La vie quotidienne rythme l'existence par ses emplois du temps, ses occupations habituelles, ses routines, ses ritualisations, ses fêtes, mais aussi ses ruptures, ses crises ou ses drames. Ses contenus et ses manifestations varient selon les époques historiques, les sociétés, les cultures, les modes de vie, l'âge et le sexe des individus. Cette étude d'anthropologie philosophique – qui s'appuie entre autres sur les recherches de Henri Lefebvre, Paul Nizan, Guy Debord, Alfred Schütz, Georg Simmel, Karel Kosik, Michel de Certeau, Claude Javeau, Georges Balandier, Cornelius Castoriadis, Paul Ricœur – souligne les fondements ontologiques de la quotidienneté dans le monde intersubjectif de la vie: les états corporels et les passions, les moments de la temporalité (le jour ou la nuit), les lieux (réels ou imaginaires), les situations vécues (ordinaires ou extraordinaires). Elle insiste in fine sur les " catégories " existentielles ou " marqueurs " ontologiques originaires qui caractérisent la condition humaine au quotidien: le langage et ses rapports au réel et à la vérité (ou au mensonge), le conformisme lié à l'imitation (le mimétisme et le grégarisme), la sexualité et le couple (l'amour et ses conflits), la mort et le mourir (la finitude et l'angoisse).
Les oeuvres de la musique savante occidentale – connues ou à découvrir – sont des " idéalités intentionnelles ". Leur contenu incorpore de multiples univers de sens et mondes imaginaires (symboliques, mythologiques, poétiques, sacrés, fantastiques, féériques). La Passion selon Saint Matthieu de Bach, Don Juan de Mozart, la Missa Solemnis de Beethoven, Roméo et Juliette de Berlioz, le Requiem de Verdi, Parsifal de Wagner, Le Chant de la Terre de Mahler, La Mer de Debussy, Daphnis et Cloé de Ravel, La Nuit transfigurée de Schoenberg, Le Sacre du Printemps de Stravinsky, Wozzeck de Berg par exemple sont des créations qui transcendent l'histoire et les espaces culturels. Ce panthéon musical sans cesse réactualisé ou révisé témoigne ainsi de la nature profondément intersubjective de la musique où se confrontent traditions et innovations, jugements de goûts et évaluations esthétiques.
Enquêtes sur les ressorts symbolistes d'une crise écologique
Le goût des possibles est un goût qui contient tous les autres, en potentiel, et que certains durians savent exprimer lorsqu'on laisse à ces fruits l'occasion de s'offrir d'eux-mêmes; de se détacher seuls de leur arbre. En Malaisie, où cette préséance est la norme, les durians ne sont plus tout à fait des ressources, ils échappent toujours un peu aux desseins humains. Ainsi rendus à la pluralité de leurs devenirs singuliers, ils sont plus contraignants. Dans le même temps ils contribuent à enrichir la diversité biologique et celle des expériences vivables.À travers des ethnographies situées dans l'espace et le temps de la globalisation, cet ouvrage investit les corps, lieux du sensible et source du sens moral, pour identifier et contextualiser différentes manières d'incarner des altérités humaines et végétales.De cette façon il montre comment la crise écologique, éthique et existentielle moderne peut être dérivée d'un tropisme cognitif, exacerbation de la disposition des Homo sapiens à se penser entre eux. Comme alternative à ce narcissisme et à ses conséquences, l'auteur suggère enfin qu'il est peut-être moins urgent de produire de nouveaux récits (de nouveaux symboles) que d'apprendre à faire autrement connaissance, et de laisser aux végétaux le pouvoir de contraindre vraiment.
" Celui qui se donne la mort voudrait vivre. " Cette vérité, mise au jour par Schopenhauer, je n'ai eu de cesse de l'entendre dans le discours des survivants au suicide que j'ai rencontrés, sous la forme " je ne voulais pas mourir, je voulais que ça s'arrête ", " ça " désignant la souffrance. Et si, paradoxalement, le suicide interrompu signifiait une volonté de survivre psychiquement? Suicide interrompu car l'intention de mourir est bien ici déterminante: c'est parce qu'il y a eu intervention d'un tiers, la réanimation médicale, que la mort du sujet n'est pas advenue. La clinique des survivants révèle en effet cet étrange paradoxe: se tuer physiquement pour survivre psychiquement à la souffrance engendrée par l'expérience de la perte de l'objet aimé. C'est bien parce qu'il est confronté à la menace d'un effondrement que le sujet décide de se tuer, le suicide apparaissant alors comme une défense contre l'angoisse, en d'autres termes, comme un symptôme de la dépression. Il s'agit donc d'appréhender ce paradoxe en interrogeant non seulement les symptômes dans leur rapport aux problématiques dépressives, mais aussi la place de la mort dans la vie psychique. Attribuer un sens à la mort, l'intégrer à la vie psychique, la lier au vivant, apparait en effet comme un élément indissociable de toute forme de guérison possible pour ce type de fonctionnement psychique.
Le mot politique est sans doute le plus excitant de la scène culturelle qui est la nôtre.Par sa faute ou grâce à lui les amitiés les plus anciennes et les plus profondes se brisent, les espoirs les plus absolus se maintiennent, et l'exigence du dévouement reste en mémoire.Par la vertu du politique le monde ne cesse de trembler, au bord d'un basculement pensé comme essentiel.Mais comprenons nous cette importance extrême du politique pour nous? Et comprenons nous même, plus simplement, de quoi il retourne dans le politique?Ce livre explore la signification du politique pour nous. Il essaie de formuler les principales manières de comprendre le politique et l'horizon dessiné par lui. L'ouvrage parcourt ainsi la série de quelques versions du politique.Il tente aussi de faire échec à la croyance que le politique est par lui-même la clef et la solution, en promouvant plutôt la figure du "difficile politique". Il est à notre charge de rédimer ce monde, mais ce n'est pas une bonne nouvelle pour nous!
Psychologues comparatistes et éthologistes de la cognition ont transformé nos conceptions sur la communication et la cognition de l'animal. Les fondements historiques de leurs recherches sont abordés, en soulignant l'importance de la révolution darwinienne et ses conséquences sur l'étude de la continuité évolutive entre l'animal et l'homme. Les apports méthodologiques du behaviorisme et de la psychologie cognitive sont présentés en relevant les difficultés inhérentes à l'étude d'animaux ne pouvant recevoir de consignes verbales. Les traitements cognitifs de leur environnement physique et ceux de leurs relations sociales sont exemplifiés avec des données issues essentiellement de l'étude des primates. L'identification de leurs états mentaux est aussi discutée en pointant les ressemblances et les différences entre la communication animale et le langage articulé humain. La question éthique liée aux droits des animaux et aux devoirs de l'homme à leurs égards est discutée. Les approches en cognition comparée s'avèrent indispensables pour saisir la nature de la cognition humaine, conçue comme le produit indissociable de l'histoire individuelle de chaque humain et de son passé phylogénétique.Jacques Vauclair, professeur émérite de psychologie du développement et de psychologie comparée à l'université d'Aix-Marseille, médaille d'argent du CNRS, membre honoraire de l'Institut universitaire de France.
Que se passe-t-il lorsque la violence sème le chaos ? Dans la nuit du 13 novembre 2015, la ville de Paris est ainsi dévastée par une série d'attentats, les attentats-suicides au Stade de France, l'attaque du Bataclan, et les fusillades dans plusieurs bars et restaurants.À l'été 2016, l'anthropologue Robert Desjarlais vient à Paris. Il commence à réfléchir sur l'intensité des attentats et les effets de la violence sur la vie et l'histoire de la ville. En flânant dans Paris, en visitant les sites des attentats, il rencontre les traces de la violence et il étudie les mémoriaux collectifs avec les mots et les images sur les murs des bâtiments. Il propose ce livre qui est une réflexion originale sur la violence dans le monde contemporain, ainsi que sur la politique de la mémoire et de l'oubli.
De quoi est-il question quand il est question de corps ou de corporéité? C'est à cette interrogation – qui n'est pas si anodine qu'il y paraît – que tente de répondre le présent ouvrage. L'actuelle prolifération des essais consacrés à la thématique du corps indique assez l'intérêt d'une clarification théorique ou d'une analyse critique des différentes acceptions de la notion de " corps ", devenue une véritable Tour de Babel.Les quatre chapitres de cet ouvrage qui cherchent à donner des éléments de réponse à cette interrogation centrale ont chacun leur visée particulière, mais ils se complètent mutuellement parce que leur intention commune est l'exploration la plus complète possible de la " chose corporelle ", approfondissement qui n'a sans doute pas de fin.
Des premiers films Pathé aux écrans numériques, la marionnette a connu une vie filmique à éclipses, surgissant soudain et par éclats chez les plus grands, de Chaplin à Roberto Benigni, de Renoir et Bergman à Spielberg et Kitano et Tim Burton. Longtemps confinée dans l'animation, elle connaît aujourd'hui un spectaculaire retour sur les écrans du monde entier.Plus subversive que mélancolique, elle est cette créature double qui ne cesse de se libérer des liens qui l'assujettissent, dans le mutisme et l'humiliation, au Montreur ventriloque, au Père, au Deus/Diabolus ex machina. Elle est au cinéaste, à l'acteur, au spectateur ce que le Sphinx est à Œdipe: riche d'une vie sauvage, obscène, archaïque à laquelle il leur faut un temps se confronter.À travers ces corps de frontière en constantes mutations, les miroirs grossissants du cinéma nous renvoient les images libératrices d'une modernité en travail, entre retours à l'enfance, métamorphoses burlesques et passages vers d'inquiétantes ou sublimes étrangetés.Pour sortir de l'ombre la vie filmique des marionnettes, Laurence Schifano, Professeur d'Études cinématographiques à l'université Paris Nanterre, a rassemblé ici des historiens et des chercheurs dont les domaines de recherche se situent aux confins de la psychanalyse, de la littérature, du théâtre, et du cinéma.