Au cœur de l'élan moderniste qui anime le XXe siècle, l'expression " théâtre musical " devient l'étendard de nouvelles formes de rencontre scénique entre le théâtre et la musique. Les collaborations rassemblant compositeurs et artistes de théâtre entendent présenter des œuvres actuelles, qui balaient les modèles esthétiques jusqu'alors dominants. À l'heure où les sociétés européennes sont ébranlées par les guerres mondiales et les modèles totalitaires, l'espace esthétique pluridisciplinaire du théâtre musical se révèle propice à la réflexion philosophique et à l'expérimentation de systèmes qui visent la protection et l'émancipation du politique. L'utopie artistique, qui incite à repenser les cadres du théâtre musical, cultive aussi des modèles d'utopie politique. Le théâtre musical devient le lieu privilégié d'une réflexion philosophique sur la pratique militante et sur les moyens de l'exercice politique, ainsi que sur l'idéal démocratique dont nous sommes aujourd'hui les héritiers.
De façon récurrente aujourd'hui, dramaturges, acteurs ou metteurs en scène se réfèrent à la musique pour désigner une composante majeure de leur travail, voire un " modèle d'écriture ". On se propose ici d'étudier ce phénomène en l'abordant sous l'angle du corps, et d'explorer les modalités de mise en relation entre le corps et le fait musical (qu'elle soit littérale, ou plus symbolique), dans les textes comme sur les scènes du théâtre moderne et contemporain, en en cherchant la source dans quelques figures phare du XXe siècle, pour se concentrer ensuite sur quelques dramaturgies très contemporaines. De quoi ce " corps musical " est-il donc le symptôme? La question est aussi bien esthétique que politique. Une première partie de cette étude abordera les écritures, au sens large du terme; la seconde traitera de la question du corps au plateau, de l'acteur à la mise en scène: qu'est-ce que le corps fait à la musique, et la musique au corps? Et surtout, quel modèle de pensée, via cet imaginaire musical, vient informer la représentation théâtrale dans son ensemble?Clôturant chaque partie, deux tables rondes, – l'une d'écrivains et traducteurs, l'autre de musiciens pour la scène –, permettent d'entendre des points de vue parfois divergents sur cette question de la musique et du corps dans le processus de création.
Cet ouvrage réunit une sélection de textes de chercheur(e)s, de praticien(ne)s de la scène, et d'artistes-chercheur(e)s ayant participé à deux colloques successivement consacrés aux dramaturgies – textuelles et scéniques – de la marionnette. Il s'agit, d'une part, de Corps vivant / corps marionnettique: enjeux d'une interaction, organisé par l'Université d'Artois; et, d'autre part, d'Espace vivant / espace marionnettique: enjeux d'une interaction, ayant eu lieu à l'Université de Strasbourg. Le lecteur aura ainsi l'occasion de constater que, si la marionnette reste un moyen de dire le monde à partir d'un médium spécifique, elle représente aujourd'hui un secteur artistique très diversifié et en perpétuelle évolution, s'enrichissant non seulement de sa confrontation avec les corps vivants de manipulateurs ou d'acteurs, mais réinventant dans le même temps son espace de représentation.
La première partie de ce volume — Corps, tradition, modernité — pose quelques importants jalons historiques; s'il n'était pas question de tenter de construire ici une généalogie exhaustive des relations entre corps et écriture musicale, le propos fut de choisir certains moments précis de l'histoire de l'écriture musicale pour lesquels sont analysés ces liens dans la particularité des situations.La deuxième partie — Geste, dramaturgie, théâtre musical — aborde des cas particuliers dans lesquels le corps producteur de sons (et de silences) est appréhendé avant tout selon sa dimension théâtrale, bien qu'il soit évidemment difficile de séparer, a fortiori dans ces œuvres, la musique de la dramaturgie. Néanmoins, cet aspect peut se révéler déterminant pour la composition, transformant alors les paramètres en présence jusqu'à pouvoir déstabiliser le récepteur, fonction qui n'est pas sans déplaire à la plupart des artistes convoqués ici.La troisième et dernière partie — Modèles d'inscription du corps dans la composition contemporaine — présente un certain nombre d'écritures musicales dont le trait commun, au delà des différences de styles et de tons, est la place centrale que le corps occupe dans le travail des compositeurs.
Crise du sens et nouveaux visages du scandale dans l'art
Les scandales de l'art moderne prouvaient que celui-ci alimentait secrètement le registre du sens, lié à la symbolisation de l'ordre social. Mais aujourd'hui, la société a définitivement abandonné l'idée de l'art comme langage universel, et, pour ne plus craindre les troubles causés par des œuvres ou des artistes, elle a confié à l'industrie culturelle le soin de mettre la main sur les symboles et d'en distiller cyniquement les bouleversements. Le présent ouvrage tâche de relever le défi de repenser le scandale dans ce nouveau contexte. La crédibilité de la presse à porter les expressions spontanées des sentiments populaires étant définitivement compromise, le scandale semble se réfugier dans des formes moins spectaculaires et plus attentives au travail du sens, et à ses crises latentes. Défier la décence propose l'étude de diverses situations contribuant notamment aux mouvements actuels de l'art (œuvres, spectacles, concerts, mais aussi manifestes, modes de vie et de comportements, controverses juridiques, inspirations scientifiques, etc.), comme catalyseurs ou révélateurs des crises, indissociablement artistiques et politiques, parfois sans le moindre écho dans les mass-media.
Vous avez dit " marionnettique "? Ce terme renvoie à un nombre grandissant de pratiques théâtrales liées aux arts de la marionnette, dont la nature indécise et hybride – entre marionnette, mannequin, effigie, entre théâtre, cinéma et danse – est l'objet de ce livre. Les différents textes, qui mêlent des approches universitaires et des réflexions d'artistes, comme en témoigne la conversation initiale avec le metteur en scène Jacques Nichet, réfléchissent chacun à leur manière à cette indécision autour de la notion de " corps-frontière ", qui structure l'ouvrage en trois chapitres. Le premier chapitre envisage les phénomènes de contamination entre différents types de corps dont la rencontre donne naissance à des figures marionnettiques, le second s'attache à la dissolution des frontières au sein d'un travail sur la matière et le dernier chapitre montre comment le jeu marionnettique des corps peut s'incarner dans différentes formes d'écritures.Le lecteur, qu'il soit averti ou novice, pourra découvrir à l'occasion de cette lecture des pratiques scéniques profondément originales qui mettent jeu les représentations du corps, qu'il soit naturel, artificiel ou mixte. Naviguant entre des pratiques contemporaines et des expériences plus anciennes qui montrent la filiation du travail " marionnettique ", cet ouvrage espère inciter ses lecteurs à prendre la mesure des pouvoirs de la scène marionnettique, qui offre une véritable traversée des frontières entre les arts, les genres, les espèces et les matières.
"Où est ce corps que j'entends ?". Cette interrogation extraite d'Enfonçures de Didier-George Gabily est emblématique de toutes les formes de dissociation de la voix et du corps telle qu'elle se manifeste dans le théâtre moderne et contemporain. A travers un vaste corpus, qui aborde aussi bien les théâtres francophone, anglophone, hispanophone, que germanophone, scandinave ou russe, cet ouvrage prend la mesure de ce qui, dans la voix, est révélateur de nouvelles modalités de figurations et de représentations du corps. Sont ainsi examinées les multiples frictions et relations entretenues entre le corps et la voix – des voix sans corps aux corps sans voix en passant par ces corps délocalisés, lointains, fantasmés, étranges, étrangers, malades ou malmenés, tour à tour commentés ou mis en fiction par les voix. Révélatrices des principales mutations des écritures théâtrales et de la scène aux 20e et 21e siècles, ces nouvelles relations entre corps et voix ne sont pas pure affaire de forme?; elles sont à penser en regard des représentations sociales, politiques, médicales, culturelles du corps et de la parole dans le monde contemporain.