Dans les films analysés dans ce livre, des témoins prennent la parole pour dire la violence qui s'exerce sur les dominés au sein de nos sociétés. Leurs discours font résonner l'expérience des exclus d'autres époques. Par le film, certains cinéastes (parmi lesquels Chantal Akerman, Peter Watkins, Claire Angelini, Robert Kramer) relient les destinées des " vaincus de l'histoire ". Incarnant à leur tour des témoins qui observent d'un regard inquiet le monde qui les entoure, ces auteurs et autrices font l'hypothèse du témoignage critique.
Replongez dans la féérie visuelle et musicale de la troublante Annette (2021) de Leos Carax grâce à cet essai sur l'univers oxymorique et romantique du film. La représentation de la jeune Annette en marionnette constitue autant le noeud de son histoire que le reflet du film : un conte étrange rehaussé d'un noir qui sublime les images et rend compte du tragique de la destinée des protagonistes. L'ouvrage s'attache aux personnages et à leurs interprètes, à la photographie, la mise en scène, le son, la musicalité et au merveilleux d'un film qui explore un drame et questionne la condition d'artiste. Philosophie, psychanalyse, histoire de la peinture et esthétique du cinéma sont sollicitées, toujours en fonction des matériaux du film et des questionnements qu'il convoque : le sublime, le beau, l'inquiétante étrangeté, la mort, la hantise... L'originalité du livre réside dans l'apport de sources inédites : les entretiens réalisés avec Caroline Champetier, Katia Boutin, Pierre-Marie Dru et les Sparks.
Comment représenter une expérience qui échappe au langage ? L'exil, vécu comme perte, déracinement et déplacement, trouve au cinéma un espace de réinvention formelle et sensorielle. L'Image-exil explore la puissance du cinéma à rendre visible cette expérience-limite à travers les oeuvres de Tarkovski, Rocha, Wenders et Salles. Ce livre propose une lecture originale du déplacement à l'écran, où mémoire, altérité et devenir de l'image s'entrelacent pour renouveler notre regard sur le monde contemporain.
Automates, androïdes, poupées mécaniques et autres mannequins vivants constituent un monde à la fois fascinant et inquiétant, dans l'imaginaire du début du xxe siècle. Ainsi, les cultures spectaculaires n'ont cessé d'absorber et de réinventer l'automate, figure emblématique de la modernité technico-scientifique. De la scène lyrique au théâtre de magie en passant par le cinéma des premiers temps, il s'agit de comprendre comment ces êtres mécaniques ont habité les scènes et captivé les publics de leur époque, testant déjà l'hypothèse d'une outre-humanité, d'un au-delà de l'humain. À la croisée des études littéraires, théâtrales, cinématographiques et médiatiques, ce livre offre une perspective historique, multidisciplinaire et intermédiale sur les relations entre humains et machines, mais aussi sur les tensions qu'elles ont suscitées.
Chantal Akerman est une cinéaste radicale et complète. Des films de fiction et essais documentaires aux installations d'images en mouvement, son art est celui d'une intrépide expérimentation formelle. Cette esthétique du geste expérimental a pour départ un engagement éthique fort. À l'encontre de tout voyeurisme, d'un regard opposé à un autre, Akerman accueille l'autre à l'intérieur de son propre " logis ", le loge au sein de sa propre intimité. Le travail sur l'intime du point de vue des expressions formelles, visuelles et sonores, devient un espace possible à partager et à vivre en commun.Ainsi les notions d'intérieur et d'intériorité sont intimement liées dans l'oeuvre d'Akerman à la notion de passage : passages d'un extérieur fixe à une mobilité interne mitigée, d'un espace public à l'espace intime, d'une neutralité factice du cadre aux bouleversements profonds des corps. Le passage du film à l'installation est caractérisé par la même perméabilité des frontières. Comment habiter un espace, l'investir de soi tout en préservant aussi bien sa propre intimité que celle de l'espace lui-même, et celle de l'Autre – d'une autre identité, que ce soit la mère de la réalisatrice dans son dernier film No Home Movie (2015) ou encore ses personnages : de Jeanne Dielman à ceux de Je, tu, il, elle (1974), Toute une nuit (1982) et Histoires d'Amérique (1989) ?
Pratiqué depuis longtemps sur des images fixes, le recadrage en postproduction s'impose peu à peu dans l'audiovisuel avec le développement continu des caméras numériques. Filmer dans une grande résolution afin de manipuler le cadre une fois le tournage terminé est à présent commun. Mais qu'apporte ce procédé et qu'implique-t-il dans la réalisation d'un film ? À travers l'ouvrage, l'auteure interroge cette pratique nouvelle sous tous ses aspects, aussi bien techniques et artistiques qu'économiques. S'intéressant d'abord à des oeuvres très diverses, du cinéma des origines aux vidéos Internet en passant par le manga, cette réflexion se conclut par une exploration pratique avec la réalisation d'un long-métrage, Mimi dans la Nuit.
Qu'est-ce que le silence apporte au cinéma ? Signifie-t-il la disparition de toute matière sonore – ou seulement l'absence de tout son signifiant – à l'intérieur d'un film ? Son intervention, ponctuelle ou durable, passe le plus souvent par une raréfaction des paroles et de la musique (mais pas forcément de tout bruit). Ne serait-ce pas dans cette forme de réduction que le cinéma parvient à réactiver ses propriétés premières ? En découlent divers effets sensibles provoqués chez le spectateur. Le silence devient un élément scénique aussi bien dans des films de genre, dans la modernité cinématographique que chez des auteurs contemporains. Le mutisme ou la surdité d'un personnage servent aussi à l'instauration de telles situations audiovisuelles. Au-delà des considérations esthétiques, l'ouvrage interroge les valeurs morales, sociales et/ou politiques qui se glissent derrière ces manifestations concrètes du silence, invitant à repenser notre rapport fondamental au monde.
Depuis son invention, le cinéma français ne cesse de truquer, créer, innover et repousse toutes les frontières économiques, esthétiques, logistiques, narratives à force d'effets spéciaux. En prolongeant les trucs de la photographie, de la féerie théâtrale et de la prestidigitation, les pionniers comme Georges Méliès ont attiré la lumière sur eux. Des milliers d'artistes et techniciens ont ensuite oeuvré dans l'ombre, nourrissant, par leurs trouvailles, les images cinématographiques françaises, tout au long de son histoire. Au gré des inventions, des modes, des contextes socio-économiques, les truqueurs ont accompagné le cinéma et l'audiovisuel français d'un siècle à un autre, entre artisanat, bricolage et industrie. En croisant les regards (historiens, juristes, artistes, spécialistes en esthétique…), cet ouvrage lève le voile sur l'art trompeur singulier que constituent les effets spéciaux français, d'hier à aujourd'hui.
En 1914, Albert Capellani entreprend le tournage d'une nouvelle adaptation de Victor Hugo sur les écrans : Quatre-vingt-treize. En période d'Union sacrée, le film, qui met en scène une guerre fratricide à travers la Révolution française, est censuré. Il faut attendre 1921 pour qu'il trouve son public. Or, cet écart de sept ans entre son entrée en production et sa sortie en salle pèse lourd sur sa réception critique. Le film donne lieu à de nombreux commentaires dépréciatifs sur le cinéma français d'avant-guerre, qui vont à leur tour infuser les premiers textes historiographiques. À rebours de ces considérations, le travail d'enquête mené ici tend à faire de ce film un laboratoire précis d'observation des mutations réelles ou supposées du cinéma français de cette période, dans une perspective micro-historique. À la croisée de l'histoire culturelle et de l'analyse esthétique, ce livre nous plonge dans l'exploration d'une période charnière de l'histoire du cinéma.
Loin de la vision de l'auteur de cinéma promue par la Nouvelle Vague, le présent ouvrage interroge la paternité des films sur le plan juridique. Partant d'études de cas courant de l'entre-deux-guerres jusqu'au temps présent, des visées comparatives sont ainsi proposées sur l'identité professionnelle du réalisateur. Instaurant un dialogue entre juristes et historiens du film, ce travail vient combler un manque dans la recherche et la réflexion sur ce domaine. À ce titre, il pourra répondre aux besoins tant des universitaires que des professionnels du cinéma et du droit.
Qu'est-ce que la continuité? À la lumière de son expérience de scripte cinéma, l'auteure analyse l'organisation spatio-temporelle des divers éléments qui constituent un film de fiction afin d'identifier les mécanismes à l'œuvre pour assurer sa compréhension par les spectateurs. Des écrits de Georges Méliès à ceux de Maurice Merleau-Ponty, la définition de la continuité est enrichie par une approche transdisciplinaire, mettant en correspondance le cinéma avec les sciences, la philosophie, la musique et l'architecture pour définir les caractéristiques d'une continuité dite apparente.Cette définition sert dans un second temps de grille d'analyse pour étudier l'histoire et l'esthétique de la stéréoscopie au cinéma, du fonctionnement de la vision binoculaire humaine jusqu'aux productions contemporaines. Cette étude a servi de socle à la réalisation de deux courts métrages en 3Ds, fruits d'un travail de recherche-création visant à dessiner les contours d'une continuité stéréoscopique.
Though the number of works on cultural diplomacy is in general quite substantial, very few concern the production and distribution of films. The cinemas established by French cultural institutions are likewise virtually absent from many studies on the history of cinema, and notably from those on its theaters. By analyzing the distribution systems of French and world cinema which promote local production, and their audiences, all the analyses presented in the book establish an initial assessment on the life of cinemas belonging to the Instituts français and the Alliances françaises. First spaces of French culture's unilateral influence, then windows onto "cultural diversity," the history of these theaters is certainly complex. We preferred to approach it and render it with all of its contradictions.