Représenter la vie des patriarches, du Christ ou des saints participe de la définition même de l'art chrétien et entretient des liens étroits avec les textes sacrés. Mais figurer les histoires du christianisme revient-il à imiter la narration textuelle et à produire, pour les yeux, un objet d'une nature comparable aux textes eux-mêmes? L'objet du travail collectif présenté dans cet ouvrage consiste à interroger les procédés permettant de traduire, de transposer, de transmettre une histoire par des moyens qui ne sont pas ceux de l'écrit mais de la représentation figurée. Cette enquête, fondée sur une approche chronologique et géographique large, entend porter un nouveau regard sur la conception et le rôle des images au cours du Moyen Âge, à travers quelques moments cruciaux et certaines œuvres exemplaires. Par ailleurs, le fait que les cultures visuelles chrétiennes d'Orient et d'Occident soient en grande partie fondées sur la mise en images de récits bibliques et hagiographiques communs engage à la mise en regard des approches, posant la question des relations d'influence et d'émulation entre ces deux aires. L'étude de la narration à travers ses diverses manifestations visuelles, tant en Occident qu'à Byzance, montre la puissance des images à " dire des histoires " pour forger et partager une conscience collective fondée sur les mythes fondateurs de la civilisation médiévale.
Conceptions et pratiques de l'autorité des évêques dans la société byzantine dans la société byzantine des XIe-XIIe siècles
Dans la société byzantine, l'autorité des évêques repose d'abord sur l'institution ecclésiastique, qui leur confie la mission de veiller sur les fidèles de leur diocèse en tant que pasteurs. Depuis les débuts de la christianisation de l'Empire, leur fonction dépasse le cadre strictement religieux, et ils constituent l'un des corps de l'État.Ce livre met à jour une nouvelle forme de l'autorité épiscopale aux XIe et XIIe siècles, fondée sur un modèle intellectuel en partie charismatique au sens de Max Weber. Elle passe par la reconnaissance de la culture savante des prélats et sa mise en pratique dans le gouvernement épiscopal. La floraison de la rhétorique byzantine à cette époque et la formation intellectuelle poussée d'un grand nombre d'évêques leur offrent un outil de communication, aussi bien dans leur diocèse qu'à Constantinople. L'analyse des discours et des lettres épiscopales met en évidence ce système de gouvernement.Présents dans leur diocèse et dans la capitale, les évêques sont les relais d'un pouvoir de plus en plus centralisé et sont un relais entre les populations provinciales et les autorités centrales de l'Empire. L'étude de la carrière, des conceptions du groupe épiscopal et de leur autorité et des actions des évêques dans leur diocèse fournit un tableau complet de l'épiscopat byzantin à une époque charnière de l'histoire de l'Empire.
I. Vie et Passion de Bacchos le Jeune par Étienne le Diacre II. Études sur les nouveaux martyrs
Le présent volume se présente sous la forme de deux parties indépendantes mais complémentaires sur le thème des nouveaux martyrs à Byzance.La première est une édition critique, avec introduction, traduction et commentaire, réalisée par André Binggeli et Stéphanos Efthymiadis, de la Vie et Passion de Bacchos le Jeune (BHG 209). Ce texte hagiographique raconte l'histoire d'un néomartyr de Palestine, exécuté pour apostasie en 787. Le texte grec est présenté ici dans une nouvelle édition critique qui en améliore sensiblement la lecture et dont la traduction en français rend accessible un texte important du corpus des Passions de néomartyrs de Syrie-Palestine. L'introduction et le commentaire montrent que ce texte hagiographique, s'il renvoie bien à la situation des chrétiens sous domination arabomusulmane au VIIIe siècle, a cependant été produit dans l'Empire byzantin, pour un public byzantin, par un hagiographe majeur de la période iconoclaste, Étienne le Diacre.La seconde partie du volume est constituée d'un recueil d'articles rassemblés par André Binggeli et Sophie Métivier, issus, pour la plupart, des contributions d'une table ronde sur le thème de la réactualisation de la figure du martyr à Byzance, organisée dans le cadre du XXIIIe Congrès international des études byzantines à Belgrade en 2016. Il s'agit d'analyser la notion et la figure du nouveau martyr dans le monde byzantin, d'examiner les conditions d'élaboration des cultes qui furent rendus à ces martyrs et les fonctions qui furent imputées à ces cultes dans la société de l'époque mésobyzantine comme de la période paléologue.
Cet ouvrage met au cœur de son propos une interrogation simple: dans l'organisation complexe de l'espace de l'église médiévale, les emplacements choisis pour les images qui ornent les murs et les objets n'offrent pas toujours la possibilité de voir celles-ci, d'en déchiffrer le contenu. Certaines semblent réservées à des groupes de l'assemblée stationnant dans des espaces spécifiques, d'autres ne sont pas visibles depuis les principales zones affectées aux fidèles ou aux clercs, d'autres encore sont situées trop haut. Le rapport, a priori évident, entre représentation et visibilité se trouve donc souvent démenti, appelant alors une nouvelle notion, celle de présence. Analyser la tension existant entre ces trois catégories – figuration, visibilité et présence – implique une étude croisée des oeuvres figurées, des monuments et des sources écrites. Les notions de mobilité et de fixité permettent également de prendre en compte les multiples jeux d'échelles à l'oeuvre dans ce lieu rituel qu'est l'église, impliquant des objets, des manuscrits, des dispositifs liturgiques, des gestes, des déplacements physiques, dialoguant avec un décor appliqué au corps même du monument, épousant l'immobilité de l'architecture.Les cinq chapitres thématiques qui organisent ce volume mettent en regard différents cas issus de l'Occident médiéval et de l'Orient byzantin, selon une chronologie longue (de l'Antiquité tardive à la fin du Moyen Âge), dans une volonté de décloisonner les disciplines et les aires géographiques afin de tirer tous les enseignements d'une approche transversale de l'image médiévale.
Mélanges d'histoire byzantine offerts à Michel Kaplan
Le saint, le moine et le paysan. Voilà trois figures de l'homme byzantin auxquelles Michel Kaplan, au long d'une carrière menée à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de 1969 à 2015, aura consacré une part notable de ses recherches. Professeur d'histoire byzantine depuis 1988 à la suite de Paul Lemerle et d'Hélène Ahrweiler, Michel Kaplan a porté haut les couleurs du byzantinisme français. Historien du monde rural ouvert aux sources religieuses, enseignant soucieux de ses étudiants qu'il a su entraîner dans son sillage, promoteur de Byzance aux concours nationaux de l'enseignement du second degré et du supérieur, homme de convictions et de pouvoir qui présida au destin de son université de 1999 à 2004, passeur enfin d'une discipline exigeante vers un public averti ou simplement curieux de Tout l'or de Byzance (1991): c'est à plus d'un titre qu'il a semblé nécessaire de présenter à Michel Kaplan, pour ses 70 ans, un volume d'hommage.Ces 35 contributions, que les éditeurs ont voulues substantielles et fondées sur des sources neuves ou reprises à nouveaux frais, sont l'œuvre d'élèves, de collègues français et étrangers, d'amis et de compagnons de route dont les préoccupations répondent aux intérêts du dédicataire. De l'Antiquité tardive au monde des Paléologues, de la campagne à la ville, de l'impératrice à la moniale et de l'empereur à l'évêque, de la monnaie à l'icône mais aussi de l'Italie à la Géorgie, chaque lecteur trouvera dans ce volume au moins une réponse supplémentaire à la question que Michel Kaplan vient à nouveau de nous poser: Pourquoi Byzance? Un empire de onze siècles (2016).
Exercice du pouvoir et contrôle du territoire sous les derniers Paléologues (milieu XIVe-milieu XVe siècle)
Au cours du XIVe siècle, l'Empire byzantin connut un fort déclin de sa puissance qui entraîna la conquête de son territoire par les Turcs ottomans. Les causes de la disparition de Byzance sont encore loin d'être élucidées, mais les chercheurs ont souvent évoqué un fort amenuisement de l'autorité de l'État dans les provinces. L'évolution économique des XIe-XIVe siècles aurait conféré un pouvoir croissant aux grandes familles de l'aristocratie, provoquant la fragmentation du pouvoir politique et l'effacement de la puissance impériale. Cet ouvrage offre une nouvelle interprétation du déclin de l'État byzantin, à travers l'étude des mesures prises par les empereurs de la dynastie des Paléologues pour freiner l'avance ennemie et pour préserver les frontières de l'Empire. S'il apparaît que l'aristocratie joue un rôle décisif dans l'exercice du pouvoir impérial dans les provinces, l'Empereur continue d'exercer l'essentiel de ses prérogatives, militaires et fiscales, mais sur un territoire qui devient tellement restreint que l'objectif est désormais inatteignable.
" Comme les Italiens sont tombés dans un état désespéré et incorrigible, même les saints ont éprouvé à leur égard de la répulsion, et Dieu les a délaissés ; mais ils ne vivent plus qu'une vie de porcs, selon leurs désirs ! "
Tel est le jugement que porte Théodore Agallianos, clerc du patriarcat de Constantinople, sur les Occidentaux en 1442. Onze ans avant la chute de Constantinople, alors que les Turcs menacent ce qu'il reste de l'Empire, les Byzantins s'affrontent à propos d'une éventuelle intervention des Latins en leur faveur : les uns sont prêts à toutes sortes de compromis afin d'obtenir du pape qu'il prêche la croisade, tandis que d'autres, à la suite d'Agallianos, n'ont que mépris et détestation pour l'Occident et son christianisme hétérodoxe. Pourtant les allusions au monde latin ne manquent pas dans le Dialogue, que l'auteur évoque la figure de François d'Assise, le concile de Florence ou les reliques de la Sainte-Chapelle. Ce texte, ouvertement xénophobe, offre paradoxalement un éclairage précieux sur les formes de l'influence latine à Byzance à la fin du Moyen Âge et sur les enjeux d'une alliance entre Europe occidentale et orientale.
Dans la société byzantine, éminemment chrétienne, les évêques jouent un rôle qui dépasse de loin celui qu'on leur assigne aujourd'hui, avant tout celui de pasteur du troupeau. Personnages publics, ils se sont imposés comme une nouvelle catégorie sociale au service de l'État.
Pour écrire l'histoire du corps épiscopal à l'époque mésobyzantine (VIIIe-XIe siècle), l'auteur a dépouillé une très large palette de sources de tous ordres, depuis les récits hagiographiques et les chroniques jusqu'aux sceaux, en passant par les Notitiæ Episcopatuum.
Cette brillante étude réussit à se placer du point de vue des évêques, et notamment des évêques de la base, les plus difficiles à cerner car les sources constantinopolitaines les négligent ; mais l'existence de sources hagiographiques, présentant la vie dans des cités parfois secondaires, y aide grandement. Il s'agit donc ici d'une histoire byzantine vue avant tout de province, ce qui n'est pas fréquent. À l'étude d'un corps social, les évêques, dont nous pouvons suivre la carrière, depuis l'enseignement reçu, sans doute plus largement répandu en province que nous ne l'avions longtemps cru, jusqu'à la mort, s'ajoute la description minutieuse de l'action de l'évêque dans son évêché, au milieu de son territoire, de son clergé et de ses fidèles.
Relais des volontés impériale et patriarcale dans les provinces de l'Empire, l'évêque tente, dans un contexte de compétition avec les autorités locales, d'imposer son propre pouvoir, dans ses aspects spatiaux, sociaux, religieux et symboliques.
Le présent volume regroupe deux réflexions collectives. La première est issue de la table ronde organisée par Margaret Mullett lors du XXe Congrès international des Études byzantines, tenu à Paris du 19 au 25 août 2001. Les débats ont tenté d'aborder le monachisme byzantin par de nouveaux moyens et d'appréhender la place décisive que les moines occupent à toutes les époques dans la société byzantine.La seconde, issue d'un séminaire tenu à l'université Paris I, étudie le second iconoclasme et ses suites. Cette période dite abusivement iconoclaste - abusivement, parce qu'une telle appellation pourrait réduire la perspective d'étude - est celle du rétablissement de l'Empire byzantin après le choc des invasions. Elle demande de nombreuses études dans tous les champs de la recherche historique pour livrer une partie de sa logique, notamment de 815 à 843 et dans le temps qui suit le rétablissement des Images en 843.
Byzance, un monde à part, retranché dans la splendeur de ses palais et de ses églises, peu accueillant envers l'étranger, menant une économie de subsistance ! Rien de plus faux que ces clichés persistants, rien de plus éloigné d'une réalité historique que les recherches récentes mettent en pleine lumière. Après les Russes et les musulmans, voici que les Occidentaux envahissent Constantinople, " la reine des villes ", mais aussi toutes les provinces de l'Empire : la Thessalie, la Macédoine, le Péloponnèse, Chypre, les îles égéennes, la mer Noire n'échappent pas à l'expansion occidentale qui est avant tout celle des marchands. Leur sécurité et leurs activités sont garanties par des traités internationaux, préparés par des échanges diplomatiques. Toute une chancellerie est au travail, avec un langage propre, des pratiques éprouvées, des interprètes, des traducteurs et des envoyés indispensables. Des usages diplomatiques se mettent en place. La création artistique n'échappe pas aux influences extérieures, importées ou exportées ; vêtements d'apparat, vaisselle de table, architecture et sculpture donnent lieu à des confrontations fécondes entre Orient et Occident. L'Empire est largement ouvert à l'Autre ; les essais ici rassemblés le démontrent sans équivoque.
L'intérêt de la Cappadoce ne réside pas seulement dans ses églises rupestres. Région rurale et isolée de l'Anatolie orientale, ses relations avec le nouvel empire que Constantin vient d'établir en installant sa capitale sur les rives du Bosphore sont du plus haut intérêt pour appréhender comment une province périphérique peut s'intégrer dans un système de gouvernement hautement centralisé. L'auteure s'intéresse aux institutions laïques, frontières, cités et représentants impériaux, comme à celles de l'Église locale, qui montra une parfaite allégeance envers l'institution impériale, une fois repoussée la tentation de l'arianisme et stabilisée l'orthodoxie officielle ; elle analyse aussi la diaspora cappadocienne : les lettrés et les fonctionnaires subissent l'attrait de Constantinople, les moines celui de la terre sainte. Elle démontre ainsi la parfaite intégration dans l'Empire de la Cappadoce qui, au moment des conquêtes arabo-musulmanes aux siècles suivants, demeura sans faiblir dans la souveraineté byzantine.