L'histoire des personnes dites handicapées, sourdes ou malades mentales est peu étudiée sur la longue durée. L'ouvrage comble cette lacune en posant les questions — du Paléolithique jusqu'à nos jours — de l'identification des personnes handicapées, de leurs trajectoires personnelles et collectives, des institutions et des communautés de vie qui les concernent, des sociabilités et des mobilisations collectives dont elles sont à la fois les objets et les sujets. Comme le dit Henri-Jacques Stiker, auteur de l'ouvrage fondateur de 1982 Corps infirmes et sociétés : " Prometteuse et réjouissante est la manifestation d'une génération d'historiennes et d'historiens venant d'horizons différents qui s'intéressent à la surdité, à l'infirmité ou à la folie et à leur croisement. "
Qui penserait aujourd'hui que le disque 78 tours, cet ancêtre du disque vinyle, fut le moyen d'une évolution spectaculaire de la propagande des organisations politiques françaises au cours des années 1930 ? Symbole de la modernisation technique du son et de la maîtrise du temps, le disque fut décisif pour amplifier l'existence des discours et des chants partisans, portant les sons de la SFIO, du Parti communiste ou de l'Action française là où on ne les avait jamais entendus auparavant. Agent du chaos pour les uns, de la bonne éducation politique pour d'autres, et de l'émotion militante pour tous, le disque politique a changé les pratiques partisanes et annoncé la propagande audiovisuelle de l'après-guerre. L'ouvrage dévoile son histoire, restitue ses acteurs et son imaginaire, analyse ses contenus et ses pratiques, renseigne ce qu'il a fait à son temps, et constitue un guide original pour découvrir, grâce au renvoi vers de nombreux enregistrements accessibles en ligne, une partie fascinante et oubliée de l'esthétique de la vie politique française des années 1930.
Les événements les plus récents, tels que la dévastation de la Syrie, l'invasion de l'Ukraine, le siège de Gaza et la situation critique du peuple palestinien, montrent que la violence inhérente à la guerre, bien qu'encadrée par le Droit international humanitaire, ne semble pouvoir être contenue : les règles sont transgressées, les seuils de tolérance sans cesse dépassés. Au principe de neutralisation forcée de l'adversaire, propre à la guerre et défini comme une finalité tactique, font place les atteintes de tous ordres portées aux populations désarmées ou non armées. La référence au paradigme démocratique et à l'état de droit nous a laissé croire en l'émergence d'un ordre mondial pour la paix, régulé par des normes internationales ; c'est là un des paradoxes du monde contemporain. Comment l'expliquer et l'inscrire dans une démarche d'intelligibilité ? Cet ouvrage collectif a pour objectif d'engager un dialogue entre mondes anciens et contemporains dans une perspective comparée et pluridisciplinaire afin de dégager des spécificités propres à chaque période et société mais aussi mettre en évidence des processus susceptibles d'éclairer le problème des violences extrêmes et de la transgression en temps de guerre, thèmes qui ont fait l'objet de travaux récents à propos de l'Antiquité.
Comment des juges, qui ont prêté serment de fidélité au maréchal Pétain et servi le régime de Vichy, ont-ils pu ensuite présider les tribunaux de l'Épuration ? Quel a été le rôle effectif de la justice dans l'application des lois sous l'Occupation, dans la persécution des Juifs et la répression des résistants ? La présentation de parcours de procureurs et de juges tout au long des années noires, attentistes, collaborateurs, résistants, ou vichysto-résistants, remet en contexte les situations concrètes auxquelles les magistrats ont été confrontés et les choix qu'ils ont effectués en conscience. Pourquoi Paul Didier a-t-il été le seul à refuser de prêter serment à Pétain ? Qu'ont réellement fait les magistrats résistants ? De quelle façon la magistrature a-t-elle contribué à l'exclusion des Juifs ? Quelle est la réalité du parcours controversé du vichysto-résistant André Mornet, procureur général qui a requis la peine de mort contre Pétain ? Comment ont été jugés après-guerre les magistrats des sections spéciales ? Pourquoi les procès de l'Épuration n'ont-ils pu s'appuyer que sur des éléments très partiels ? Nombre de documents inédits, provenant des archives publiques et privées, illustrent ces analyses. La remise en perspective de cette période sombre de l'histoire, qui s'éclaire aussi par les réformes de l'après-guerre, dont font partie l'accès à la magistrature des femmes et les prémices de la justice pénale internationale, ouvre au débat sur les enjeux contemporains de la justice, pilier de l'État de droit partout menacé par les dérives populistes et autoritaires.
L'impression et la lecture des livres de la Renaissance sont déjà bien connues. Mais ce qui se passait entre le moment où l'encre séchait sur les feuilles dans l'atelier de l'imprimeur et celui où un lecteur prenait en main un volume n'a pas fait l'objet d'études approfondies. Pourtant, ce mouvement de l'atelier au lecteur était une étape cruciale dans la vie de toute édition. C'est précisément ce commerce qui nous permet de comprendre l'impact de l'imprimerie dans la France de la Renaissance. La distribution locale, nationale et internationale ainsi que les modalités de vente des imprimés sont fondamentales pour expliquer l'accès au livre. À partir de sources archivistiques inconnues éparpillées à travers la France et à l'étranger, et de l'analyse de dizaines de milliers d'exemplaires de livres des XVe et XVIe siècles préservés dans de nombreuses bibliothèques européennes, cette étude propose une approche radicalement nouvelle du premier siècle et demi de la circulation et de la vente des livres imprimés en France. Elle est le résultat de plus de vingt ans de recherches dans le domaine.
Loin d'être seulement l'homme de la loi sur le divorce, Alfred Naquet est l'une des figures majeures des débuts de la Troisième République. Son parcours et celui de ses amis politiques sont envisagés dans cet ouvrage comme servant de buttes témoins à une étude des pratiques et des discours autour des phénomènes de patronage, de corruption et de scandale à la fin du XIXe siècle. L'auteur montre comment des réseaux autour d'Alfred Naquet participent à un clientélisme républicain et quelles sont les contradictions de ce parlementaire face à ces pratiques, ainsi que ses velléités de réformes constitutionnelles. Celles-ci s'inscrivant dans la quête d'une "vraie république" de certains radicaux au tournant des années 1880, oblitérée dans la mémoire républicaine du fait de l'engagement de certains d'entre eux dans le boulangisme. Enfin l'auteur montre comment Alfred Naquet passe durant sa vie politique d'acteur critique de la corruption électorale sous l'Ordre moral à la place d'accusé de corruption durant le scandale de Panama, scandale qui révèle des conflits normatifs autour de la question de la corruption.
Dans l'histoire des idées économiques, la physiocratie occupe une place majeure, et sans doute à bien des égards disproportionnée. Il est vrai que la doctrine élaborée par Quesnay, Mirabeau et leurs disciples, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, se présentait comme une " science nouvelle " mettant au jour les lois profondes de l'économie politique. Par son usage des calculs, elle inaugurait la comptabilité nationale et l'inexorable mathématisation de l'économie. En mobilisant les notions d'intérêt individuel, de concurrence et de liberté du commerce, les physiocrates ont posé les bases d'un courant majeur du libéralisme économique en Europe. Ils se voyaient clairement comme une avant-garde de formidables créateurs, persuadés de détenir la vérité. Mais pour bien des contemporains, les excès de la " secte des Économistes ", avec son langage hermétique et son message monologique, allaient à l'encontre de l'ouverture d'esprit caractéristique des Lumières, et la confiance aveugle dans les prétendues lois d'un " ordre naturel " apparaissait bien éloignée des réalités. Aussi faut-il rappeler que les supposées découvertes analytiques des physiocrates rencontrèrent souvent le scepticisme, sinon l'ironie féroce. Le mouvement physiocrate avait-il ouvert les voies de la richesse ? Nombre d'auteurs, longtemps sous-estimés par la tradition historiographique, ont élevé de puissantes objections. Ce sont ces voix discordantes que cet ouvrage fait entendre, restituant le pluralisme de l'économie politique du temps.
Avec le soutien de l'université Paris 8 (laboratoire LED EA 3391).
On ne lit plus guère Alphonse Gratry et c'est dommage, non seulement parce qu'il fut l'un des penseurs religieux les plus marquants du XIXe siècle, mais aussi parce qu'il était un écrivain de talent et un témoin averti de son temps. Issu d'un milieu anticlérical de serviteurs de l'Empire napoléonien, converti au catholicisme sous la Restauration, polytechnicien, directeur du collège Stanislas à Paris, puis aumônier de l'École normale supérieure, il a contribué, en 1852, à refonder l'Oratoire de France. Catholique inclassable, pionnier du dialogue oecuménique, militant de la paix, il était persuadé que l'Église de son temps vivait un " moment solennel " de son histoire, comparable en importance à celui de ses origines, duquel dépendrait en grande partie son avenir dans les sociétés occidentales. Philosophe, il est à l'origine du système de pensée le plus complet et le plus caractérisé que le monde catholique français ait produit au XIXe siècle, qui a influencé tout une lignée de penseurs indépendants du thomisme. La fin de son existence a cependant été très assombrie par les conséquences de ses prises de position retentissantes contre l'infaillibilité pontificale en 1870, même si son ralliement in extremis au dogme lui a permis d'échapper à une damnatio memoriae qui aurait pu être définitive, mais qui n'a finalement été que provisoire. Le but de cet ouvrage est de faire redécouvrir cette figure majeure de l'histoire religieuse et intellectuelle du XIXe siècle, à travers un essai biographique, la première édition critique et intégrale de ses souvenirs et une anthologie de textes représentatifs de la diversité des thèmes de sa pensée comme des formes de son écriture.
Coédition avec la Société d'histoire religieuse de la France
La Première Guerre mondiale est souvent présentée comme un moment de rupture dans l'histoire de la langue française. Est-ce le moment où le français serait véritablement entré dans la modernité? On évoque le recul décisif des dialectes au profit du français, après l'expérience commune du front, le développement de l'argot, des vocabulaires techniques, l'apparition de nombreux néologismes qui ont marqué les contemporains et sont parfois entrés dans les dictionnaires... Qu'en est-il exactement ? Cet ouvrage explore ce laboratoire de mots, de textes et de discours qu'a constitué le conflit. Il mesure les enjeux d'une mobilisation culturelle, revient sur certaines représentations pour les confronter aux usages, et ouvre l'analyse à la comparaison avec d'autres pays comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou l'Espagne. Grâce à une collaboration fructueuse entre historiens, linguistes et littéraires, et en exploitant systématiquement de nouvelles ressources numérisées, parmi lesquelles des correspondances de "poilus ordinaires" avec leurs familles, il scrute les transformations à l'oeuvre et montre comment la guerre fut aussi une expérience de langage. C'est une "langue sous le feu" qu'on découvre, saisie par l'urgence, les impératifs de communication, mais aussi empreinte de la difficulté à dire un réel qui la dépasse.
Nombre de familles, en France et dans les différents pays ayant participé à la Grande Guerre, conservent des archives de cette période. Cent ans après, ces archives privées éveillent la curiosité émue des générations actuelles et retiennent l'attention des historiens. Les auteurs tentent de répondre aux questions suivantes : Qui conserve aujourd'hui ces archives privées : familles, institutions privées, services publics ? En quoi consistent-elles : correspondances, photographies, journaux intimes ? Qui furent leurs auteurs : militaires ou civils, hommes de troupes ou officiers, présents au front ou à l'arrière, en France ou dans d'autres pays belligérants? Quels ont été leurs usages successifs depuis la Guerre jusqu'à aujourd'hui : mémoire familiale, témoignages, publications scientifiques, romans ? Les détenteurs d'archives familiales qui s'interrogent sur le sort à réserver aux documents hérités de leurs ancêtres auxquels ils souhaitent rendre hommage y trouveront de nombreuses réponses à leurs questions. Ce livre s'adresse aussi aux étudiants en histoire, aux chercheurs et, plus largement, à tous ceux qui ressentent le besoin d'en savoir plus sur les archives de ce conflit mondial qui a tant marqué notre histoire. Cette publication est issue d'un colloque conjointement organisé par La Société des Amis des Archives de France et les Archives nationales, en partenariat avec la Fondation Singer- Polignac ; il fait partie des événements commémorant le centenaire de la Grande Guerre (1914-1918) et a reçu le label de la "Mission du centenaire", chargée par l'Etat de coordonner l'ensemble des manifestations sur le territoire national. Les auteurs, français ou étrangers, universitaires ou archivistes, descendants ou non de poilus, sont tous directement impliqués dans l'usage public d'archives privées de la Première Guerre mondiale.