S'opposer, déposer, exclure. L'imprimé à l'épreuve de la rupture confessionnelle dans l'Europe des XVIe-XVIIe siècles
Rétablir le lien entre imprimé et Réformes religieuses des XVIe et XVIIe siècles pour débâtir l'idée d'une "victoire" de celles-ci par la diffusion de l'imprimerie, est l'ambition de ce dossier qui invite à explorer comment les dispositifs imprimés ont transformé les controverses théologiques, les formes de distinction confessionnelle et les modes de légitimation de l'autorité.
Ce numéro bibliographique s'ouvre par un hommage à Roberte Hamayon, figure majeure de l'anthropologie du chamanisme, attentive aux mots de la pratique.
La rubrique " Atelier " invite au dialogue des méthodes et des disciplines, qui nourrit la réflexivité sur les concepts. C'est en sociologue de la communication que Cédric Terzi relit le dossier " Vocations catholiques " paru en 2024 (no 207) dans les ASSR, en anthropologue que Camille Tarot retrace son propre itinéraire de chercheur, en historiens enfin que Mathias Dreyfuss et Davide Mano s'interrogent sur la place des études juives dans le champ des sciences sociales en France.
Les notes critiques proposent des éclairages sur des dynamiques transnationales, en s'intéressant au yoga comme politique et aux relations entre impérialisme britannique et mondialisation du pentecôtisme. Avant d'aborder l'actualité des débats sur l'articulation entre religieux et politique, elles s'interrogent aussi sur la postérité des réflexions foucaldiennes sur l'aveu et la confession, l'évolution historique des frontières entre clercs et laïcs dans le christianisme, ainsi que sur la signification de l'actualité éditoriale autour de Jacques et Raïssa Maritain. Les lectures croisées se tournent quant à elles vers l'islam, autour des ouvrages de Denis Gril sur la figure de Muhammad dans la spiritualité musulmane, et de Catherine Mayeur-Jaouen sur Le culte des saints en islam. Les nombreuses recensions poursuivent cette invitation au comparatisme et à la profondeur historique.
Ce volume présente des recherches qui s'attachent à analyser les recompositions sociopolitiques produites par l'entrelacement entre nationalismes et religions. Il entend ainsi contribuer à l'intelligibilité d'un présent mondial marqué par les réactivations du religieux – souvent décliné sous ses formes fondamentalistes, ethnicistes ou suprémacistes – dans le champ politique.
Portant sur des configurations sociohistoriques variées, allant des États-Unis au Japon en passant par Israël et l'Irak, les études réunies ici montrent que ces réactivations s'inscrivent dans des conflictualités qui traversent tous les systèmes politiques et religieux, et dont l'enjeu central concerne les différentes manières de penser la nation. Le défi de l'analyse est double : comprendre ce que recouvrent les notions de " religion ", " nation " et " nationalisme " selon les sociétés ; prendre acte du fait que ces notions – songeons par exemple à celle de " nationalisme religieux " – font l'objet d'une surcharge sémantique au sein de la communauté savante, en révélant la situation éclatée des sciences sociales en contextes mondialisés. À travers la diversité des configurations explorées, les enquêtes du volume réinterrogent la portée heuristique de ces notions.
Ce numéro varia éclaire les usages du religieux comme catégorie, principe de régulation et institution.C. Clémentin-Ojha montre comment la traduction de secular dans la Constitution indienne révèle les tensions entre droit, État et définition de la catégorie " religion " dans l'hindouisme. Dans son analyse de la judiciarisation du blasphème au Pakistan, P. Rollier souligne que catégoriser un acte comme contraire à la religion ne relève pas seulement de modes de croire, mais aussi de logiques issues d'une histoire juridique et coloniale.L. Seurat et J. Safar éclairent ensuite les enjeux de régulation du religieux, à travers le cas du marché du hajj en France, où contrôle des mobilités et fabrication d'un " islam de France " s'entrecroisent. C. Vincent-Cassy retrace l'essor du culte de l'archange Raphaël sous Charles II, instrument de protection et de légitimation dynastique.E. C. Calabrese aborde le Hezbollah comme une institution à la fois religieuse, politique et militaire. À l'inverse, M. Colin montre que les membres du Temple Satanique se réapproprient la figure de Satan comme symbole d'émancipation envers la contrainte institutionnelle.Enfin, M. S. Chaidron s'intéresse à la récupération catholique de Claude Bernard, posant la question – centrale pour les sciences sociales des religions – des frontières entre science et religion.
Après avoir rendu hommage é l'historien du christianisme contemporain Claude Langlois (1937-2024) et avant les nombreuses recensions qui sont le socle de sa tradition, le Bulletin bibliographique s'ouvre cette année à une variété toujours plus importante de contributions réflexives sur la diversification des formes de l'historiographie et les conditions de l'analyse sociologique des faits religieux. Les Ateliers s'interrogent, théoriquement et pratiquement, sur les nouvelles écritures des sciences sociales du fait religieux, autour d'études des socialisations islamiques et du statut de l'image — deux textes qui nous feront entrer d'une part dans le détail vivant de l'image d'un monastère, et d'autre part dans l'hétérographie.
Les quatre Notes critiques qui suivent reviennent sur les approches actuelles de l'islam africain; sur les voies par lesquelles une même génération de clercs s'est convertie a une carrière éditoriale dans le second xxe siécle. Elles proposent également un premier point d'étape posthume sur l'oeuvre de Bruno
Latour (1947—2022), a l'occasion de la publication de ses premières recherches théologiques et écologiques, et une présentation des avancées actuelles de
l'histoire de la théologie, ou l'on retrouvera la grande figure de Claude Langlois. Enfin, deux Lectures croisées traversent — sans risquer dc l'épuiser — le récent
Dictionnaire critique de I'Eglise coordonné par Dominique Iogna-Prat, Frédéric Gabriel et Alain Rauwel et s'intéressent aux importants travaux de Jean During sur la place et le sens du son musical dans la culture spirituelle soufie.
À la fois "?don de soi?" et valeur d'accomplissement personnel, la notion de vocation relève d'un registre intime mais ne prend sens qu'au regard des normes collectives qui l'organisent. D'origine religieuse, elle n'a cessé de circuler sur un registre laïcisé, à la fois reprise et déconstruite, pour qualifier les engagements professionnels et publics les plus divers et en produire la critique. Inscrite dans la durée des vies individuelles, elle peut être l'objet de retours sur soi, de déplacements ou de ruptures, qui mettent les institutions à l'épreuve et les contraignent au changement.
Cette livraison des Archives ouvre ses pages à un groupe de jeunes chercheurs et chercheuses, spécialistes du catholicisme contemporain, qui décrivent les vocations religieuses comme un fait social à part entière, à la lumière de terrains nouveaux et d'archives récemment ouvertes. Au croisement entre histoire, sociologie et anthropologie, ils et elles en font aussi l'observatoire de questions transverses, le genre, le vieillissement, l'engagement dans la cité ou le retrait à distance d'elle. Ce dossier est enfin l'occasion de lire en conclusion l'un des tout derniers textes écrits par l'historien Claude Langlois, quelques semaines avant sa mort en mai 2024.
Making Space: The Russian Orthodox Politics of Self-Assertion
This issue, "The Expansion of the Russian Orthodox Church: A Religious Marking of Space," delves into the complex interplay between the Russian Orthodox Church and the socio-political landscape in post-Soviet Russia. Despite Orthodoxy becoming the default religion in many parts of Russia after the USSR's collapse, its public presence is still contested in a predominantly secular society. The articles examine the politics of space, focusing on how religious markers such as crosses, frescoes, pilgrimages, buildings, and collective prayers are employed to claim and transform public spaces into political territories and loci of utopia. This process frequently ignites debates about the common good and the appropriate role of religion in public life. Key themes include issues of heritage and memory, particularly the creation of traditions and the sacralization of places within the vision of a utopian "Holy Russia." The ambivalent relationship between the State and the Church is also explored, characterized by both cooperation and tension as the Church seeks to expand its influence. Through these discussions, this issue provides a nuanced understanding of the Russian Orthodox Church's efforts to shape spaces and identities in contemporary Russia.
Ce volume de varia s'organise autour de quatre thématiques.
La question de la prière, d'abord. Yehuda Bitty enquête sur les rituels de prières juifs dans la France du XIXe siècle, Chloé Mathys explore la possibilité d'une analyse interactionniste du dialogue qui se noue avec Dieu dans la prière solitaire.
Le catholicisme, ensuite. Historien, Jean-Pierre Tardieu propose une synthèse sur le trouble sus-cité dans les Indes occidentales espagnoles par la révolte des Jolofes en 1552. Doctorant en science politique, Gauthier Simon présente les premiers résultats d'une enquête sur les recompositions du militantisme écologique de jeunes catholiques après l'encyclique Laudato si' (2015).
Une réédition du Système de politique positive d'Auguste Comte est en cours chez Hermann sous la responsabilité de Michel Bourdeau et Emmanuel d'Hombres. Ils reviennent sur les raisons de lire ou relire ce monument mal aimé des sociologues, dont Dominique Iogna-Prat et Marion Aubrée analysent la portée et la réception.
Les Archives sont enfin heureuses d'accueillir les articles réunis par Pierre Savy et Serena Di Nepi autour de la bibliographie complète de Marina Caffiero, historienne italienne dont les travaux ont profondément renouvelé notre regard sur le judaïsme européen à l'époque moderne.
Comme chaque année, les ASSR consacrent leur dernière livraison à l'actualité de la recherche en sciences sociales des religions. Environ 70 comptes rendus d'ouvrages explorent ainsi les principaux débats qui traversent notre communauté de chercheurs et de chercheuses. Dans le sillage de cette conversation collective, la rubrique " Atelier des sciences sociales du religieux " propose une analyse critique de la notion de " tradition discursive " chère à l'anthropologue Talal Asad, précédée d'une réflexion sur la figure du moine chez Max Weber et sa confrontation avec celles du prophète, du sorcier et du prêtre.
Les " notes critiques " qui suivent illustrent la diversité de thématiques qui fait la richesse de nos discussions, de la philosophie indienne d'expression sanskrite aux contradictions de la critique prophétique de la modernité chez Jacques Ellul, de la rencontre improbable entre sociologie et phénoménologie du pentecôtisme aux effets induits par la thématique de l'anthropocène dans les redéfinitions en cours du champ des expériences religieuses. L'actualité récente, enfin, renouvelle certains enjeux épistémologiques de nos disciplines, qu'il s'agisse de l'héritage politico religieux de Mai 68, des interrogations sur la fabrique des saints dans le catholicisme contemporain ou des nouveaux métiers de l'accompagnement spirituel en Amérique du Nord.
Irruption de l'exception dans l'ordre normal des choses, le miracle relève d'une histoire dont les guérisons miraculeuses sont un observatoire privilégié. Elles mettent en présence la puissance de Dieu qui produit le miracle, celle de l'Église qui fixe les conditions de sa validité, celle des médecins qui peuvent confirmer ou contester le caractère miraculeux de la guérison. Le dossier présenté ici explore cette histoire longue à partir d'un de ses tournants, intervenu au XVIIIe siècle à la paroisse Saint-Médard autour de la tombe du diacre Pâris.
Les récits de guérison des convulsionnaires, les controverses qu'ils suscitent, dessinent une nouvelle configuration épistémologique du miracle. Qu'est-ce qu'un "vrai" miracle, dès lors que celui-ci peut n'apporter qu'une guérison incomplète, ou avoir besoin du secours de la médecine pour être pleinement efficace ? Quel rapport entre le vrai et le faux, quand des voix contradictoires se font entendre au cœur même des récits des miraculés ? De cette crise moderne des savoirs miraculeux résulte un nouvel équilibre entre l'institution ecclésiale, l'autorité médicale et le pouvoir politique, dont le XIXe siècle recueillera l'héritage.
Dans le varia qui accompagne ce dossier, Nicolas Élias montre comment le " cas Diogène " permet, via le détour antique, de proposer une anthropologie de l'ascèse comme fondation même de l'ordre politique.
Ce numéro propose un dossier consacré aux missions catholiques féminines dans les mondes coloniaux et post-coloniaux au XXe siècle.
Les enquêtes réunies explorent notamment le rôle des ouvroirs des Sœurs blanches au cœur de la stratégie missionnaire en Algérie coloniale, le façonnage des relations de genre au sein des pensionnats autochtones du Canada aux XIXe et XXe siècles, les reconfigurations à l'œuvre chez les Franciscaines missionnaires de Marie en Haute Égypte à l'heure des transitions impériales (1920-1970) et les motifs de l'implantation de congrégations catholiques féminines en Tunisie après l'indépendance.
Trois Varia s'intéressent enfin à la dimension politique de l'ascèse chez Diogène de Sinope, à la construction de la communauté de Sant'Egidio dans le " long 1968 " italien (1967-1978), ainsi qu'à l'expérience du silence de Dieu dans la prière solitaire.
Le dossier sur " les catégories religieuses et séculières de la martialité " s'organise autour de quatre enquêtes historiques et anthropologiques, conduites en Inde, en Chine, au Japon et en Indonésie. La martialité y apparaît comme une notion englobante qui permet d'inclure des termes plus spécifiques, la " guerre ", le " militaire ", les " arts martiaux ", par une approche comparée au sein des mondes sociaux différents dans lesquels ils se déploient. Il s'agit aussi de décrire les processus sociaux de longue durée par lesquels les sphères du religieux et du politique s'autonomisent l'une à l'égard de l'autre, au prix du développement de traitements en apparence paradoxaux du registre guerrier qu'elles ont en commun. À ce premier ensemble s'ajoutent deux articles consacrés à des approches quantitatives du fait religieux au Portugal et en Argentine, ainsi qu'une réflexion sur les usages du mot " hérésie " dans la sociologie de Pierre Bourdieu. Enfin, la revue a demandé à trois auteurs de croiser leurs lectures sur la récente traduction en français du livre majeur d'Ernesto De Martino Morts et pleurs rituels.