L'écrivain Marie-Hélène Lafon propose ici des proses fragmentaires sur les paysages : " Ceux d'enfance, les autres / ceux de la terre, les minéraux, les citadins, les maritimes/ les nocturnes, les diurnes/ les arpentés, les rêvés / les paysages écrits / les paysages lus / ceux que l'on voit du train / ceux que l'on ne voit pas sur les autoroutes où des pictogrammes les signalent. " Texte poétique et singulier au sein de l'ouvre que construit Marie-Hélène Lafon depuis une dizaine d'années. Marie-Hélène Lafon est écrivain. Née en 1962 à Aurillac, elle est agrégée de grammaire et professeur de lettres classiques dans l'enseignement secondaire. Elle a publié plusieurs romans : Sur la photo, en 2003 ; Mo, (2005) ; Organes, (2006) ; La maison Santoire (2007) ; Les derniers Indiens, (2008) ; L'Annonce, (2009). Elle a reçu le prix Renaudot des lycéens en 2001 pour son premier roman Le soir du chien. Elle reçoit le prix du style en 2012 pour Les pays. Tous ses romans sont publiés chez Buchet-Chastel. Traversées est publié en coédition avec la Fondation Facim, dans le cadre des 13e Rencontres littéraires en pays de Savoie, dont Marie-Hélène Lafon sera l'invitée d'honneur. La collection " Paysages écrits " est coéditée avec la Fondation Facim Elle propose à des écrivains reconnus d'écrire un texte inédit explorant la notion de paysage, qu'il soit géographique, intime, littéraire. Quatre titres sont déjà parus : Une langue pour abri, Georges-Arthur Goldschmidt (2009) Je vais faire un tour, Maryline Desbiolles (2010) Braderie des ombres, Fabrice Melquiot (2011) Opera Mundi, Stéphane Audeguy (2012)
Cet essai est une réflexion sur les rapports entre l'écriture et le monde, sur les liens entre écriture et paysage à travers des ouvres qui imprègnent l'univers de Stéphane Audeguy et à travers sa propre écriture : Né en 1964 dans un monde maintenant ancien, j'ai donc vu le jour au cours du premier siècle de l'histoire de France à compter plus de citadins que de paysans (mondialement, c'est en 2008 que le rapport s'est inversé) ; et je suis sûr que cette situation, comme dirait Sartre, n'est pas sans influence sur mon travail. De quoi s'agira-t-il donc ici ? D'une rêverie sur les rapports de l'écriture et du monde. Stéphane Audeguy est écrivain. Il enseigne actuellement l'histoire du cinéma et des arts. Il a publié entre autres, dans la collection blanche de Gallimard, La Théorie des nuages, Fils unique, Nous autres et Rom@.
Fabrice Melquiot revient sur les lieux de son enfance et de son adolescence à travers un récit à la première personne. Il met en scène des personnages entre fiction et réalité dans un texte où affleurent sans cesse et s'entrecroisent poésie et écriture théâtrale. Je suis de retour à Modane après six mois d'absence. C'est mon Ithaque. Où je reviens sans y revenir, où je suis sans y être. Au fond, comme à l'étranger, l'étranger le plus étranger à soi, quand on est ailleurs, suspendu à l'étrangeté extrême de toute perception, si étrangère qu'elle devient immédiatement intime, comme si au fond, nous n'attendions que ça : la victoire d'un soi inconnu sur le soi familier. Comme si dans nos lointains délibérés, voyages du bout du monde, on venait revoir sa naissance avec d'autres yeux. Fabrice Melquiot, né à Modane en 1972, est écrivain de théâtre. Ses premières publications ont été des textes pour enfants édités à l'Ecole des loisirs et diffusés sur France-Culture. Bouli Miro a été le premier spectacle " jeune public " présenté à la Comédie française en 2003. Il a publié une trentaine de pièces chez l'Arche éditeur, représentées dans divers théâtres (théâtre de la Bastille théâtre des Abesses, théâtre de Chaillot, théâtre de la Ville dont il est artiste associé pour la saison 2010/2011). Il a aussi publié deux recueils de poèmes et des nouvelles pour enfants (Histoires célèbres et inconnues, Gallimard Jeunesse, 2007).
" Tous les jours ou presque je fais quelques pas autour de la maison. Le même trajet. Pas d'écart. Il ne se passe rien. Mais ce rien frôlé de près est vibrant et vibrante sa ritournelle. Si bien que c'est ce trajet minuscule qui forme un écart, qui dessine un coude dans la journée. La plupart du temps je suis seule, le livre que je lis ou le film que j'ai vu la veille me prend par l'épaule. Ainsi épaulée, je marche dans le champ et j'écris dans la page. Le champ est circonscrit, mais pas plus que la page, il n'est borné. Il est tentant de mettre la main sur ce qui s'en échappe, sur ce qui jaillit d'entre les herbes. Je suis aux aguets, à l'espère. Tous les jours ou presque je m'exerce pour que le moment venu je ne ruine pas entièrement les couleurs de ce que je tiens par les ailes. " Née à Ugine, Maryline Desbiolles vit.dans l'arrière pays niçois. Elle a publié de nombreux romans aux éditions du Seuil dont La Seiche (1998), Anchise (Prix Fémina 1999), Le Goinfre (2004), Primo (2005), C'est pourtant pas la guerre (2007), Les Draps du peintre (2008), La Scène (janvier 2010). Cet ouvrage est le deuxième de la collection Paysages écrits coéditée avec la fondation FACIM (Fondation pour l'action culturelle en montagne) de Chambéry. Chaque livre de cette collection présente le texte inédit d'un écrivain invité dans le cadre de rencontres littéraires. L'écrivain est invité à y exprimer sa relation à un lieu et des paysages.
Enfant allemand d'origine juive, Georges-Arthur Goldschmidt fut envoyé par ses parents hors d'Allemagne en 1938, à l'âge de 10 ans et resta caché dans un pensionnat savoyard jusqu'à la Libération. Il resta en France après la seconde guerre mondiale, prit la nationalité française à 21 ans, devint professeur d'allemand, écrivain et traducteur. Ce récit autobiographique est celui de son départ d'Allemagne, de son exil en France et de sa rencontre avec la langue française. Le Heimweh, le " mal du pays ", sera à la base de la perception. Heureuse langue française qui ne possède pas de tels mots, à croire que la séparation irrémédiable y fut moins fréquente ou son expression davantage censurée. Le Heimweh est cette insupportable douleur, cette maladie plus souvent mortelle qu'on ne le croit qui frappe les " internes " des pensionnats et internats divers, cette souffrance inexprimable d'être séparé des siens ou de son lieu habituel. Plus nombreux qu'on ne l'imagine sont les êtres blessés à jamais dans leur être par de telles séparations. On ne guérit pas des blessures d'enfance. (.) Une langue est le bien de tous, elle n'appartient à personne, pas même à ceux qui la parlent, elle est toujours ouverte aux autres, chacun peut l'apprendre, elle est à la disposition de tous et chacun peut dire ce qu'il veut, il peut aussi bien dire la vérité que mentir. Georges-Arthur Goldschmidt est écrivain, traducteur, notamment de Goethe, Kafka, Nietzsche, Benjamin et surtout de Peter Handke. Cet ouvrage est le premier de la collection Paysages écrits coéditée avec la fondation FACIM (Fondation pour l'action culturelle en montagne) de Chambéry. Chaque livre de cette collection présente le texte inédit d'un écrivain invité dans le cadre de rencontres littéraires. L'écrivain est invité à y exprimer sa relation à un lieu et des paysages.