Ce numéro varia éclaire les usages du religieux comme catégorie, principe de régulation et institution.C. Clémentin-Ojha montre comment la traduction de secular dans la Constitution indienne révèle les tensions entre droit, État et définition de la catégorie " religion " dans l'hindouisme. Dans son analyse de la judiciarisation du blasphème au Pakistan, P. Rollier souligne que catégoriser un acte comme contraire à la religion ne relève pas seulement de modes de croire, mais aussi de logiques issues d'une histoire juridique et coloniale.L. Seurat et J. Safar éclairent ensuite les enjeux de régulation du religieux, à travers le cas du marché du hajj en France, où contrôle des mobilités et fabrication d'un " islam de France " s'entrecroisent. C. Vincent-Cassy retrace l'essor du culte de l'archange Raphaël sous Charles II, instrument de protection et de légitimation dynastique.E. C. Calabrese aborde le Hezbollah comme une institution à la fois religieuse, politique et militaire. À l'inverse, M. Colin montre que les membres du Temple Satanique se réapproprient la figure de Satan comme symbole d'émancipation envers la contrainte institutionnelle.Enfin, M. S. Chaidron s'intéresse à la récupération catholique de Claude Bernard, posant la question – centrale pour les sciences sociales des religions – des frontières entre science et religion.
Que se passe-t-il au niveau de la religiosité lorsque des individus perdent tout suite à la guerre et à la migration forcée? Peut-on observer un renforcement de la religiosité, lorsque leur foi est tout ce qui leur reste? Ou, au contraire, est-ce que ces traumatismes laissent place à une désillusion et à une diminution? La recherche de terrain présentée dans ce livre traite des conséquences de la guerre et de la migration sur la religion et sur l'évolution de la religiosité. Pour répondre à ces questions, l'auteure a conduit une recherche qualitative sur le cas des Syriens réfugiés au Liban, à Beyrouth et dans trois camps de réfugiés à la Bekaa. Il n'existe aujourd'hui que peu de recherches sur les migrations dans les pays limitrophes à ceux en crise. La plupart des travaux sur l'immigration et la religion concernent des pays occidentaux. Pourtant, l'immense majorité d'individus forcés à fuir est déplacée à l'intérieur de leur pays ou dans des pays limitrophes. Ce livre permet donc de développer un aspect encore partiellement étudié en sciences sociales et en sciences des religions.
La Liturgie catholique est le premier ouvrage d'ensemble sur la pratique liturgique catholique après Vatican II, dans le contexte français. Il propose, dans un premier temps, un inventaire précis des différentes liturgies auxquelles les fidèles ont accès dans les églises paroissiales ou cathédrales. Il s'agit aussi bien des célébrations habituelles (messes du dimanche) que des célébrations des temps de la vie (obsèques, baptêmes, mariages), des liturgies annuelles (Pâques) que des liturgies exceptionnelles. L'approche qui est faite ainsi privilégie l'observation, dans le détail, des postures, des espaces, des scénarios liturgiques. Il peut alors se dégager une vue d'ensemble des réussites et des insuffisances (voire des échecs) de la réforme liturgique post Vatican II. Au fil de la seconde partie, l'auteur propose de comprendre la liturgie en tant que dispositif d'organisation des relations entre les individus et l'ensemble du groupe ecclésial. La liturgie produit de l'institutionalité, et organise le rapport aux croyances, non pas sur un mode dogmatique, mais plutôt avec une visée d'orthopraxie: faire, pourrait-on dire, c'est croire. Le clergé met en scène le dispositif liturgique. Il affiche ainsi la source de sa légitimité. Cependant, tant la rénovation de Dom Guéranger au XIXe siècle que la réforme de Vatican II ont fragilisé son positionnement dans la société française. Au cœur du système ainsi formé, la question de la " glorification ", à la fois processus de reconnaissance et fenêtre eschatologique, donne à la liturgie sa légitimité sociale.
Ce Bulletin bibliographique réunit une centaine de recensions d'ouvrages et huit notes critiques pour l'année 2013. Il aspire à cerner les apports de tout un champ de savoirs. On y retrouve les principales disciplines de connaissance des faits religieux, telles que la sociologie, l'histoire, l'ethnologie, l'anthropologie ou la philosophie. Les multiples religions du monde sont appréhendées dans divers moments et contextes en même temps que les systèmes d'idées et d'usages avec lesquels elles composent ou se confrontent dans l'espace public. La variété des comptes rendus témoignent de cet effort.Les notes critiques ambitionnent de dégager les orientations thématiques des sciences sociales des religions sur des questions aussi variées que celles de la santé, des minorités ou des statues pieuses. Il s'agit ainsi dans cette dernière note de dessiner l'évolution des pratiques cultuelles parfois anciennes (les statues habillées) et des catégories de l'extraordinaire et du merveilleux. Une autre de ces notes cerne un milieu scientifique à travers la réception d'une oeuvre majeure, Les Formes élémentaires de la vie religieuse de Durkheim, dont le centenaire a été commémoré par de multiples revues, dont les Archives elles-mêmes. Lui fait écho un premier bilan des autobiographies des sociologues des religions aujourd'hui. Une autre note enfin fait place, selon les perspectives de la revue, à plusieurs grands aspects actuels de la sociologie de la santé.
A partir d'une série d'études de cas relatant comment les gens font la religion et ce que la religion leur fait, l'ouvrage donne à voir les relations intimes, matérielles, sociales, affectives et idéelles qu'entretiennent les fidèles avec leur religion, les voies singulières de leur parcours et les linéaments de leurs attachements. Les catholiques et les juifs interrogés ont été choisis pour avoir avec leur religion des rapports de faible ou moyenne intensité – des gens pour qui la religion fait une différence –, et non pas seulement pour la portée identitaire à laquelle l'adhésion religieuse est trop souvent rapportée. A travers leurs portraits se dessinent alors les manières de cultiver la religion, les intermittences de la foi, les ressorts de la loyauté religieuse, la palette des exégèses et les politiques de croyance adoptées.
De la Shoah aux attentats terroristes du XXIe siècle, les relations entre les communautés religieuses présentes en France sont mises à rude épreuve. Pourtant, la volonté de dialoguer reste vive, à la faveur des avancées théologiques et des échanges " de terrain ", en marche depuis la fin des années 1940. Cette histoire du dialogue entre juifs, musulmans et chrétiens s'écrit au gré d'un contexte international et national souvent chaotique dans lequel les acteurs (individus, groupes, institutions) jouent un rôle primordial. L'attention nouvelle que portent les chrétiens au judaïsme, racine de leur foi, et la prise de conscience d'un antisémitisme chrétien persistant, tracent la voie vers la repentance des Eglises. Ce mouvement à la fois intellectuel et religieux doit beaucoup aux membres fondateurs de l'Amitié judéo-chrétienne (1948) qui constituent un réseau sans frontières composé d'individus partageant avant tout des convictions humanistes et une volonté de justice. Le dialogue avec les musulmans se noue plus tardivement sur fond d'immigration et d'aide charitable, et coïncide avec le développement de l'islamologie, science encore réservée à une élite chrétienne. Mais, dans les années 1970, la redécouverte d'une identité religieuse par les musulmans installés en France modifie l'équilibre des échanges, lesquels oscillent désormais entre solidarité interconfessionnelle et volonté d'émancipation. L'étude du discours officiel et des moments fondateurs (Vatican II, Assise, repentance de la papauté) ne doit pas faire oublier l'importance des initiatives locales qui enracinent le dialogue interreligieux dans les mentalités et les territoires. C'est seulement ainsi qu'il peut donner toute sa mesure en révélant sa diversité et son extrême complexité.
En Europe, l'idée que la modernité menaçait de mort les religions qui provenaient de la société traditionnelle est loin d'être vraie, celles-ci n'ont pas disparu mais se sont transformées. Le contrôle que les Églises exercent sur les individus s'est atténué ou dissous sans que la religion n'ait disparu pour cela. Dans certaines sociétés, cela est arrivé à tel point que les sociologues parlent plus de sociétés à culture religieuse que de sociétés religieuses ; la différence la plus marquante consiste dans le fait que la culture, comprise de la manière la plus simple comme des significations partagées par une population, est quelque chose de difficilement contrôlable par une institution organisatrice spécifique telle que l'Église. Et l'on peut même dire que là où le processus de sécularisation individuelle a avancé le plus, les racines religieuses de la culture commencent à perdre de la netteté. Au sein de ce contient, dans les pays catholiques, à quelques exceptions près, le processus par lequel la religion perd de l'importance sociale a été plus lent que dans les pays protestants, à quelques exceptions près aussi. Ce livre est le résultat d'une investigation menée à terme par le Groupe Européen de Recherche Interdisciplinaire sur le Changement Religieux (GERICR) dans cinq pays européens à tradition catholique : la Belgique, l'Espagne, la France, l'Italie et le Portugal. Dans chaque pays, on a travaillé sur le même schéma d'aspects importants : la pluralité culturelle et religieuse; les pratiques, croyances et valeurs; la reproduction de l'institution ecclésiale; le statut légal des confessions; le système de financement; les relations Église-État-Vatican ; l'Église catholique et les médias; l'Église catholique et le système d'enseignement; l'Église catholique et le système de santé; les catholiques dans la société civile et dans la sphère politique ; la pluralité interne du catholicisme. Le livre s'achève, en premier lieu, avec une comparaison entre les cinq pays de chacun des aspects pris en considération, pouvant ainsi observer les similitudes et les différences entre les pays. Et, en second lieu, en faisant une synthèse générale sur les grands changements arrivés dans les cinq pays concernant trois grandes aires : la relation entre l'appartenance religieuse et la modernité démocratique, les formes prédominantes d'être catholique dans la société et les formes qu'adopte le catholicisme pour s'adapter à la perte de l'hégémonie dans des sociétés de plus en plus plurielles du point de vue de la religion.
" La charité est incompatible avec la foi. Il est impossible d'aimer sincèrement Dieu et de croire qu'il existe. "Qu'est-ce que j'aime quand j'aime mon Dieu ?", demandait saint Augustin. J'aime la vérité, la droiture, la justice, la bienveillance, le détachement de soi et le respect d'autrui…, toutes choses incompatibles avec "ce que les hommes appellent un dieu". Il y a là un malentendu, un quiproquo. C'est pourquoi la charité chrétienne a engendré fi nalement une civilisation athée. " Edmond Ortigues n'a jamais cessé de réfl échir sur le rôle de la parole, sacrée ou profane, le paradoxe du désir d'absolu et le sens de la religion comme réalité historique et sociale. On trouvera dans ce volume deux textes majeurs aujourd'hui inaccessibles au public, Le temps de la parole, réfl exion sur le message évangélique et la parole de Dieu, et Le monothéisme, texte que l'auteur considérait comme une sorte de testament intellectuel. L'ensemble est complété par sept études dont une inédite sur la religion, le mysticisme et le délire, l'athéisme, l'islamisme et la laïcité, et permet de comprendre ce qui fait l'unité et la force d'une pensée qui, partie d'un catholicisme engagé et fervent, s'est orientée vers une conception anthropologique de la religion où la quête de l'absolu garde toujours son sens. Les analyses d'Edmond Ortigues sont toujours d'une acuité intellectuelle stimulante et le plus souvent d'une très grande actualité.
Ce numéro de " Purushartha " s'attache à comparer les relations qu'entretiennent politique et religion(s) en Asie du Sud . Le sujet, tel qu' il est abordé, revêt un intérêt particulier pour trois raisons principales. Premièrement, il traite d'une région où le processus de sécularisation n'a pas eu la même ampleur qu'en Occident.Deuxièmement, la zone abrite toutes les grandes religions du monde et permet donc de tester la part des variations revenant à la culture. L'islam domine dans trois pays (Pakistan, Bangladesh et Afghanistan), l'hindouisme dans deux autres (Inde et Népal) tandis que le bouddhisme joue un rôle prépondérant à Sri Lanka et important au Népal et en Inde. Quant à la minorité chrétienne, elle est présente presque partout.Enfin, la diversité des trajectoires suivies par les régimes sud-asiatiques dans leur rapport à la religion offre une large palette à la comparaison.
Qu'en est-il du fait religieux aujourd'hui au sein des sociétés française et espagnole (Catalogne) ? Assiste-t-on à un retour du religieux et si oui de quel ordre ? La laïcité française est-elle menacée ? Quelles resesmblances et différences entre la laïcité française et la laïcité espagnole ? Que dire par ailleurs des initiatives de dialogues interreligieux qui fleureissent un peu partout ? Mode ou mouvement plus profond ?Recueil des actes du colloque " Laïcité et Religions " tenu à Perpignan en mars 2009, cet ouvrage rassemble les contributions des universitaires, des responsables politiques et religieux, et des journalistes qui se sont rassemblés pour brosser la situation française et espagnole Catalane concernant le fait religieux et la laïcité en ce temps où l'on parle du " retour du religieux ". Une contribution importante au dialogue entre les religions et la laïcité.
Cet ouvrage présente cinq éclairages sur les psaumes : Forme littéraire, Écritures, Support de la prière, Pédagogie, Arts. Il rassemble des articles brefs et à destination du grand public, les approches des psaumes (historique, théologique, iconographique, littéraire, musicale). Il propose une mise en lumière de divers aspects du patrimoine écrit local. Les notices des pièces retenues proviennent de collections patrimoniales lilloises (Bibliothèque du Patrimoine de l'Institut Catholique de Lille, Réserve commune des Universités de Lille I, Lille II et Lille III, Service Patrimoine de la Bibliothèque Municipale de Lille). La dernière partie présente les notices près de 200 œuvres musicales.