Lire et écrire des romans console-t-il? Comment, de quoi? Depuis les travaux d'Umberto Eco consacrés au roman populaire dans les années soixante-dix, la question était quelque peu tombée en désuétude, au profit d'une vision plus "brutale" de la littérature. Mais parce que notre époque demande à nouveau à être rassurée, parce que les outils des sciences humaines se sont affinés, et parce que le dialogue entre "grande" littérature et littérature populaire est de plus en plus fécond, il devenait à nouveau légitime d'examiner la portée de la consolation, notamment dans les oeuvres romanesque. C'est l'objet du présent volume, à travers une série d'études menant de l'Antiquité au roman le plus contemporain, français ou étranger, par le biais d'un riche dialogue interdisciplinaire, nourri par les approches les plus diversifiées, tant théoriques, esthétiques que sociologiques, spychanalytiques ou anthropologiques. à travers l'étude de cette notion, il s'agit aussi de revenir sur les fonctions de l'art en général.
Prenant appui sur une formule d'Emmanuel Hocquard, on pourrait dire que, dans la lignée de nombreux Modernes (de l'auteur des Petits Poèmes en prose à Beurard-Valdoye, en passant par le Rimbaud d'Une saison en enfer, Faulkner, Koltès ou Prigent)– et cela sans prétendre établir aucun rapport de stricte équivalence –, les fictions de Bernard Desportes ne ressortissent ni à la prose ni à la poésie, elles sont autrement (autopoéfictions). Sont encore autrement ses écritiques, qui, se ressourçant à l'inactuelle critique " partiale, passionnée, politique " que préconisait Baudelaire, détonent pour mieux détonner dans l'actuel PLF (Paysage littéraire français).Aussi convient-il d'appréhender Bernard Desportes autrement. Autrement que par une critique simplement et exclusivement journalistique ou académique. On s'interrogera ici sur la fréquente réduction du modernisme à l'avant-gardisme : pour n'être pas étiqueté " avant-gardiste ", doit-on forcément être exclu de toute modernité ?
Les théories relationnelles s'inscrivent très rarement dans la recherche d'une " théorie du langage " inaugurée par Saussure. La dimension voire l'ambition relationnelle de maintes théories obligent à prendre en compte le langage. Malheureusement, ces " tournants linguistiques " s'achèvent généralement hors langage. La critique littéraire, la linguistique, la phénoménologie, l'esthétique, etc., proposent le plus souvent une relation critique aux œuvres de langage sans une critique de la relation dans et par le langage. En cherchant au plus près l'articulation d'une critique de la relation et d'une critique des œuvres qui font le plus la relation – en l'occurrence les poèmes dits d'amour, il semble possible de reconsidérer les meilleures théories relationnelles, du moins de ne pas perdre l'attention que toutes les théories relationnelles disent porter au langage. Le gain d'une telle approche critique serait double : donner à l'ambition relationnelle des théories critiques soucieuses du langage une perspective anthropologique qui confère au langage comme activité de subjectivation le rôle d'interprétant (Benveniste) qui lui revient ; sortir l'intérêt pour les oeuvres de langage des catégories réductrices et séparatrices traditionnelles (œuvres vs. documents ; lyrisme vs. formalisme; etc.) pour les considérer comme les plus puissants opérateurs de transformation de formes de vie en formes de langage et l'inverse. Avec un peu d'humour, on ne parlera donc plus de " poèmes d'amour " mais de poèmes qui font l'amour – plus qu'ils ne le disent puisqu'ils l'inventent. Au-delà, on observera que tout le langage résonne alors de tels poèmes. À condition qu'on sache les écouter.
Si la lecture philosophique des grandes oeuvres littéraires est aussi ancienne que la philosophie elle-même, ce n'est qu'assez récemment que la question du rapport entre littérature et philosophie s'est imposée, dans la critique littéraire, comme un objet de réfl exion à part entière. Cet ouvrage s'inscrit dans ce nouvel horizon de recherche. Il s'agit de montrer la manière dont se noue le dialogue entre l'écriture d'une oeuvre littéraire et une pensée qui l'habite ou la traverse. Que devient une matière spéculative lorsqu'elle rencontre la littérature ? Sous quelle forme le philosophique intervient-il dans le texte littéraire ? À quelles conditions, et sous réserve de quelles altérations, un " contenu de pensée " se transmet-il littérairement ? Les contributions de ce recueil couvrent ainsi un champ très large, qui va de la poétique à l'herméneutique des textes littéraires. La Fontaine, Diderot, Laclos, Lewis Carroll, Proust, Musil, Péguy, Michaux et bien d'autres y sont convoqués. Les unes s'emploient à méditer sur les frontières mouvantes, mais plus persistantes qu'on ne le dit parfois, de la littérature et de la philosophie ; d'autres s'intéressent à la création de formes nouvelles, hybrides, dans lesquelles la pensée se révèle indissociable d'une poétique ; certaines sont attentives à la mise en cause de la philosophie – ou des philosophes – par les romanciers ; d'autres enfin s'attachent à illustrer une lecture philosophique des œuvres littéraires, pour en éprouver les limites ou la fécondité. Tous les articles ont en commun le refus d'une conception " acosmique " de la littérature comme d'une approche trop étroitement formaliste de la critique