Cet ouvrage s'attache à l'analyse de la production cinématographique, ses usages et ses représentations dans l'URSS en guerre au cours d'une décennie cruciale de l'histoire du XXe siècle. De 1939 à 1949, l'URSS passe du pacte germano-soviétique et du partage de la Pologne à l'invasion nazie, aux défaites puis à la victoire de 1945, enfin à l'occupation de la partie orientale de l'Europe. Le cinéma soviétique, son industrie comme ses procédures de création, connaît alors une profonde mutation: à la nécessité de documenter la guerre et ses horreurs, de soutenir le moral de la population et susciter la résistance à l'envahisseur par des fictions mobilisatrices succède la célébration de la victoire sur le nazisme.
Pouvoir politique, responsables et professionnels des studios ont travaillé ensemble à l'élaboration d'un grand récit stalinien qui cherche jusqu'à aujourd'hui à imposer son monopole sur le sens de la guerre à l'Est.
" Tourneurs de manivelle ", " as de la manivelle ", " tourneurs de moulins à café ": autant d'expressions qui renvoient au métier d'opérateur de prise de vues cinématographiques dont ce livre vise à retracer l'histoire inédite. Quelles furent les possibilités d'existence de ce métier? De quelles tâches concrètes l'opérateur était-il responsable avant, pendant et après le tournage? Comment ces tâches ont-elles évolué entre les premiers tours de manivelle demandés aux employés des frères Lumière et la généralisation du parlant? Autant de questions dont s'empare cette étude richement illustrée et accompagnée d'un DVD (sept films ou documents audiovisuels mettant en scène des opérateurs).
Organisé en quatre temps: L'Amateur un paradigme ; L'Amateur ou une autre histoire du cinéma ; Présences de l'amateur ; L'Amateur une figure de l'histoire, cet ouvrage pose la question de l'amateurisme et du sujet de cinéma qu'il produit, en déjouant les hiérarchies esthétiques et sociétales ou les distinctions entre films de famille ou de clubs. Outre les cadres dans lesquels les images sont produites, les auteurs s'attachent à observer les gestes ou les regards afin d'interroger cette relation singulière qu'entretiennent les femmes et les hommes avec ces machines à représenter que sont caméras et projecteurs. Enregistrements du monde – de soi et des autres – dont l'histoire argentique c'est-à-dire cinématographique se constitue comme un temps en soi – une période d'avant le basculement numérique – ce saut technologique qui nous fait passer du XXe au XXIe siècles. Après avoir interrogé comment " l'amateur " propose un autre paradigme quant à la compréhension du cinéma, les études conduisent à partir de ces sources nouvelles, inédites, une autre histoire du cinéma rendant manifestes des usages ou des contextes cinématographiques en marges. Ils montrent ainsi comment ces matériaux filmiques peuvent être sollicités à des fins d'histoires culturelles ou sociales, autant que de bouleversement esthétique. Le récit de " l'amateur en cinéma ", comme le montrent les contributions rassemblées, a changé: la pratique est à présent pleinement intégrée au champ des études cinématographiques tandis que les œuvres filmées sont réattribuées à leurs auteurs, qu'ils soient fameux ou anonymes. Se découvre de la sorte un autre paradigme au sens où " l'amateur en cinéma " permet de redistribuer les catégories de pensée, conduisant à une interrogation sur le sens ou sur le cinéma lui-même.