L'oeuvre de Thomas Bernhard a longtemps été lue comme un monochrome en noir, refl et d'un pessimisme d'inspiration baroque, renforcé par un nihilisme typiquement moderne. Cependant, entre Frost, le premier roman, et Auslöschung. Ein Zerfall, le dernier, une évolution est perceptible, qui va de l'extrême de la douleur au rire et aboutit à la revendication d'une écriture de l'effacement. Que ce soit sous la forme d'un désespoir ressassé dans " une phrase infi nie " ou encore d'une exagération délibérément grotesque et " carnavalesque ", l'oeuvre de Thomas Bernhard s'est toujours accompagnée de scandales et autres perturbations de la vie publique autrichienne. En cultivant savamment ceux-ci, Thomas Bernhard dépasse la simple recherche de l'effet et tire d'une sensation qui est la condition de l'émergence de l'oeuvre, une capacité à irriter, à arracher à l'indifférence et, par là, à une menace de mort. L'irritation saisit dans la réactivation permanente de son origine, la possibilité d'élaborer un art de l'irritation. Esthétiquement, celui-ci détermine une écriture unique et originale. Mais sur le plan éthique surtout, l'évolution de l'oeuvre reflète la possibilité tirée à l'art de l'irritation de s'opposer au monde, de s'affi rmer enexistant contre lui. L'écriture de l'effacement, tout en portant les stigmates du nihilisme, montre la voie d'une existence possible dans une attitude d'opposition permanente au monde. Endossant les crises de la modernité, l'irritation telle que Thomas Bernhard la pratique, propose un art d'exister qui, loin de se satisfaire de reproduire le nihilisme partout constaté, tente d'y faire pièce sans l'occulter ou le nier, transformant ainsi un ars moriendi en modus vivendi.
Les textes ici rassemblés soulignent les bonheurs et les confl its engendrés par le contact des langues et cultures dans l'oeuvre de l'Américaine de culture yiddish Cynthia Ozick, du Californien d'origine arménienne William Saroyan, de la Canadienne bilingue Nancy Huston, de l'Indien errant Salman Rushdie, de quelques auteurs chinois férus de littérature occidentale. On lira aussi les propos échangés par les écrivains invités, l'Américain Jerome Charyn et le Turc Nedim Gürsel, tous deux installés à Paris depuis de longues années. L'expérience de l'exil – exil forcé, exil volontaire – place l'écrivain à la frontière des langues. Certains écrivains choisissent de s'exprimer dans la langue du pays d'accueil. D'autres, malgré des années d'exil, et parfois une réelle compétence dans la langue étrangère, restent fi dèles à leur langue. D'autres encore, ayant grandi dans le bilinguisme, veulent traduire leur double identité.
On a souvent mentionné le patriotisme exacerbé des catholiques aux États-Unis. Il est vrai que le souci des évêques américains de souligner les convergences entre la doctrine catholique et la destinée américaine les a souvent amenés à s'abstenir de toute critique à l'égard de la politique de leur gouvernement. Ils s'efforçaient ainsi de prouver à la société protestante environnante et au Saint-Siège que l'on pouvait être à la fois un bon catholique et un citoyen américain loyal. Cependant, en 1983, la hiérarchie catholique américaine publia une lettre pastorale, Le défi de la paix : la promesse de Dieu et notre réponse, qui parut révolutionnaire par l'audace des idées ainsi que par la forme des débats qui avaient précédé sa rédaction. Cette étude se propose donc de montrer que la volonté des évêques de se présenter comme la conscience morale et religieuse de la nation était le résultat à la fois des changements apportés au sein du catholicisme par le concile Vatican II et du développement aux États-Unis, notamment sous l'impulsion du Mouvement catholique ouvrier, d'un vaste courant en faveur de la paix et de la justice sociale. Cet ouvrage s'interroge également sur les possibilités de l'Église catholique américaine d'évoluer désormais vers une attitude de plus en plus prophétique face à la guerre et à la violence, sans toutefois se retirer des " affaires de la cité ".
Quelle image avons-nous de nous-mêmes et des autres ? Notre image des autres at-elle une influence sur notre image de nous-mêmes ? Notre image de nous-mêmes ne serait-elle pas conditionnée par notre image des autres ? Cet ouvrage tente de répondre à ces questions en se concentrant, non tant sur la France que sur l'image dont elle a pu jouir, et jouit encore aujourd'hui à l'étranger, au sein d'une réflexion sur la construction des identités nationales et sur le rôle des préjugés. Les lecteurs pourront comparer l'attitude de différents pays (Grande-Bretagne, Allemagne, Autriche, Espagne, Italie, Algérie, Pays-Bas) à une même époque (du XVIIe au XXe siècle) et dégager ainsi les constantes et les différences. La variété des exemples proposés permet d'aborder cette problématique sous diverses perspectives : en comparant l'expérience personnelle des écrivains internés ou exilés en France ainsi qu'en s'interrogeant sur l'attitude des gouvernements ou de groupes culturels en quête d'une identité propre. Le choix de différents supports, presse, littérature, peinture, discours politiques, textes constitutionnels, permettra de comparer les traitements de l'image de la France. Et restituant ces attitudes dans leur contexte socioculturel, cet ouvrage tente de dépasser le simple constat des sentiments duels qu'inspire notre pays pour analyser cette fascination parfois source de haine, cette détestation souvent empreinte de fascination qu'a suscité, et que suscite encore la France au fi l de son histoire.
Le sens est un théâtre où le spectateur est son propre metteur en scène : c'est un paysage peuplé de valeurs culturelles et naturelles, qui demeure tributaire de l'action pratique. Au gré des auteurs de ces essais, les sciences de la signification peuvent apporter une contribution décisive à la construction d'un modèle théorique cohérent démontrant le caractère productif de l'action et incluant la référence interprétative à une norme. Les sciences du langage, la sémiotique littéraire, les sciences de l'information et de la communication, la sociologie des arts du spectacle se présentent dans cet ouvrage comme les facettes d'une seule et même réflexion interdisciplinaire dans laquelle elles construisent un objectif commun. L'ouvrage s'adresse ainsi aux chercheurs confirmés en sciences humaines et sociales, mais aussi à tous ceux qui recherchent une solide modélisation pour la description lors de l'analyse. Les uns trouveront les résultats inédits de la recherche en cours dans l'un des domaines les plus féconds des sciences de la signification, les autres bénéficieront de modèles déjà formalisés non triviaux et quasiment inexploités.
Les spécialistes admettent généralement que le centre de gravité du genre " fantastique " s'est déplacé au cours du XXe s., par rapport aux textes reconnus comme fondateurs. Ce sont aujourd'hui les lettres hispano-américaines qui fournissent les maîtres du genre. Ceux-ci revendiquent, entre autres, leurs lectures allemandes. Les études rassemblées dans ce volume voudraient éclairer, à travers parallèles et rapprochements, ces intertextualités. Elles présentent en outre cette originalité de regarder le fantastique comme une catégorie esthétique à part entière et d'envisager par conséquent son expression non seulement en littérature, mais aussi dans les domaines de la pensée scientifique, de la réflexion métaphysique ainsi que dans l'Art en général – musique, peinture, architecture. Ce volume s'enrichit, ici, de contributions originales dues aux créateurs eux-mêmes, Dominique Fernandez, sur les traces de Dumas, Jean Guillou à l'écoute de l'orgue, Ferrante Ferranti en promenade dans les jardins de la villa palagonia…
Les aspects politiques, militaires, économiques et géographiques de la Première Guerre mondiale sont à présent bien connus, mais la rupture qu'a signifiée le déclenchement des hostilités en 1914 atteint également les domaines de la pensée, de la littérature et de la conscience des peuples engagés dans le conflit. Dû à une douzaine de chercheurs, germanistes ou historiens, cet ouvrage est consacré aux composantes philosophiques de ce qu'on a appelé, non sans raison, la " guerre des esprits " et à la mise en forme littéraire des diverses images de la guerre. Dans la première partie, six études novatrices, étayées par des documents inédits ou non encore étudiés, rendent compte de l'attitude des écrivains et des intellectuels allemands et français qu'elles replacent dans le contexte des grands débats idéologiques de l'époque. Contraints d'intégrer le thème de la guerre dans leur œuvre, romanciers et poètes ont tenté d'opposer à l'horreur du champ de bataille un traitement esthétique de ce thème lorsqu'ils n'ont pas magnifié le combat. La seconde moitié de l'ouvrage montre, à partir d'analyses de textes fondamentaux, comment s'est opérée la rencontre entre l'histoire littéraire et l'actualité guerrière et apporte des réponses inédites à l'épineuse question de sa fécondité.