Les grandes métropoles occidentales font face à des enjeux politiques et institutionnels majeurs posés par l'immigration et à la diversité culturelle. Afflux de demandeurs d'asile, discriminations intersectionnelles, pluralisme religieux, accès aux services publics de populations marginalisées, citoyenneté et participation politique sont autant de dimensions qui caractérisent la " super-diversité " et qui redessinent la gouvernance urbaine. Quels sont les discours, pratiques et dispositifs d'action publique qui se construisent autour de la diversité culturelle, et quels en sont les acteurs locaux ? L'ouvrage répond à ces questions à travers le cas emblématique de Londres. Avec des flux de migrants très denses depuis le tournant du XXIe siècle, la capitale britannique est l'archétype d'une grande métropole cosmopolite traversée par de profondes inégalités à la fois socio-économiques et ethno-raciales qui font émerger des pratiques encore méconnues en matière de gouvernance urbaine. Le livre contribue aux champs de la géographie sociale, de la sociologie urbaine, des études migratoires et de l'analyse des politiques publiques.
En retraçant le processus au fil duquel deux " quartiers à problèmes " ont été érigés en emblèmes du rayonnement des métropoles, ce livre vise à décrypter l'origine et le fonctionnement des politiques d'attractivité. À travers une approche comparative originale faisant la sociologie croisée du projet de l'Union au nord-est de l'agglomération lilloise et de l'exposition internationale d'architecture (internationale Bauausstellung – IBA) de Hambourg, il nous plonge dans les administrations et sociétés d'aménagement chargées de transformer l'image, la population et le tissu économique de deux territoires en déclin que tout semble opposer. L'enquête met ainsi en lumière la contribution des pouvoirs publics à la désindustrialisation de ces espaces et leur incapacité à attirer les entreprises innovantes ainsi que les travailleurs diplômés et les investisseurs internationaux qu'ils appellent pourtant de leurs voeux. Les figures de l'excellence économique, architecturale et environnementale apparaissent dès lors comme autant de signes d'un même mythe d'action publique au nom duquel, élus, techniciens et experts travaillent à la fabrique de politiques de gentrification exemplaires.
Véritable icône mondiale des loisirs, Las Vegas est généralement associée au strass et aux paillettes du Strip, grand boulevard le long duquel se concentrent les hôtels-casinos et les attractions touristiques. Dans les représentations collectives, la ville se résume à une licence festive et des extravagances architecturales qui font le bonheur des touristes. Ces images d'Épinal sont pourtant bien éloignées du quotidien des deux millions d'habitants qui vivent et travaillent dans cette capitale économique du Nevada. Dans une approche croisant géographies sociale et culturelle, cet ouvrage étudie l'urbanité et la citadinité végasiennes afin de déconstruire l'image monobloc de la Las Vegas touristique. L'auteure identifie l'existence d'imaginaires touristiques qui façonnent les représentations de Las Vegas dans l'opinion commune américaine et qui sont un des facteurs explicatifs des jugements de valeur et des analyses partisanes qui dominent les écrits, universitaires comme grand public, qui lui sont consacrés. Ce travail de décryptage des discours produits sur Las Vegas constitue la première étape d'un examen dépassionné de l'urbanité et de la citadinité végasiennes. L'analyse met alors en évidence une tension fondamentale entre la banalité urbaine et l'exceptionnalité qui résulte de la pratique légale des jeux d'argent et de la spécialisation touristique. En s'appuyant sur une articulation entre données quantitatives et entretiens qualitatifs auprès des habitants, une citadinité de la déficience est identifiée, définie par la faiblesse des relations de voisinage et du sentiment de communauté. En déconstruisant l'image monobloc de Las Vegas, faite d'idées reçues et de préjugés qui en brouillent l'appréhension, cet ouvrage propose de construire sa légitimité urbaine et d'en faire un élément de réflexion pour l'appréhension de la géographie urbaine américaine.
Alors que les villes d'Afrique sont encore trop fréquemment considérées avec condescendance comme des territoires oubliés de la modernité, les sociétés citadines du continent participent à bien des égards à la vie du monde, que ce soit en termes d'accueil ou de circulation d'individus, d'idées ou d'objets. Bien loin de considérer ces villes comme des " provinces du monde ", ce livre s'attache à en montrer le dynamisme, appréhendé à travers les migrations internationales qui conduisent des centaines de milliers de gens du monde entier à vivre ou à circuler en Afrique urbaine. Le livre s'intéresse au cosmopolitisme méconnu et pourtant ancien des villes d'Afrique au Sud du Sahara, processus ravivé dans le cadre de la mondialisation depuis les années 1990. De ces mobilités et échanges naissent des phénomènes de créolisation, qui se traduisent dans l'alimentation, l'architecture ou les œuvres d'art. Des lieux de sociabilité se développent: certains sont directement inspirés de modèles internationaux standardisés, d'autres sont créolisés localement et investis par tous les citadins, d'autres encore sont prisés pour l'exotisme d'un décor colonial de nouveau à la mode. Les pratiques de sociabilité signalent un goût prononcé des habitants pour ces lieux cosmopolites, ce qui n'empêche pas des tensions identitaires de se manifester. Les citadins développent de nouveaux imaginaires et un nouvel exotisme, tournés vers l'ensemble du monde, qui témoignent de l'ouverture culturelle des sociétés urbaines.
Loin d'être un simple support des rapports sociaux, l'espace en constitue une dimension transversale majeure, à travers sa structuration matérielle et symbolique et les actions et interactions qui s'y rapportent et le reconfigurent constamment. À ce titre, il concerne l'ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales, qu'elles l'aient de longue date constitué en objet scientifique privilégié, comme la géographie, ou qu'elles s'y intéressent aujourd'hui de façon plus soutenue que par le passé, comme la sociologie. Fruit d'un colloque qui s'est tenu en 2014, cet ouvrage vise à mettre en partage la thématique de l'espace entre ces disciplines, en confrontant, à la faveur d'objets d'étude, de catégories d'espaces et de terrains d'enquête variés, leurs questionnements épistémologiques, leurs cadres théoriques et conceptuels, leurs grilles d'analyse et d'interprétation, leurs démarches méthodologiques. Il espère constituer une étape dans le renforcement de ce dialogue interdisciplinaire, qui paraît indispensable pour appréhender cette dimension dans toute sa complexité.
Expulsion, criminalisation, enfermement, revanchisme : les exemples ne manquent pas pour illustrer la généralisation de mesures punitives empêchant les personnes sans-abri d'occuper les espaces publics. L'essor d'une gouvernance néolibérale des villes visant à les inscrire dans la compétition urbaine mondiale constitue l'une des explications principales de cette gestion punitive. Pourtant, dès lors que l'on s'éloigne des espaces publics centraux, cette explication perd de sa pertinence sans pour autant que la mise à l'écart des personnes marginalisées ne disparaisse. En s'appuyant sur l'observation de conflits d'appropriation au sein du Village Shaugnessy à Montréal et de la Goutte d'Or à Paris, cet ouvrage propose d'interroger les logiques qui structurent et organisent la régulation des espaces publics dans des quartiers péricentraux et à vocation résidentielle. À travers des réflexions mêlant géographie sociale, études urbaines et philosophie, l'auteur propose d'analyser ces conflits au prisme de l' " habiter ". En montrant que l'appropriation de ces espaces publics participe, sous des formes contradictoires, à " l'extension du chez-soi " pour les riverains et à la " constitution d'un chez-soi " pour les personnes marginalisées et sans-abri, cet ouvrage éclaire les rapports de pouvoir tels qu'ils se déploient à travers la normalisation résidentielle des espaces publics. Au-delà des injonctions au vivre-ensemble, cet ouvrage invite ainsi à repenser la cohabitation comme l'élaboration d'un sentiment d'appartenance partagé.
En interrogeant les effets de l'intégration de l'impératif participatif dans la gestion du logement social, Jeanne Demoulin étudie les transformations produites par l'intégration de la participation dans les structures sociales. Après une mise en perspective historique des pratiques de gestion et des démarches participatives des organismes d'Habitation à Loyer Modéré (HLM), l'auteure analyse les pratiques actuelles des organismes à partir d'une enquête en immersion de trois ans au sein d'un organisme HLM et se penche en particulier sur les mécanismes de la concertation locative et du développement social, deux dispositifs phares de l'époque contemporaine. L'ouvrage permet ainsi d'enrichir la compréhension des dispositifs participatifs tout en proposant une lecture originale de la manière dont est géré le logement social aujourd'hui. Il vient en outre apporter des éclairages sur la gestion des organisations, le management, l'action sociale, les relations entre usagers et institutions et les effets de pratiques néolibérales sur les structures sociales. L'ouvrage intéressera tous ceux qui souhaitent enrichir leur réflexion sur ces sujets. Il interpellera notamment les chercheurs, enseignants et étudiants engagés dans ces domaines mais également les " participants ", qu'ils soient citoyens, usagers ou habitants, ainsi que les acteurs des politiques publiques ayant des fonctions politiques ou opérationnelles (bailleurs sociaux, collectivités territoriales, cabinets de conseil…).
Publié en 1913, le Tableau politique de la France de l'Ouest d'André Siegfried s'est imposé comme un ouvrage fondateur de la sociologie électorale, de géographie électorale, et plus globalement de l'étude de l'" opinion politique ". La figure elle-même d'André Siegfried est apparue comme majeure à la fois en science politique et en géographie. Cette célébration du centenaire du Tableau d'André Siegfried fut l'occasion d'un bilan, à la fois de l'évolution politique de l'ouest français depuis 1913 (en?particulier la spectaculaire mutation à gauche de la Bretagne, le maintien d'une tradition modérée face aux extrêmes, l'évolution de l'influence de la religion, la transformation des opinions urbaines), mais également de la postérité d'André Siegfried face aux débats idéologiques et méthodologiques traversant les sciences électorales. Cet ouvrage, issu d'un colloque tenu à Cerisy-la-salle en juin 2013, rassemble les contributions de politistes, géographes, sociologues, historiens, français et étrangers, dressant à la fois un portrait inédit de l'héritage de Siegfried et de son modèle explicatif, une mise en perspective historique et géographique de l'évolution des lieux siegfriediens emblématiques (canton de Talmont, vallée du Layon…), pour aboutir in fine à une discussion renouvelée sur les modèles explicatifs des opinions politiques spatialisées.
À travers l'analyse d'épidémies ayant sévi au Gabon et en République du Congo, nous avons développé une approche visant à " dénaturaliser " les épidémies de fièvre hémorragique à virus Ebola (FHVE). Celle-ci permet de mettre en avant les facteurs spécifiques qui participent aux inégalités sociales temporaires et permanentes existant sur les territoires où sévit le virus Ebola, les représentations sociales qui gravitent autour de cette maladie et participent à en conditionner l'émergence et la diffusion et les rapports de pouvoir qu'engendre l'apparition de cette maladie. Que l'on convoque la notion de risque ou que l'on inspecte les interventions humanitaires associées à la gestion des épidémies de FHVE, celles-ci sous-tendent des enjeux de pouvoir et de représentations prégnants qui structurent la géographie sociale de cette maladie. Dans le cadre d'une démarche en géographie de la santé, l'auteure recourt à un positionnement de géographie sociale pour comprendre, dans un premier temps, les mécanismes et les processus de l'émergence virale et de sa diffusion dans une population humaine et, dans un second temps elle analyse les logiques et les formes qu'adoptent les sociétés pour faire face à la perturbation majeure que représente une flambée épidémique de FHVE. De fait, la prise en compte du contexte spécifique de l'Afrique centrale, notamment au Gabon et en République du Congo, permet de cerner les constructions socio-historiques et politiques participant à la pérennité d'inégalités sociales et territoriales de santé, terreau propice à l'émergence de la maladie. Les processus d'émergence de la maladie et de pérennité des inégalités sociales de santé à l'oeuvre sur les territoires contribuent à une gestion parfois paradoxale des épidémies. À partir d'une analyse à l'échelon local, en réhabilitant les identités déniées des populations ayant subi ces épidémies, sont mis en évidence les processus de construction d'une situation de crise sanitaire qui, loin d'être dû au seul pathogène, apparaît comme une crise majeure due à des dynamiques socio-territoriales.
La prolifération d'espaces résidentiels " fermés " dans différentes villes du monde est couramment interprétée comme l'une des principales preuves que la ville ne serait plus simplement ségrégée, mais qu'elle serait de nos jours fragmentée, voire duale. Selon cette approche, ces " enclaves résidentielles " matérialiseraient dans l'espace de nouvelles frontières sociales: à l'intérieur de leurs murs, l'entre-soi des riches, à l'extérieur, l'exclusion et l'abandon. Ce livre se propose de renouveler l'étude de ces frontières urbaines en opérant un changement d'échelle d'analyse: aux approches typologiques et macro-analytiques dominant la recherche sur les gated communities, il oppose une démarche microsociologique mettant la focale sur les expériences des acteurs et sur leurs représentations, pratiques et usages de la " clôture ". À partir d'une enquête de terrain réalisée dans les " copropriétés fermées " de Buenos Aires (Argentine), l'ouvrage montre que leurs frontières ne sont pas étanches et rigides comme le suppose la notion d'enclave, mais plutôt labiles – changeantes, toutes relatives – et poreuses – traversées jour après jour par de nombreux employés subalternes de service. En explorant ces labilités et porosités, ce sont des mondes sociaux hétérogènes, conflictuels et dynamiques, qui se donnent à voir. Au fil des pages, l'" enclave résidentielle ", plutôt que comme un fait établi, apparaît comme un modèle, que certains acteurs cherchent à transformer en réalité ou approuvent, mais auquel d'autres résistent et qu'ils mettent en échec.
Géographie d'une ville-carrefour entre les Amériques
"'Stoy en la guagua papi, te llamo pa'tras! " Miami la cubaine pourrait commencer ici, à bord du bus 8 reliant le Downtown de Miami à la périphérie ouest de la ville essentiellement habitée par des Cubano- Américains et des Hispaniques. L'accent cubain comme les remaniements de la langue induits par la relation entre des territoires multiples ouvrent ainsi les portes de cette analyse géographique de Miami, ville-carrefour entre les Amériques. S'asseoir dans ces espaces publics en mouvement, frissonner sous la climatisation, intercepter les bribes de conservations, sursauter aux sonneries de téléphone criant le dernier reggaeton, respirer les odeurs d'eau de Cologne et se sentir ailleurs, dans une autre Amérique qui se dessine au contact des deux autres: c'est cette relation entre les Amériques que je présente ici. Partant d'une exception, celle de la montée en puissance des immigrants cubains à la tête de l'agglomération, je présente la transformation radicale de Miami en une ville relationnelle et mondiale, en analysant sa position géographique de carrefour, l'impact des élites cubano-américaines sur son développement et l'ouverture de la ville aux femmes et hommes et capitaux venus du Sud. Miami offre ainsi un exemple singulier d'une ville entre Nord et Sud qui permet de développer trois aspects de la relation à l'échelle urbaine: une analyse des territoires entre mobilités, rapports de pouvoir et dynamiques culturelles.
L'habitat participati f : en matière de production de logement, c'est l'un des nouveaux concepts à la mode. Il repose sur l'implication des habitants dans la conception et la gestion d'un programme immobilier commun, au sein duquel chaque ménage dispose d'un logement privatif et partage avec les autres des espaces (ex: salle commune, atelier, buanderie, jardin…). La loi pour l'accès à un logement et un urbanisme rénové (ALUR), promulguée en mars 2014, consacre un article à l'habitat participatif. Au regard du faible nombre d'initiatives concrétisées sur le terrain, cette reconnaissance législative peut constituer une énigme. Cet ouvrage propose de la décrypter, au fil de trois parties. La première permet de mieux cerner l'habitat participatif, à partir de ses références, ses filiations et des acteurs qui le fondent: les habitants. La deuxième est consacrée à l'analyse du processus de mise en politique de l'habitat participatif, c'est-à-dire au passage d'initiatives isolées à des actions initiées par la puissance publique et en particulier les collectivités locales et organismes d'HLM. La troisième et dernière partie donne des clés de lecture de la diversité des partenariats instaurés entre les groupes et les acteurs publics dans la mise en œuvre opérationnelle des projets. Une révolution des représentations et pratiques de la production est-elle à la portée de l'habitat participatif?? Ou constitue-t-il plutôt l'un de ces signaux faibles, qui ouvrent la voie à des évolutions?? Cet ouvrage a vocation à contribuer à la compréhension de ce phénomène émergent ainsi qu'à l'analyse des politiques publiques dans le domaine de l'habitat.