La Grève générale de 1918 est la plus grande crise de politique intérieure de la Suisse moderne: 250'000 grévistes font face à 100'000 soldats en pleine Grippe espagnole. L'interprétation de cet épisode est contestée : s'agissait-il d'une tentative de révolution bolchévique ou d'une mobilisation populaire légitime ? Willi Gautschi est le premier historien à consulter les archives et à proposer une version consensuelle, mais son travail est aujourd'hui à nouveau remis en question. Est-il est légitime d'organiser des grèves et des manifestations en Suisse, ou faut-il privilégier les élections, le référendum et l'initiative populaire ? L'interprétation de la Grève générale, qui met 250'000 grévistes dans les rues face à 100'000 soldats, est au coeur de cette question. Longtemps, le récit dominant en faisait une révolution bolchévique manquée. Mais à partir des années 1960, les historien·ne·s ont insisté sur la détérioration des conditions de vie des classes ouvrières, sur l'autoritarisme du gouvernement et sur la volonté d'affrontement de l'armée. Le travail de Willi Gautschi, le premier à mobiliser des archives, occupe une place importante dans cette réflexion : aujourd'hui encore, ses livres servent de référence. Pourtant, ils ne sont pas sans biais interprétatifs majeurs, révélateurs des débats socio-politiques de la "société du consensus" des Trente Glorieuses comme de l'ouverture post-1968. En se penchant sur les archives personnelles de Willi Gautschi, ce livre étudie la façon dont l'histoire est écrite, et comment elle s'insère dans les débats contemporains. Car interpréter la Grève générale de 1918, c'est se prononcer aussi sur les grèves et manifestations de son temps – aujourd'hui, sur les grèves féministes, pour le climat ou pour de meilleures conditions salariales.
Contributions de Sébastien Guex à l'histoire économique et sociale
Historien engagé dont les enseignements et les travaux universitaires ont marqué le champ historiographique helvétique, Sébastien Guex a produit au fil du temps une œuvre considérable aux thématiques multiples. Révélé à l'attention du public pour ses publications pionnières sur les origines du secret bancaire suisse et par ses interventions militantes à propos de fiscalité et de finances publiques, il s'est intéressé à nombre d'autres domaines, parfois très sensibles, du passé helvétique: histoire de l'impérialisme suisse, histoire du marché de l'art, des organisations paysannes, des gardes civiques ou encore de la Grève générale de novembre 1918.Le présent volume, édité par ses proches collègues de l'Université de Lausanne, propose une saisie rétrospective et critique de ce travail riche et foisonnant, qu'un marxisme ouvert et vivant, aussi bien qu'exigeant, structure dans sa cohérence. On trouvera dans Du pouvoir et du profit une série de mises au point historiographiques qui permettront de situer les apports de ce chercheur à chacun des grands domaines qu'il a sillonnés au cours de ces trente dernières années.Une sélection d'une vingtaine de ses articles, couvrant des thématiques d'histoire économique, sociale et politique, ainsi que des enjeux de méthode, forme le centre de l'ouvrage qu'un substantiel essai d'ego-histoire, conduit sous forme d'entretien avec l'intéressé, complète par une touche à la fois réflexive et surprenante, donnant à voir le parcours biographique, intellectuel et politique d'un historien de notre temps.
Un siècle de relations helvetico-argentines (1890-1979)
Ce livre, issu d'une thèse défendue à l'Université de Lausanne, s'intéresse aux relations helvetico-argentines entre 1890 et 1979. Entre l'émigration marchande qui donnera naissance à la colonie suisse de Buenos Aires, les échanges de céréales contre des produits industriels, les investissements électriques, les relations d'affaires et autres interventions politiques, ces relations furent intenses et, sans conteste, tout aussi importantes pour l'un que pour l'autre pays. Elles n'avaient pourtant encore jamais fait l'objet d'une étude systématique.L'auteure analyse les différents rounds de négociations bilatéraux et multilatéraux dans lesquels sont forgées les relations helvéticoargentines. Elle donne aux acteurs privés et publics qui s'y impliquent une attention appuyée. Elle suit pas à pas les mécanismes qui conduisent à des échanges toujours plus inégaux entre les deux pays. De là émerge la question de l'existence d'un impérialisme à la Suisse, une question encore en germe dans le champ de l'historiographie. Cette étude apporte des éléments d'analyse nouveaux permettant de mieux dessiner les caractéristiques impérialistes d'une "petite" puissance industrielle et financière en terre argentine. Les lecteurs et lectrices intéressées à l'histoire extérieure de la Suisse (de ses échanges migratoires, économiques et politiques) en particulier avec les pays du Sud qui a fait l'objet de peu de recherches jusqu'à ce jour, trouveront ici matière à réflexion. Cette étude, fondée sur l'exploitation de données inédites issues de nombreuses archives publiques et privées, constitue un apport de taille à l'histoire des relations extérieures tant de la Suisse que de l'Argentine au XXe siècle, mais, plus largement, à l'histoire des relations bilatérales entre pays développés et périphériques puisque les travaux dans ce domaine sont encore rares.Docteure en lettres de l'Université de Lausanne, Isabelle Lucas est actuellement cheffe de projet Open Science à la Haute École Spécialisée de Suisse occidentale.
Critique et consensus dans la Suise d'après-guerrre (1945-1968)
Cet ouvrage étudie l'engagement des intellectuels de gauche dans la vie politique suisse, de 1945 à 1968. Il retrace l'évolution du statut des intellectuels et analyse les débats politiques dans lesquels ils se sont impliqués. Controverses autour du passé récent et du rôle de la Suisse durant la Deuxième Guerre mondiale, conflit Est-Ouest et questionnements autour de la neutralité officielle du pays, discussions sur la politique culturelle et le conservatisme helvétique, pacifisme, tiers-mondisme et, finalement, mobilisation de la jeunesse de 1968 : autant de débats passionnés que l'auteur fait revivre en retraçant le parcours de ceux qui les ont incarnés de manière critique.La période étudiée dans ce livre, les années allant de la fin de la guerre au fameux cycle de contestation de 1968, est encore méconnue et souvent délaissée par la recherche historique. Il permet de comprendre l'engagement politique de personnalités aujourd'hui parfois oubliées, alors qu'elles ont, entre autres, préparé le terrain à la contestation politique des années 1970. L'étude permet aussi de mieux comprendre le conservatisme helvétique et la manière dont l'establishment a marginalisé voire réprimé des personnalités jugées trop critiques, dans le contexte tendu de la guerre froide.Alors même que la recherche historique en Suisse est souvent fragmentée en raison du plurilinguisme et du fédéralisme, cet ouvrage offre une véritable histoire nationale, impliquant aussi bien la partie alémanique que francophone du pays sur une période de près d'un quart de siècle, tout en replaçant la vie politique et intellectuelle helvétique en perspective européenne et internationale. Il restitue enfin dans toute leur complexité la diversité des courants et sensibilités au sein de la gauche et leur évolution.Hadrien Buclin est docteur ès science politique de l'Université de Lausanne. Il a déjà publié Maurice Blanchot ou l'autonomie littéraire aux Editions Antipode en 2011.
Les coulisses d'une longue entreprise collective (1952-1976)
La construction de l'Europe, ou sa déconstruction, est un thème brûlant abordé fréquemment lorsqu'on se penche sur les origines de la création des institutions européennes et que ses "bâtisseurs" sont mis en lumière.Jean Monnet en fait partie et le récit de ses Mémoires sert de source à qui veut se plonger dans les débuts de la construction européenne. Cet ouvrage explore cette genèse en mettant à profit deux fonds d'archives inédits de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe.La démarche, déconstruisant les mythes fondateurs, se situe à l'intersection de trois champs d'études: l'histoire de la construction européenne, l'histoire des intellectuels et l'histoire du livre et de l'édition.Cet ouvrage révèle les enjeux d'une publication de Jean Monnet, entre 1952 et 1976, exactement à l'aube de la création des institutions européennes, tout en dévoilant une face cachée, la face privée de cet Européen, ainsi que la fresque dessinée par la multitude d'acteurs rassemblés par cette longue entreprise.
Aux sources de l'autorégulation bancaire en Suisse et en Angleterre, de 1914 aux années 1950
Jamais sans doute n'a-t-on autant parlé de finance, de banque centrale et de régulation des flux financiers…La crise des subprimes a montré à quel point l'autorégulation bancaire peut conduire à une catastrophe financière et sociale. Il est donc nécessaire de comprendre comment elle s'est mise en place, dans les années 1920, en Suisse et en Angleterre, et comment elle s'est consolidée dans l'après-guerre.Ce livre permet de comprendre pourquoi le rapport de force a toujours été particulièrement favorable aux banques, à qui l'État et la Banque nationale suisse ont délégué en quelque sorte leur pouvoir de faire la loi. Il analyse cette zone grise du Pouvoir suisse et l'émergence d'un capitalisme d'autorégulation, en particulier dans le secteur bancaire. La manière de réguler les banques se fait davantage sous la forme de gentlemen's agreements avec leur participation et leur accord que par un recours à la loi et des discussions au Parlement.Cet ouvrage met en lumière cet espace para-étatique, étonnamment négligé par la science politique, en s'appuyant sur un important dépouillement d'archives et une analyse des acteurs.
En 1960, la Suisse est l'un des derniers pays d'Europe à se doter d'une assurance invalidité. Celle-ci garantit des rentes et un soutien pour la réinsertion professionnelle des personnes en situation de handicap, comblant ainsi une lacune importante dans le dispositif de sécurité sociale.Cet ouvrage revient sur les débats intenses dont le projet d'assurance invalidité a été l'objet entre 1944 et 1960 sur la scène politique helvétique. Alors que les cercles conservateurs sont bien décidés à ne pas précipiter la réalisation de cette nouvelle branche d'assurance, une partie importante de la population et des milieux politiques se prononce pour la mise en place d'une couverture du risque invalidité par l'État fédéral.Analysant les interactions entre l'introduction de l'assurance invalidité, le développement de l'assurance vieillesse et survivants et la pérennisation des allocations pour perte de salaire et de gain destinées aux militaires, cette étude fondée sur une documentation inédite apporte un regard nouveau sur la place de l'invalidité dans le champ de la protection sociale.
Entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin des années 1950, les milieux dirigeants helvétiques parviennent à assurer le retour à un "ordre libéral " mis entre parenthèses par l'essor de l'économie de guerre.En contenant rigoureusement le développement de l'intervention de l'État et des assurances sociales, en pratiquant une politique monétaire conservatrice, et en conservant une pression fiscale faible en comparaison internationale – particulièrement pour les hauts revenus et les entreprises – le patronat parvient à faire de la Suisse de l'après-guerre un îlot libéral décalé dans le paysage du keynésianisme triomphant, pour le plus grand bénéfice de la place financièresuisse en plein essor.Jusqu'alors pratiquement inexplorée pour la période de l'après-guerre, la politique financière est analysée dans cette recherche comme la clé de voûte du modèle helvétique de l'"État svelte ", dont les caisses vides ne laissent que peu de moyens à disposition pour le développement de prestations sociales ou pour une politique conjoncturelle digne de ce nom.Écrite dans un langage accessible, cette recherche jette également un regard éclairant sur l'influence que différents lobbies, en particulier les associations patronales, exercent sur le système politique suisse des années 1950.
L'histoire de ces Fêtes, malgré leur importance au sein de la lutte séparatiste, est peu connue. Au travers d'un corpus de films réalisés par des militants amateurs du Mouvement séparatiste jurassien, corpus unique en son genre et resté dans l'ou
L'offensive contre le travail des femmes durant la crise économique des années 1930
La crise économique des années 1930 s'accompagne d'une véritable offensive contre l'activité professionnelle féminine dans les services publics.Dans l'ensemble des pays industrialisés, le travail des femmes fonctionnaires devient un enjeu économique, politique, social, familial et moral. La généralisation du chômage suscite d'âpres discussions sur la répartition des postes de travail et les femmes fonctionnaires endossent le rôle de bouc émissaire. Les gouvernements et les autorités publiques des pays industrialisés plébiscitent, selon des modalités diverses, la "solution" d'une réglementation restrictive du travail des salariées des services publics.Ce livre traite d'un épisode méconnu de l'histoire de la "ségrégation ordinaire" entre les sexes dans le monde du travail. Il montre que les nouvelles distinctions entre "travail masculin" et "travail féminin", intervenues dans les emplois publics durant les années 1930, ne reflètent pas des faits naturels mais qu'elles constituent l'aboutissement d'un long processus de différenciation engageant une multitude d'actrices et d'acteurs sociaux.L'ouvrage propose une analyse croisée de l'offensive contre l'activité des salariées de la fonction publique en Suisse et en France, en y intégrant la dimension internationale de la campagne contre l'emploi féminin.Cette approche permet de revisiter l'histoire politique, sociale, culturelle, économique et financière de cette période sous l'angle du genre et de renouveler un cadre d'analyse en histoire du travail et des féminismes.
L'objectif principal de cet ouvrage est de mieux comprendre la "success story" du tourisme suisse qui occupe la place de leader incontesté au cours du XIXe siècle, attirant plus d'étrangers que tous ses concurrents européens.Abordé dans une perspective internationale, le succès devient triomphe. Les promoteurs suisses participent en effet au développement touristique de nombreuses régions du globe. Quels sont les atouts dont la Suisse dispose pour réaliser cet exploit ?Les lignes de force explicatives proposées dans cet ouvrage sont la construction d'une image d'Épinal et sa diffusion aux quatre coins du monde, l'offre de services à la pointe de l'innovation technique et la forte capacité d'investir.Le second objectif est de prendre la mesure du rôle joué par le tourisme dans le succès économique de la Suisse. Il est ainsi étonnant de constater qu'au tournant des XIXe et XXe siècles, cette activité contribue plus à la création de richesse que l'horlogerie et la banque, fleurons les plus connus de l'économie suisse.
La place financière suisse pendant la Seconde Guerre mondiale a été analysée en particulier par la Commission Bergier et par d'autres historiens. Cet ouvrage analyse les relations entre banquiers et diplomates suisses de 1938 à 1956 en approfondissant et en élargissant les travaux déjà publiés. Les rapports entre les milieux financiers et les diplomates suisses sont très importants au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les belligérants bénéficient des multiples prestations de la place financière suisse, tandis que les autorités politiques sont de plus en plus sollicitées : elles accordent des crédits pour financer les relations avec l'Axe et avec les Alliés, en acceptant ainsi des risques liés à l'évolution de la guerre. Elles sont impliquées dans les efforts pour répondre aux critiques des Alliés à cause de l'or et d'autres valeurs pillés par les nazis et parvenus en Suisse. En 1944-1946, l'isolement international de la Confédération oblige les autorités politiques à intervenir pour justifier les transactions opérées par les milieux d'affaires et à agir pour promouvoir l'image d'une Suisse neutre et humanitaire. Cet ouvrage se fonde sur les résultats des recherches de la Commission Bergier et les prolonge par des analyses basées sur les documents diplomatiques suisses et étrangers.