Les villas réalisées par Antonin Raymond dans le Japon des années 1920 et 1930
Cet ouvrage étudie la vie et l'œuvre de l'architecte américain d'origine tchèque Antonin Raymond (1888-1976) dans le Japon de l'entre-deux-guerres. Initialement invité à la fin de l'année 1919, avec son épouse et collaboratrice, l'artiste et créatrice Noémi Pernessin-Raymond (1889-1980), à rejoindre l'équipe tokyoïte de Franck Lloyd Wright (1867-1959) qui réalise le nouvel Hôtel impérial, Raymond fonde sa propre agence en 1921 et entame une carrière prolifique dans la capitale nippone. Durant l'entre-deux-guerres, il développe un processus de conception architecturale puisant à la fois dans les innovations théoriques et techniques du modernisme occidental et dans la culture spatiale et les techniques de construction locales. À l'instar de nombre de ses pairs européens et américains pionniers du mouvement moderne, Raymond utilise le médium de la maison individuelle d'architecte pour expérimenter et donner forme à cette approche, avec le soutien de son équipe.
Organisé en trois parties, ce livre explore les différentes étapes de la construction de ce processus de conception architecturale. Il s'ouvre sur une biographie présentant le parcours qui mène Raymond de sa Bohême natale jusqu'au Japon, en passant par les États-Unis, dans la période à la fois tourmentée et fertile de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Il se poursuit avec l'examen des circonstances dans lesquelles Raymond s'établit en tant qu'architecte indépendant à Tōkyō, constitue une équipe, et acquiert un certain nombre d'outils théoriques et techniques nécessaires à la pratique architecturale moderne dans le contexte japonais du début des années 1920 et 1930. Enfin, une sélection de villas réalisées dans la capitale et les destinations de villégiatures environnantes entre 1921 et 1938 est présentée. L'analyse architecturale détaillée de ces habitations réalisées pour une clientèle élitaire japonaise et occidentale permet d'observer les différentes étapes de l'élaboration du processus de conception architecturale qui a permis à Antonin Raymond, avec l'aide de son équipe d'abord internationale puis majoritairement japonaise, de proposer une architecture à la fois universelle et ancrée dans son contexte local. Par le biais de l'architecture, ce travail explore des problématiques et des enjeux soulevés par le processus de modernisation qui caractérise l'histoire du Japon de la première moitié du XXe siècle.
Cet ouvrage analyse la formation des nouvelles professions et des élites professionnelles dans le Japon moderne. Certaines professions occidentales, comme médecins ou traducteurs, correspondaient à des activités déjà présentes au Japon, tandis que d'autres, comme architectes ou ingénieurs, représentaient des catégories inédites. Les auteurs étudient la manière dont ces groupes ont construit leur identité professionnelle, acquis une légitimité sociale et organisé leurs réseaux.
Issu d'un atelier de recherche tenu à Paris en 2015, l'ouvrage rassemble plusieurs études de cas portant sur des professions variées : traducteurs, médecins, sage-femmes, psychiatres, nutritionnistes, architectes et ingénieurs. Les recherches mettent en lumière les origines sociales de ces élites, leurs stratégies de carrière, leurs liens avec l'État ainsi que les tensions entre anciennes et nouvelles formes d'autorité professionnelle.
L'ouvrage souligne également l'importance des échanges internationaux dans la professionnalisation japonaise. Les études à l'étranger et les réseaux transnationaux ont fortement influencé ces élites. Toutefois, les auteurs nuancent l'idée d'une simple imitation de l'Occident : les professionnels japonais ont adapté les savoirs étrangers aux réalités locales, jouant ainsi un rôle créatif majeur dans la modernisation du Japon.