Si l'amitié, lien essentiel au plaisir d'un vivre ensemble a suscité de nombreux traités jusqu'au XVIIIe siècle, sa représentation littéraire au XIXe siècle a été peu évoquée. Or, c'est le moment où la société française se transforme durablement, où l'essor du capitalisme et de la concurrence modifient en profondeur le rapport à l'autre. Comment les auteurs du siècle représentent-ils l'amitié: don, dette, secret, histoire, fantasme, quelles écritures génère-t-elle? Que disent ces textes de la pensée de l'altérité, des sociabilités de ce XIXe siècle comme un écho nécessaire à notre temps?
Selon une approche transse´culaire, pluridisciplinaire et interculturelle, l'ouvrage interroge la question complexe des désirs au féminin et leur difficile émergence dans la littérature et les arts, dans des corpus divers, sur un mode à la fois chronologique et thématique, de l'Antiquité à nos jours. Il démontre la variété et la richesse des écritures des désirs féminins qui se déploient non seulement dans l'espace du livre, mais aussi dans celui de la ville et de ses murs, des tissus, et de la toile.Le féminin traverse la littérature, les arts depuis toujours, il traverse la psychanalyse. La question de Freud " Que veut la femme? " est orientée vers le désir de la femme, ce " continent noir " dont il prétend qu'il est impossible à connaître. Qu'en est-il du désir, des désirs des femmes? de leurs plaisirs, de leur jouissance, de leur ambition, de leur volonté de devenir autre que ce à quoi on les a destinées depuis des siècles? Comment écrire le désir au féminin? Comment l'écriture et les autres arts rendent-ils compte des fantasmes sur ce que peut ou doit être le désir féminin?Partant du constat fait par Valérie Rey-Robert que " le masculin va de soi alors qu'il faut représenter le féminin pour qu'il existe ", il s'agit de faire sortir du silence les femmes que des siècles de domination patriarcale ont maintenues dans l'ombre. L'expression du désir féminin a été longtemps réduite à celui d'un consentement au désir de l'Autre, un consentement à " se faire objet ". Aussi le désir féminin en lui-même reste-t-il un sujet tabou; il n'a été abordé que de manière rare, allusive, oblique, toujours déformée, souvent caricaturale et satirique. Longtemps, il a fait l'objet d'un point de vue majoritairement masculin, tant sont rares les témoignages des femmes sur la question jusqu'à une époque récente. La femme sujet désirant remet en cause les deux modèles féminins séculaires imposés par les structures patriarcales de la société, celui de l'épouse soumise et mère, celui de l'objet sexuel, source de plaisir masculin.Le féminin est une question politique dans la mesure où il est le creuset de processus d'infériorisation et de soumissions, mais aussi de dénonciations et de revendications. C'est une histoire oublieuse et orientée que cet ouvrage souhaite corriger un peu.
L'enfant devient-il plus sage par la lecture? L'accès aux livres et aux pratiques de lecture a pu être considéré comme une étape indispensable dans le parcours de formation qui mène de l'enfant à l'homme pleinement épanoui. Mais le livre, particulièrement quand il est associé à l'éducation et à l'école, symbolise la transmission d'un ensemble de valeurs, de croyances, d'idéologies qui peuvent parfois correspondre à des formes de contrôle, voire d'embrigadement. Faut-il alors donner raison au polisson qui se détourne des livres, ou les détourne, au profit de ses amusements, échappant ainsi à l'emprise d'un monde adulte normé et liberticide? L'enfant sage lecteur et son contre-modèle, le galopin farceur, forment deux aspects de la représentation de l'enfance que ce volume interroge, confronte… et remet aussi en question, éclairant sous un angle nouveau l'histoire de la lecture enfantine. Du Moyen Âge à l'époque actuelle, de la statuaire médiévale aux comic-strips, de l'Histoire sainte à la fiction cinématographique, les articles ici recueillis questionnent finalement le rapport de l'adulte à l'enfant dans la pédagogie, la littérature et les arts occidentaux, en termes de liberté, d'inventivité et d'adaptabilité à l'environnement naturel et social, renversant certains stéréotypes de bonne conduite.
Pour une étude de l'exercice du jugement, le champ artistique présente un terrain particulièrement fécond, parce qu'il invite à adopter une double perspective, en distinguant le jugement dans l'art du jugement sur l'art. Voici d'une part, comment le jugement est représenté à travers l'ensemble des textes et des images, d'autre part, comment il s'applique aux œuvres concernées dans l'histoire… jusqu'à l'émergence d'un véritable art du jugement lui-même.
Par une approche pluridisciplinaire et transséculaire, l'ouvrage interroge le rapport entre intime, création et douleur: douleur morale liée à des traumas divers (passion amoureuse dévorante, épreuve destructrice du deuil, expérience terrifiante de la guerre, de la mort) ou douleur physique liée à la maladie. Il pose la question — cruciale — de la représentabilité de l'intime: la douleur peut-elle donner accès au plus intime de soi? Comment l'artiste met-il à nu les racines de l'être en conjuguant douleur, anéantissement de soi et création?
Raffinement, délicatesse, caractère délicieux, savoureux: les synonymes ne manquent pas pour dire l'exquis sans pour autant parvenir à saisir sa particularité, et ce d'autant moins qu'il possède par ailleurs un réel potentiel de décadence, d'artifice, de mauvais goût et de vulgarité. L'exquis, notion anthropologique à la croisée du corps, des sens et de l'esprit, est profondément ambigu. Il a été exploré ici dans quatre domaines – la langue, la musique, la littérature et la philosophie – dans une perspective diachronique, interculturelle et interdisciplinaire.
L'intime est un concept difficile à cerner. S'il est une impulsion essentielle de toute créativité, c'est surtout dans la littérature que la " pulsion vers l'intime " se déploie. Peut-on représenter, écrire, partager l'intime? La difficulté est double: dire ou écrire l'intime, c'est perdre la qualité d'intime; mais le taire, c'est se condamner à ne pas le connaître, à ne pas le faire connaître. L'ouvrage, en croisant les regards de chercheurs spécialistes de psychanalyse, de littérature ou d'histoire, offre un ample panorama de la richesse extraordinaire des écritures à la première personne, à travers un parcours chronologique qui fait voyager le lecteur de l'Antiquité à nos jours à travers des correspondances, des mémoires, des autobiographies, des écrits du " for privé ", des poèmes ou des récits en prose.
Représenter l'architecture : pratiques littéraires et artistiques des époques moderne et contemporaine
Ce volume traite des rapports entre l'architecture et les autres arts à travers la question des architectures " rêvées ", qu'il s'agisse de transposer l'architecture par le langage ou l'art pictural, ou d'imaginer des formes nouvelles entretenant avec les constructions existantes des rapports complexes, fondés sur l'emprunt, l'hybridation ou la réinvention. Les contributions réunies couvrent un large éventail de manifestations artistiques et de formes littéraires (poésie, roman). Après une première publication consacrée à l'Antiquité, le volume est centré sur les époques moderne et contemporaine.
L'ouvrage élabore une pensée critique sur la dimension conflictuelle véhiculée par divers objets de la création artistique. Cette dimension conflictuelle – celle qui génère la polémique, la provocation, le scandale - nait parfois d'un écart esthétique avec les œuvres antérieures, d'un contexte culturel bousculé, d'une réception vécue comme inacceptable. Elle peut être générée intentionnellement lors de la production ou relever de la réaction violente d'un public récalcitrant. Les stratégies polémiques explicites ou implicites (allusion, ironie, sarcasme…) font l'objet d'approches diverses (linguistiques, rhétoriques, stylistiques, philosophiques et sociologiques) qui instaurent l'œuvre comme inédite et singulière.Des chercheurs en art, littérature, sciences humaines dans une approche transséculaire et pluridisciplinaire ont étudié les œuvres ou les performances qui innervent la sphère publique par des débats controversés qu'elles suscitent, en mesurant leur valeur heuristique, leur portée subversive. L'empreinte dionysiaque des œuvres d'art s'arrime aux forces que constituent pour elle la polémique, la provocation, le scandale et qui leur confèrent rayonnement et apport incomparable à la pensée renouvelée du monde et de sa complexité.
L'ouvrage est le premier volume de trois consacrés à l'intime et à ses variations. Il rayonne de l'Antiquité gréco-latine à l'époque contemporaine. Le mot intime provient du superlatif latin intimus (comparatifinterior), " ce qui est le plus intérieur ". C'est la prise de conscience de l'existence d'un " dehors " et d'un " dedans " qui entraîne l'idée de soi. Dans une première partie, des articles d'archéologues etd'historiens montrent que l'espace réservé à l'intime dans les demeures est une lente conquête. Dans une seconde partie, c'est la naissance de l'espace intérieur de l'intime qui est interrogée par des chercheurs spécialistes de philosophie et de littérature latines. La troisième partie envisage l'intimecomme construction de l'individu " moderne " à travers l'étude des pratiques du soin de soi, en lien avec une histoire du corps, mais aussi avec une histoire des femmes dont l'" intimité " pose question aux hommes. La quatrième partie envisage des scénographies littéraires de l'intime à partir de quelques casparticuliers.
Quelques cas de "clair-obscur" dans l'histoire des débuts du christianisme
L'histoire des tout débuts du christianisme pose à l'enquêteur de faits historiquement assurés des obstacles considérables. Les textes de référence informative n'ont pas pour objectif premier l'objectivité historique. Leur transformation par les Églises chrétiennes en livres sacrés ne correspond pas non plus à leur objectif initial.Trois questions sont abordées: les fragments méconnus ou discutés de la vie de Jésus, tels qu'ils sont rapportés par les Évangiles et interprétés par la tradition; l'origine et les objectifs du texte connu sous le nom d'" Apocalypse de saint Jean ", texte énigmatique qui a eu du mal à être intégré aux textes canoniques du christianisme; une révision de l'histoire des persécutions des chrétiens, au cours des quatre premiers siècles de l'Empire romain païen, où la théologie appliquée à l'histoire et l'inspiration poétique ont détourné moins de la réalité historique que du sens donné par une tradition à la fois victimaire et triomphaliste.
Dédié à la notion de charme, négligée par la recherche universitaire, l'ouvrage rayonne de l'Antiquité gréco-latine à l'époque contemporaine. Le charme est un sujet au carrefour de plusieurs disciplines, difficile à définir, car il n'est pas un concept philosophique reconnu et a donc été très peu théorisé.Notion éminemment subjective, le charme contient une part d'inattendu, d'incertain. Il s'oppose à l'habituel, à la routine, aux normes et aux cadres. Il désigne tout ce qui est léger et fugitif, vague et vaporeux, échappant ainsi aux tentatives de théorisation. Il comporte une part de mystère, il est au rebours du prévisible et suscite toujours la surprise. Il laisse deviner un monde inconnu qui attire et fascine. Il est promesse de nouveauté et d'imprévu; promesse de plaisir, de bonheur possibles. C'est l'appel du rêve, de l'imaginaire. C'est la porte ouverte vers un possible indéterminé, vers une transcendance possible.L'ouvrage s'organise thématiquement en quatre parties pour mieux interroger cette notion fugace qui, jusque-là, n'a donné naissance à aucune étude approfondie: après un chapitre liminaire inaugurant la réflexion, le charme est tour à tour étudié dans ses rapports à la musique, à la peinture, dans les paysages ou les personnages littéraires, enfin, dans la chair même des textes ou des livres.Ce nouveau numéro d'Eidôlon s'inscrit pleinement dans la tradition propre au LaPRIL: confronter plusieurs approches sans aucune fermeture méthodologique et combiner la pluridisciplinarité qui est un fondement essentiel des études sur l'imaginaire.