Quelles sont les relations entre les deux genres complexes, variés et changeants que constituent les romans grecs anciens et la poésie, épique, lyrique, dramatique, d'époque archaïque, classique, hellénistique ? Ce recueil de dix-sept articles, issus d'un colloque tenu à Nice en 2013, ouvre à nouveaux frais ce dossier. Au-delà des influences et intertextualités, quatre domaines sont étudiés: lien entre images et figures poétiques et romanesques; jeux de références, lectures, réécritures; effets de rythme et jeux de structure; roman comme poésie et poésie comme roman. Chaque aspect fait l'objet d'approches à la fois théoriques et appliquées, présentant un état des lieux critique et proposant des perspectives renouvelées, voire des interrogations originales. Sont ainsi abordés l'évolution de la prononciation du grec à l'époque impériale, le rapport description/narration et l'ekphrasis, la métaphore et la fiction, la relation des romanciers anciens à la tradition rhétorique voire scolaire, le roman épique ou tragique et la poésie romanesque, ou encore les liens avec la littérature latine. Enfin, ce sont les relations entre théorie littéraire contemporaine et réflexivité ancienne, ainsi qu'entre littérature générale et philologie classique, qui sont ici réinterrogées.
Née dans un cadre scolaire, conçue à l'origine comme un instrument de formation et d'instruction de la jeunesse, la déclamation, qui n'était d'abord qu'un moyen, suscita un tel engouement qu'elle devint aussi très vite une fin en soi: si l'on déclamait au départ pour apprendre à parler, on déclamera bientôt pour le plaisir de déclamer; le genre oscille donc entre instruction et distraction des élites. Par les jeux intertextuels et génériques qu'elle instaure avec d'autres productions littéraires, par les liens qu'elle tisse avec son contexte juridique, politique et social, la déclamation a été un élément essentiel de la vie culturelle antique, fonctionnant parfois comme une sorte de laboratoire des idées et des formes.Les textes ici réunis prennent en compte la déclamation antique, aussi bien grecque que latine, de Sénèque le Père jusqu'aux déclamateurs de la Troisième Sophistique, et au-delà, dans une perspective croisée permettant de mieux comprendre comment la déclamation a pu être – et rester – pendant près de deux millénaires la norme de toute culture supérieure, concourant à la transmission des valeurs, esthétiques, éthiques, juridiques, politiques, et à la fabrique des élites.
Cet ouvrage rassemble les communications présentées en octobre 2011 lors du colloque de Tours consacré à la réception des romans grecs, latins et byzantins, depuis la fin du Moyen Âge jusqu'au début de l'époque classique.Après une remise en cause de la notion même de " roman " antique, différentes questions se sont croisées : la traduction, entre fidélité au texte et création littéraire, la culture humaniste, les controverses religieuses, la perpétuation de la tradition satirique ou libertine, ainsi que la reprise ou la mutation des grands thèmes romanesques antiques dans les œuvres de fiction renaissantes.Ces enquêtes couvrent des aires géographiques et culturelles diverses, depuis l'Europe – la France notamment, où l'humaniste Amyot a joué un rôle déterminant, mais également l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne – jusqu'aux Amériques, où Mexico faisait figure de capitale intellectuelle bien avant Madrid.
Le présent volume, qui réunit les contributions de plusieurs collègues du laboratoire HiSoMA et de diverses universités, cherche à appréhender la lettre gréco-latine non comme un document historique mais comme un texte littéraire. Pour illustrer le genre épistolaire, on y évoque négativement des lettres non littéraires, mais surtout positivement des lettres qui appartiennent de plein droit à la littérature, en s'attachant moins à ce dont elles parlent qu'à ce qu'elles nous disent de leur statut, de leur fonction et du travail de leur rédacteur. Les plus caractéristiques d'entre elles sont celles où l'épistolier se borne à dire qu'il écrit, pourquoi et pour quoi il écrit, comment il écrit, toute autre information pouvant être déléguée au porteur chargé de faire parvenir la lettre au destinataire. À la suite de diverses études de collections grecques ou latines, la dernière contribution évoque une collection qui relève d'une autre aire culturelle mais qui montre, elle aussi, la volonté de faire de la lettre un cadeau précieux, avec, outre la rédaction soignée et codifiée, une présentation matérielle luxueuse dont trois illustrations donnent une idée. S'il n'est pas probable que les lettres des épistoliers latins et grecs aient eu un aspect comparable, on y décèle le même souci d'offrir de beaux textes, parés de toutes les grâces dont est capable la prose d'art forgée par la tradition rhétorique.
Le livre II de l'Enquête d'Hérodote, qui dépeint le territoire et la civilisation des Égyptiens, a connu une fortune exceptionnelle, devenant pour les Grecs de l'Antiquité d'abord, pour les égyptologues de l'époque moderne ensuite, le fondement de toute approche de l'Égypte pharaonique.Ce volume, qui constitue les actes de la journée d'étude organisée à Lyon le 10 mai 2010, vise à mieux cerner les spécificités du livre II en faisant intervenir des chercheurs de différentes disciplines : philologues hellénistes, égyptologues, archéologues spécialistes de l'Égypte, historiens de l'Antiquité. La confrontation des points de vue de spécialistes issus d'horizons variés permet d'aborder le texte d'Hérodote en considérant d'une part la dimension littéraire de l'œuvre en tant que telle et d'autre part la dimension documentaire de son objet, l'Égypte pharaonique. Le rapprochement du texte hérodotéen et des sources égyptiennes permet ainsi de mieux appréhender les modalités de narration et de description de l'auteur, ainsi que les choix opérés par lui dans la matière dont il dispose. Le volume accorde une large place à l'étude de la phraséologie hérodotéenne, qui trahit l'utilisation de sources égyptiennes, tout en laissant voir un remodelage du contenu et de la formulation ancré dans les spécificités de la langue et de la culture grecques.Les contributions s'organisent autour de deux axes : d'une part, les particularités de composition et de mise en forme du livre II et, d'autre part, les sources possibles de l'historien dans la documentation égyptienne.
Les hymnes constituaient en Grèce antique un vaste ensemble, la plupart des cérémonies religieuses donnant lieu à des chants qui célébraient les divinités. De cette masse poétique et musicale, il ne nous reste cependant que des bribes, gravées dans la pierre des temples ou transmises par le papyrus et le manuscrit. Leur interprétation se prête tout particulièrement à un débat interdisciplinaire, car ces poèmes obéissent à des conventions formelles tout en ayant connu, pour certains, une utilisation rituelle avérée, et sont donc à la fois des objets pour les commentateurs de la poésie grecque et des sources pour les historiens des cultes. Leur étude oblige chacun à définir avec précision sa conception des champs respectifs de la littérature et de la religion, notions qui, dans le contexte du polythéisme grec, demeurent problématiques. Le colloque international organisé à Lyon en juin 2008 avait pour but de favoriser une telle expérience de l'interdisciplinarité en invitant des spécialistes de littérature et d'histoire religieuse à débattre du statut des hymnes de la Grèce antique et de leur rôle, à la fois dans le rite même et, plus largement, dans la construction des représentations du divin. Les articles rassemblés dans le présent volume envisagent donc la poésie hymnique dans la variété de ses formes et de ses supports – depuis les Hymnes homériques jusqu'au corpus orphique, en passant par la lyrique de Pindare et Bacchylide, les recueils alexandrins ou les inscriptions d'Épidaure – et entendent contribuer, dans leur ensemble, à instaurer un dialogue fructueux entre la poétique, la narratologie, l'épigraphie, l'histoire et l'anthropologie.
Le roman antique est-il à l'origine du féminisme, ou le féminisme à l'origine du roman antique ? Telle est peut-être, définie a posteriori, la véritable problématique de ce colloque consacré aux héros romanesques, dont le but originel était de définir les méthodes d'exposition narrative appliquées aux personnages du roman antique. Car bien vite il est apparu que les véritables héros romanesques étaient des héroïnes: c'est Callirhoé multipliée à l'infini, ou plutôt, pour reprendre la formule de B.P. Reardon, ce sont "Callirhoé et ses soeurs". Après les études devenues classiques d'E. Rohde et K. Kerényi, qui ont montré toute l'importance d'un genre considéré jusque là comme mineur, les recherches sur le roman grec se sont multipliées, surtout durant les deux ou trois dernières décennies. Mais la typologie des personnages du roman n'y avait pas été étudiée pour elle-même, indépendamment des autres aspects de la création littéraire. C'est donc une matière nouvelle que trouvera le lecteur dans ces pages, qui constatera aussi que le genre romanesque y a été considéré en dehors de la forme qu'il a pu prendre, depuis le récit romanesque à proprement parler jusqu'aux écrits hagiographiques et pseudo-historiques, ou du milieu qui a produit les oeuvres, chrétien ou païen, populaire ou savant.
Dans la littérature antique qui s'apparente au genre romanesque et dans les œuvres plus proprement romanesques qui la prolongent aux époques byzantine puis moderne, la relation des hommes aux dieux occupe nécessairement une place importante : les héros de ces œuvres appartiennent à des sociétés qui étaient fortement religieuses, vivaient
naturellement dans la familiarité du divin et des cultes qui lui étaient liés ; quant aux auteurs de ces oeuvres, et aux lecteurs auxquels ils s'adressaient, leur mentalité et leurs catégories intellectuelles étaient tout imprégnées du religieux, que l'on prenne le mot au sens fort de croyance ou dans le sens plus large de culture commune partagée.
Ce sont ces liens entre les hommes et les dieux que le Ve colloque sur la littérature romanesque antique et ses prolongements, organisé à Tours en octobre 2009, s'était fixé comme thème d'étude, sur un corpus assez large puisqu'il a conduit de l'époque hellénistique (avec Évhémère) jusqu'au xixe siècle (avec les romans grecs de M. Perdikaris, P. Soutsos, A. Papadiamantis ou E. Rhoïdis), en passant par les époques impériale (avec les Métamorphoses d'Apulée ou les cinq " grands " romans grecs antiques de Longus, Chariton, Achille Tatius, Xénophon d'Éphèse ou Héliodore) et byzantine (avec Rhodanthe et Dosiclès de Prodrome, Drosilla et Chariclès d'Eugénianos, Hysminé et Hysminias de Macrembolite, Aristandre et Kallithéa de Manassès), sans oublier des textes d'inspiration chrétienne ou
juive (les Actes d'André ou Joseph et Aséneth).
Si les rapports entre les dieux et les hommes ont le plus souvent été compris et étudiés, lors de ce colloque, comme une forme ou une métaphore de la relation entre l'auteur et le lecteur, si l'on s'est attaché à faire ressortir le rôle structurant de la religion ou des divinités dans la matière romanesque ou à mettre en lumière la fonction métalittéraire parfois allouée par les auteurs à la religion ou à ses représentants, une approche plus classique, voire historique, a également été adoptée lorsque ont été scrutés le message spirituel ou philosophique de l'oeuvre considérée, et ses éventuelles relations avec des problèmes contemporains de sa rédaction. Deux principaux angles d'approche ont ainsi été adoptés : le religieux en tant que matériau utilisé pour l'écriture du roman ou comme mode, voire comme " potentialité d'écriture " (c'est le titre de la première partie de cet ouvrage) ; et le
religieux en tant qu'objet du discours ou fondement de l'univers romanesque, autrement dit le " fonds religieux " (c'est le titre de la seconde partie).
Après les Colloques Roman I, sur les Personnages du roman grec (Tours, novembre 1999), Roman II, sur les Lieux, décors et paysages de l'ancien roman (Tours, octobre 2002), et Roman III, sur les Discours et débats dans l'ancien roman (Tours, octobre 2004), un quatrième colloque international sur le roman antique s'est tenu à Tours les 19, 20 et 21 octobre 2006, sous le titre Passions, vertus et vices dans l'ancien roman. Nous nous proposions alors de prolonger notre étude des principaux thèmes de l'ancien roman en nous intéressant au domaine moral : définitions et peintures des passions, des vertus et des vices dans leur rapport soit avec une doctrine philosophique ou religieuse, soit avec la narrativité. Si les liens entre le roman et les autres genres littéraires (rhétorique, tragédie, comédie, épopée, historiographie) ont souvent été étudiés, celui qui unit la littérature de fiction avec les doctrines philosophiques dans leur aspect éthique nous paraissait être un sujet de réflexion encore novateur. Telle fut notre perspective, sans toutefois que nous limitions notre approche à l'aspect moral ; en effet, les passions participent à la création romanesque, influent à la fois sur l'action et sur l'évolution des personnages. C'est donc ce double aspect, narratif et éthique, qui a été pris en considération et que reflètent les différentes communications rassemblées dans le présent ouvrage.
Cet ouvrage réunit des contributions consacrées à l'apport historique des correspondances grecques, latines et syriaques de l'Antiquité tardive (du IVe au VIIe s.) dans le monde méditerranéen occidental et oriental. Il est question d'écrivains chrétiens célèbres, comme Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone ou Jean Chrysostome, de prélats influents, comme le patriarche Sévère d'Antioche ou le pape Grégoire le Grand, mais aussi d'auteurs moins connus, comme Avit de Vienne ou Ennode de Pavie, et de rhéteurs païens, comme Libanios d'Antioche. Au-delà des épistoliers, il s'agit de comparer les correspondances littéraires avec les lettres ordinaires dont témoignent les papyrus égyptiens, et de comprendre les usages de la correspondance – des empereurs, des évêques et des rhéteurs – dans la vie religieuse, dans les relations sociales et dans l'exercice du pouvoir. Les procédés de rédaction et de distribution des correspondances, la constitution et la transmission des recueils de lettres sont examinés. Les lettres sont l'une des sources majeures de l'histoire de l'Antiquité tardive.
Un singe qui hurle sous le couteau du maître d'anatomie lui prodigue-t-il un enseignement plus précis que le centaure, ce fin connaisseur des herbes du Pélion qui emprunte jusqu'à une forme à demi humaine pour aller à la rencontre des médecins de la légende ? Et que peut dire le lecteur moderne de toute la profusion du bestiaire médical qui l'assaille dès qu'il ouvre un traité de Galien ? Le présent volume rassemble douze contributions qui éclairent d'un jour nouveau plusieurs aspects peu connus de la théorie et de la pratique médicales anciennes. Les études menées par les anciens sur la zoologie, l'art vétérinaire, voire l'éthologie sont mises à profit. Les recherches présentées ici tiennent compte de certains acquis récents de la recherche en sciences naturelles et des progrès de l'édition des textes techniques, et abordent les problèmes d'ordre anthropologique que pose la présence massive de l'animal dans la médecine ancienne.
Priape accablé par les plus méchants vers qui soient... Un comble pour le dieu des Priapées, et une plaisante autodérision de la part de leur auteur anonyme ! La mise en abyme qu'on entr'aperçoit dans ce genre de situation, largement ignorée, appelait un aggiornamento sur la question priapique, auquel est consacré cet ouvrage.
Le contenu sulfureux des Priapées les a longtemps tenues dans l'enfer des bibliothèques, à l'écart de toute étude minutieuse. Leur auteur n'avait sans doute que trop bien réussi à cacher l'art littéraire qui les anime, d'autant qu'il se vantait malicieusement d'une crassa Minerva, d'une poésie grossière, sans apprêt. Il était donc temps d'interroger ce qui fait le sens et la force littéraire de ces poèmes.
Des spécialistes, réunis à l'Université Lumière-Lyon 2 lors d'une journée d'étude consacrée à cette question, abordent dans cet ouvrage les principales dimensions des Priapées, depuis leur thématique obscène jusqu'à l'unité paradoxale du recueil, en passant par les problèmes de datation, les constructions poétiques et sémiotiques, à la recherche de toutes les postures et de toutes les impostures du Priape littéraire.