvrent toute l'œuvre de Hugo de 1827 à 1874 et se centrent sur la relation de Hugo à l'histoire et à la révolution. À la poésie aussi, à laquelle est aménagée une place centrale. L'enjeu de cet ouvrage est de lire le romantisme de Hugo en l'appréhendant selon une perspective sociocritique qui lui restitue toute la part d'histoire qu'il met en œuvre.
Le préfet est garant de la légalité républicaine, assurant le contrôle des actes des collectivités locales tout en garantissant le développement équilibré du territoire à l'échelle régionale. Il est garant des libertés publiques. Entre les droits légitimes à la liberté et à la sécurité, il assure le respect de la démocratie par la défense de l'ordre public, ce qui a pu poser la question de sa responsabilité, notamment pénale. En somme, institution vieille de deux siècles, souvent critiquée, mais jamais vraiment remise en cause, le Préfet est au cœur de l'État moderne, assurant le délicat équilibre entre l'intérêt général et le particularisme local, l'application uniforme de la loi et les réalités du terrain (Nouvelle-Calédonie, Pays basque…), entre le respect des libertés locales et la cohésion du développement régional, entre la liberté et la sécurité.
Champs de forces conservatrices et régressives depuis les temps modernes
Les communications réunies ici se demandent comment les limites de siècles ont pu être marquées par la puissance des continuités, des fixations, voire des processus a-dynamiques et rétrogrades. Elles sont réparties en deux grands axes. L'un concerne l'histoire et l'histoire des idées et traite la Révolution française, le conservatisme religieux, les courants rétrogrades et les nationalismes ; le second concerne l'art et la littérature. Cette division s'est avérée pertinente, car il apparaît que, si les limites de siècles peuvent être des marqueurs en ce qui concerne l'histoire et l'histoire des idées, il n'en est rien dans le domaine de l'art et de la littérature qui s'avère beaucoup plus problématique.
Ce onzième volume vient clore la grande entreprise éditoriale (entamée en 1984) des "Atlas de la Révolution française". Il s'agit cette fois d'un atlas entièrement consacré à Paris, qui récapitule, de façon lisible sous la forme de graphiques et de cartes, les éléments d'un bilan historique, et fonde une réflexion sur un Paris révolutionné (en partie par des provinciaux arrivés depuis peu dans la capitale) et sur sa place dans un espace national transformé. La Révolution, en effet, assure à la ville et à ses institutions sa place définitive dans l'espace national, en même temps qu'elle oriente la société française dans une conception de l'existence et de l'espace négociée verticalement, de haut en bas.
Il fut comblé, admiré, honoré et absolument oublié. Tel est souvent le sort de l'artiste ; tel fut en tout cas celui du peintre Anicet Charles Gabriel Lemonnier. Pourtant, ce fut lui qui remporta le prix de Rome en 1772, et provoqua chez David, son rival vaincu, un grand découragement. La gloire a depuis rattrapé celui-ci, cependant qu'elle a rejeté celui-là dans les ténèbres de l'histoire. Comment comprendre un tel destin ? Natif de Rouen, Lemonnier y a exercé son talent sa vie entière, y puisant jusqu'à son inspiration, alors qu'il a cultivé à Paris son goût de la conservation et de la collection en siégeant à la Commission du Louvre. Une activité créatrice continue et importante que l'Empereur récompensa en 1810 en le nommant directeur de la Manufacture des Gobelins. Les honneurs de son vivant n'ont donc jamais manqué. Mais depuis sa mort, en 1824, son souvenir n'est présent ni à Paris, ni même à Rouen. C'est ce double oubli que l'ouvrage interroge, non en établissant une biographie du peintre, mais en portant attention à ses nombreuses activités, à sa participation personnelle à la Révolution, à son entrée en révolution. Il s'agit ici de trouver et de fournir des explications de nature historique, et non artistique, au parcours de Lemonnier.