L'imaginaire littéraire de l'objet-livre de 1880 à 1890
À la fin du XIXᵉ siècle, tandis que l'industrialisation redessine la fabrique du livre et que la bibliophilie s'impose comme pratique culturelle, un imaginaire littéraire spécifique se déploie autour de l'objet-livre. Loïc Dalle en fait l'objet d'une enquête serrée sur le corpus de la décennie 1880-1890, où le livre cesse d'être le simple support d'un discours pour devenir un motif, une figure, parfois un personnage. S'inscrivant dans le sillage de la " poétique historique du support " de Marie-Ève Thérenty et des travaux de Marta Caraion sur les usages de l'objet, l'essai reconstitue les tensions qui traversent cet imaginaire fin-de-siècle : la fascination pour le livre luxueux, unique, presque sacré, coexiste avec l'inquiétude devant le livre multiple, sériel, catalogué, absorbé par la logique marchande. Des rayonnages du bibliophile aux " poisonous books " de la littérature décadente, du livre sacrilège au livre sacré, l'ouvrage restitue une géographie où le livre pense sa propre matérialité, et où la littérature interroge, avec ambivalence, ce qui la fait circuler.
Sartre a toujours rejeté l'entreprise autobiographique, soupçonnée d'illusion rétrospective et de mauvaise foi ; il a pourtant produit Les Mots (1964), l'une des autobiographies les plus discutées du XXᵉ siècle. C'est ce paradoxe fécond que Marie Schmidhauser prend pour point de départ. Croisant Les Mots avec les Carnets de la drôle de guerre, la correspondance avec Simone de Beauvoir et les entretiens des années de célébrité, elle propose une lecture posturale du geste autobiographique sartrien, dans le sillage des travaux de Jérôme Meizoz sur la posture auctoriale et la sociologie de la littérature. L'essai montre comment Sartre travaille à démonter la figure du " grantécrivain " qu'il incarne, désacralise sa vocation et retourne sa culture héritée contre son milieu d'origine, pour rejoindre, dans le geste même de l'autobiographie, une posture d'intellectuel démocratique. À travers une lecture minutieuse et attentive aux contradictions du texte (ouverture à la troisième personne, auto-ironie, montage), l'ouvrage restitue la tension centrale entre individualité et universel, engagement et attachement à la littérature, dépréciation et affirmation de soi. Un essai qui vient s'ajouter à l'imposante bibliographie sartrienne sans s'y noyer, par l'originalité de sa perspective et la finesse de son exécution.