À la croisée de l'histoire littéraire et culturelle et des études sur le genre, cet ouvrage s'attache à retracer la postérité littéraire, critique et féministe de ce texte fondateur, des années 1960 à nos jours, principalement aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il s'agit ici d'examiner le dialogue que ses " petites sœurs " – écrivain·es, critiques et féministes contemporain·es – ont engagé avec Woolf et son essai.
En adoptant une perspective féministe intersectionnelle et en se plaçant au cœur des débats féministes contemporains, cette étude explore le contexte d'écriture d'Un lieu à soi et le replace dans l'ensemble de l'œuvre woolfienne. Il parcourt ensuite l'héritage woolfien à travers trois thématiques : les lieux de création des femmes, leur place dans l'histoire et la littérature, enfin la question de l'androgynie soulevée par Woolf.
Ce faisant, l'ouvrage donne à voir la constellation littéraire, critique et féministe qui s'est créée autour d'Un lieu à soi, en examinant les textes d'une cinquantaine d'auteurs, d'autrice et de critiques.
Qu'est-ce que la littérature féministe ? Ni un style (de colère, d'accusation, d'ironie), ni un thème (les violences faites aux femmes, l'utopie d'un monde meilleur), ni davantage l'expression d'une identité sociale (" femme " ou " lesbienne ", notions mouvantes). La littérature féministe se laisse définir par un geste : celui de l'engagement. Engagement de la littérature dans la cause politique des femmes ; engagement dans la littérature de femmes militant pour leur propre cause ; engagement à travers et envers la littérature.
Le livre examine les pensées et pratiques politiques de la littérature des écrivaines féministes en France et au Québec, entre 1969 et 1985. Il s'intéresse à un vaste corpus d'autrices parmi lesquelles, au Québec Nicole Brossard, France Théoret, Lucile Durand dite Louky Bersianik et Madeleine Gagnon, et en France Monique Wittig, Hélène Cixous, Françoise d'Eaubonne et Christiane Rochefort.
Ces autrices forgent des concepts au croisement du politique, de l'épistémologique et du poétique et (re)problématisent les notions de sujet, d'action, de reconnaissance, d'histoire. Interrogeant l'identité " femme " qui décrit leur position dans l'espace social et littéraire, ces écrivaines élaborent aussi depuis leur point de vue spécifique le concept de " genre ". Elles interrogent la place que peuvent occuper la violence et l'insolence dans des politiques littéraires inédites, dont les esthétiques de rupture sont aussi largement des projets de fondation et de lien noué entre femmes.
Cet ouvrage, rédigé dans une langue claire et entraînante, apporte sa pierre à l'écriture de l'histoire littéraire des femmes et à l'histoire du féminisme comme des luttes homosexuelles.