Sartre a toujours rejeté l'entreprise autobiographique, soupçonnée d'illusion rétrospective et de mauvaise foi ; il a pourtant produit Les Mots (1964), l'une des autobiographies les plus discutées du XXᵉ siècle. C'est ce paradoxe fécond que Marie Schmidhauser prend pour point de départ. Croisant Les Mots avec les Carnets de la drôle de guerre, la correspondance avec Simone de Beauvoir et les entretiens des années de célébrité, elle propose une lecture posturale du geste autobiographique sartrien, dans le sillage des travaux de Jérôme Meizoz sur la posture auctoriale et la sociologie de la littérature. L'essai montre comment Sartre travaille à démonter la figure du " grantécrivain " qu'il incarne, désacralise sa vocation et retourne sa culture héritée contre son milieu d ...
Lire la suite
Sartre a toujours rejeté l'entreprise autobiographique, soupçonnée d'illusion rétrospective et de mauvaise foi ; il a pourtant produit Les Mots (1964), l'une des autobiographies les plus discutées du XXᵉ siècle. C'est ce paradoxe fécond que Marie Schmidhauser prend pour point de départ. Croisant Les Mots avec les Carnets de la drôle de guerre, la correspondance avec Simone de Beauvoir et les entretiens des années de célébrité, elle propose une lecture posturale du geste autobiographique sartrien, dans le sillage des travaux de Jérôme Meizoz sur la posture auctoriale et la sociologie de la littérature. L'essai montre comment Sartre travaille à démonter la figure du " grantécrivain " qu'il incarne, désacralise sa vocation et retourne sa culture héritée contre son milieu d'origine, pour rejoindre, dans le geste même de l'autobiographie, une posture d'intellectuel démocratique. À travers une lecture minutieuse et attentive aux contradictions du texte (ouverture à la troisième personne, auto-ironie, montage), l'ouvrage restitue la tension centrale entre individualité et universel, engagement et attachement à la littérature, dépréciation et affirmation de soi. Un essai qui vient s'ajouter à l'imposante bibliographie sartrienne sans s'y noyer, par l'originalité de sa perspective et la finesse de son exécution.