JOSEPH, c'est l'histoire qu'un jeune homme nous chuchote à l'oreille, comme une confidence sur sa vie d'avant... avant de devenir Joseph.À première vue, une enfance comme tant d'autres, entre les parents, les loisirs, l'école et les copains.
Et pourtant cette sensation étrange, tenace, que quelque chose cloche.
Lorsqu'il se regarde dans le miroir, l'enfant a besoin de se répéter à lui-même, pour s'en convaincre: moi, c'est Lou, moi c'est Lou, moi c'est Lou.Ce roman graphique est né de la rencontre de son autrice avec un tout jeune adulte, Joseph (prénom d'emprunt), qui va lui servir de modèle pour composer ce récit, entre témoignage vécu et fiction.
Un livre qui porte sur la transidentité un regard sensible, avec des mots d'une simplicité choisie, et des images à la gouache, délicates mais néanmoins émotionnellement puissantes.JOSEPH nous propose de nous glisser dans le ressenti de celui qui se découvre différent. La vraie inclusion, dit l'autrice, c'est celle-ci, la plus élémentaire: la faculté de se mettre à la place d'autrui, sans jugement préalable, avec bienveillance et respect. Et qui sait, au terme du voyage, peut-être le lecteur s'en trouvera-t-il lui-même changé.
C'est le matin de bonne heure, avec l'air paisible qui précède la grande chaleur, que nous faisons avec des gestes sages et détendus, nos devoirs de vacances. Ma soeur Anna et moi avons l'habitude de nous installer dans le salon, sur la grande table rectangulaire marron foncé, en bois d'acajou. Une table donnée à Grandpère par des prêtres et qui date de très longtemps, a l'habitude de préciser maman pour en prendre soin. J'apprécie cette atmosphère matinale : la douce lumière se faufile discrètement dans la pièce et laisse planer la perspective d'une nouvelle journée remplie de bienfaits.
Avec son personnage Angry Mum (deux tomes publiés aux éditions Glénat en 2010 et 2012), Hélène Becquelin n'hésite pas à cogner - en usant de beaucoup d'humour - sur les travers snobs de tout un chacun, en particulier quand elle s'en prend aux mesquineries des mères de famille.Sœur cadette du génial et regretté Mix & Remix, dont la mort l'hiver 2016 nous a tous touchés, elle a soulagé son chagrin avec le dessin et retrouvé leur enfance dans une série d'illustrations très tendres mettant en scène sa sœur, son frère et elle-même.Ces dessins, qui ont été exposés en septembre 2017 à la Galerie RichterBuxthorf à Lausanne dans le cadre du Festival off de BD-Fil, ont été rassemblés et complétés par d'autres croquis, dans cette bande-dessinée intitulée Adieu les enfants. On y retrouve les trois gamins attablés côte à côte usant ensemble leurs neocolors ou grimpant joyeusement aux branches du magnolia. Le bonnet de ski bleu blanc rouge du Crédit suisse, le velours côtelé bleu préféré, la robe de chambre du père avec laquelle les enfants se déguisent en curé, la tirelire cantonale dotée de dents qui empêche de récupérer les petits sous... Un amusant inventaire d'objets de ces années 60-70 réveille les souvenirs, tout comme des attitudes, des scènes, d'un quotidien à la fois singulier et commun à tous.Dans un dessin subtil et plein d'esprit, cet ouvrage tend un miroir à nos enfances, telle une série d'instantanés du temps passé.
La popularité actuelle de Sherlock Holmes, son importance dans notre paysage, posent la question de savoir pourquoi il est, plus que jamais, notre contemporain. Notre société, plus victorienne qu'il n'y paraît, voit monter un certain nombre d'angoisses et d'inquiétudes urbaines – économiques, sociales, médicales – qui ravivent du même coup le paradigme d'un enquêteur quasi infaillible, capable de résoudre, avec rapidité, élégance et brio des énigmes pourtant retorses, défiant les compétences de la police officielle. Un retour au texte de Conan Doyle montre pourtant que ce paradigme est instable, que le détective est capable de toutes les métamorphoses et de tous les déguisements. Le fait que la série de la BBC Sherlock transpose aujourd'hui avec une aisance ludique l'univers créé par Conan Doyle dans le Strand Magazine à la fin des années 1880 illustre la foncière plasticité et adaptabilité de la figure du célèbre détective, jusque dans le monde des téléphones portables et d'Internet qui est le nôtre. Les actes du colloque international " Sherlock Holmes : un nouveau limier pour le XXIe siècle " tenu à Cerisy-la-Salle en 2014 remontent aux sources mêmes du mythe littéraire pour suivre les évolutions subies par ce couple éminemment malléable qu'est le duo formé par Sherlock Holmes et le Dr Watson. Des premières adaptations pour l'écran muet, réalisées du vivant même de l'auteur, jusqu'aux séries télévisées actuelles, entre réécritures et pastiches qui passent par le cinéma, la BD, et la littérature, les auteurs ici réunis traquent les formes esthétiques et les supports divers qui ont porté l'image protéiforme du détective et de son acolyte jusqu'à nous, creusant le personnage aux attributs si reconnaissables pour mieux en dégager la profondeur. Venu à nous " d'un Londres de gaz et de bruine ", Sherlock Holmes est bien, selon Borges, " une de ces bonnes manies qui nous restent ".
p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 12.0px 'Adobe Garamond Pro'; min-height: 14.0px}p.p2 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; text-indent: 14.0px; line-height: 12.1px; font: 10.0px 'Adobe Garamond Pro'; color: #ffffff}p.p3 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; text-indent: 14.0px; line-height: 12.1px; font: 9.5px 'Adobe Garamond Pro'; color: #ffffff}p.p4 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: justify; text-indent: 14.0px; line-height: 10.1px; font: 10.0px 'Adobe Garamond Pro'; color: #ffffff}span.s1 {font: 12.0px 'Adobe Garamond Pro'; color: #000000}span.s2 {font: 10.0px Times}Si les écrits occidentaux sur l'Autre, Arabe ou Oriental, sont pléthoriques, qu'en est-il de ceux produits par le monde arabo-musulman? De quels types de représentations l'Autre a-t-il fait l'objet dans les textes arabo-musulmans? Enfin quelles sont en somme nos connaissances actuelles au sujet des représentations arabo-musulmanes de l'Autre?C'est à ces questions que tentent de répondre les différents articles qui composent cet ouvrage; car à l'instar des autres cultures, celle du monde arabo-musulman, à travers ses hommes de lettres, ses historiens et ses artistes, a développé ses propres représentations de l'Autre. Cet Autre, selon les époques, l'espace géographique, les sensibilités, et le lieu d'où l'on parle, s'avère variable, incarnant tantôt une " altérité proche " tantôt une autre, foncièrement lointaine.L'ouvrage est organisé en trois parties: Dans la première sont abordées des questions liées à l'altérité et ses représentations dans le monde arabo-musulman de manière générale. Certaines contributions s'attardent sur quelques notions et terminologies arabes qui ont servi et servent encore à appréhender l'Autre; d'autres tentent de dévoiler les multiples regards portés sur les autres, qu'ils soient des " Autres proches " à l'image des Berbères ou des chrétiens d'Orient ou des Autres lointains comme les Japonais.La deuxième partie est consacrée à l'art et à la littérature d'expression arabe. Les contributeurs analysent, à partir du prisme de l'altérité, différentes oeuvres modernes de quelques auteurs des plus marquants de la scène littéraire arabe (al-?ayib ?ali?, Huda Barakat, Tawfiq al-?akim…).La troisième partie, quant à elle, permet de mettre en lumière d'autres sensibilités et d'autres manières d'aborder l'altérité dans le monde arabo-musulman car ce sont les oeuvres littéraires écrites par des écrivains arabes francophones (Fouad Laroui, Driss Chraïbi, Boualem Sansal) qui font l'objet d'analyses et d'investigations.
Pour les écrivains marqués par les crises du moderne, la musique offre le modèle d'une tension permanente entre la construction et la déconstruction, le tout et la partie, le fragment et la totalité. La musique rappelle qu'un ordre est possible et que cet ordre est sans cesse remis en cause, pour le meilleur et pour le pire. Qu'il s'agisse de la communauté des auditeurs opposée à la déréliction chez Berg, du " clair-obscur " pour Julien Gracq, de la fugue des Faux-monnayeurs ou de la prière de Marie dans Wozzeck, de l'album et du Livre chez Barthes, du " roman musical " comme dépassement des antagonismes, du jeu de la liaison et de la déliaison chez Quignard, de la puissance unificatrice de l'amour selon Mauriac, la musique d'Orphée donne le bel exemple d'une harmonie qui se nourrit de son propre désenchantement.
Venus d'horizons divers, les contributeurs ici rassemblés se penchent sur des oeuvres et des pensées de toutes les époques pour mettre en évidence l'unité de la chose littéraire dans la profusion de ses expressions, montrant en quoi la complexité, quand elle prend la forme du foisonnement et de la diversité, pose toujours aussi la question du sens. C'est précisément cette dialectique de l'abondance et de la cohésion qui n'a cessé d'être présente dans les travaux de Françoise Haffner à qui ce volume veut rendre hommage.
J.-M. G. Le Clézio : La Fièvre, Printemps et autres saisons, Histoire du pied et autres fantaisies avec un inédit, La Prom'
L'on apprécie les nouvelles de Le Clézio. Mais les connaît-on vraiment ? Certains textes brefs sont encore inédits. D'autres ont été publiés en revue. Deux nouvelles moins connues sont étudiées. Sont de plus analysées ici les dernières nouvelles lecléziennes, novatrices d'un point de vue formel et au reflet de notre temps puisqu'il y est question des réalités socio-économiques actuelles, des conflits d'aujourd'hui.La réalité crue se combine chez Le Clézio à la fantaisie, dans ce dernier recueil analysé ici pour la première fois mais aussi, déjà, dans les nouvelles antérieures. Cette fantaisie est commentée par le Clézio lui-même dans un long entretien inédit et instructif. Sous le signe de la fantaisie, ce volume se veut ouvert, propose des illustrations intéressantes créées spécialement pour ce numéro, prolonge le rêve, mais suscite, aussi, la réflexion…
Nés dans un monde privé de dieux et de lumières, les artistes français du 19e siècle s'étaient donné pour mission de ré-enchanter l'univers et de lui faire recouvrer son unité. Alors même que la rationalité, le scientisme et le positivisme devenaient les valeurs de leur temps, ils choisissaient de questionner ces valeurs montantes en les confrontant à des pratiques et des croyances d'un autre âge. À une civilisation qui s'embourgeoisait au gré même de ses révolutions, ils décidaient d'opposer les mystères insondables d'une magie à laquelle, déjà, l'on ne croyait plus, mais qu'ils allaient réinvestir sous de multiples formes dans leurs textes, leur musique, leur peinture ou leurs mises en scène. Ce sont ces enchantements lexicaux, ce personnel féérique, ces représentations visuelles ou ces charmes verbaux propres aux " magies " artistiques que le présent volume se propose d'interroger.
L'ensemble des romans de Graham Swift publiés à ce jour sont abordés ici à travers une question qui, dès le début, s'impose comme centrale dans son œuvre. La voix constitue un mode d'entrée privilégié dans le texte swiftien ; inversement, Swift nous permet de mener une réflexion qui trouve sa pertinence au-delà du cadre des études anglophones. Il s'agit de partir en quête de cette voix silencieuse qu'est la voix du texte – voix qui en s'installant ici sur le " devant de la scène " nous pousse également à interroger les liens étroits et complexes qu'elle noue avec le regard. La lecture pointue des romans s'accompagne d'une réflexion théorique qui invite le lecteur à se mettre à l'écoute des critiques, philosophes, psychanalystes et écrivains qui, chacun de leur point de vue, ont pu écrire sur la question. S'engage par ailleurs un débat sur la fiction contemporaine : ciment du texte, la voix a en même temps pour effet de fissurer le roman, de défaire ou de mettre sous tension ses unités et ses divisions ; illusion d'une présence ou masque d'une béance, elle est aussi appel inlassable lancé au-dessus du vide. Entre ceux qui ont érigé Swift en champion d'un postmodernisme défini parfois étroitement et ceux qui réaffirment la dimension " réaliste " de ses romans dans la mouvance de ce qu'ils nomment " le tournant éthique des années 90 ", cette étude tente de se positionner en montrant comment le texte swiftien se donne à la fois comme le lieu d'une impossible conversation et comme l'espace d'un infini partage.
Jean-François Parot met en scène le Paris des Lumières. Si, fondée sur l'intertextualité, la représentation qu'il en donne est très fidèle, la capitale française n'en demeure pas moins, dans la série "Nicolas Le Floch", un espace fictionnalisé. De plus, se faisant discrètement l'écho de certaines inquiétudes postmodernes, la représentation s'avère double, invitant implicitement le lecteur à repenser la modernité.
Avant d'être "de la littérature", avant de dialoguer avec le reste de la littérature (catéchisme du vieux modernisme, liturgie des avant-gardes), un roman parle du monde. Et l'invente. Et le combat. Et s'en moque. Et le questionne. Et le montre. Et l'interprète (Philippe Muray).Cette idée de la littérature guide tout autant les contributeurs de ce numéro que les romanciers contemporains qu'ils analysent. De la sociologie à la sociocritique, chaque perspective élucide, avec les moyens qui lui sont propres, la façon dont le texte dialogue avec la société et ses représentations. Au croisement de réflexions conceptuelles et d'analyses de cas (Ernaux, Bon, Rolin, Bergounioux, Houellebecq, et d'autres), ce volume établit des distinctions utiles entre les différentes approches du " social " dans les textes et offre des lectures précises qui interrogent en particulier les liens des romanciers à la sociologie, la place qu'ils se donnent dans la société d'aujourd'hui et les valeurs qu'ils mettent en jeu dans leurs œuvres.