Attesté depuis l'Antiquité, le tirage au sort est une pratique dont l'histoire s'inscrit dans la longue durée. Dès l'Iliade et les autres épopées, parce qu'il reposait sur le hasard et l'intervention des dieux, il était opposé, philosophiquement et concrètement, au choix des hommes, que celui-ci fût fondé sur la raison et la délibération, le vote ou le bon vouloir personnel. C'est à cette procédure à la fois fréquente et commune dans le bassin méditerranéen antique que ce volume est consacré. Au travers de dix-huit contributions, il esquisse une réflexion collective sur les usages politiques, religieux, administratifs et ludiques qui étaient prêtés à la sors. L'enquête débute avec les mondes grec et italien des époques archaïque et classique et conduit le lecteur jusqu'à la Rome républicaine et impériale, espace et époques pour lesquels la sortitio n'a à ce jour pas reçu encore l'attention qu'elle mérite. En prenant le parti d'une démarche diachronique et comparatiste, ce volume cherche à mettre en lumière les différentes significations et vertus attachées au tirage au sort en fonction des régimes qui y eurent recours et de leur culture politique. Pourquoi les Romains, comme tant d'autres peuples antiques, choisirent-ils de laisser une telle place au hasard dans la conduite des affaires de la cité? Au-delà des enjeux propres à l'histoire ancienne, l'ouvrage s'inscrit dans une réflexion contemporaine. Il veille tout particulièrement à donner une profondeur historique et anthropologique au débat actuel sur la réintroduction du tirage au sort dans le contexte d'une crise de la " représentativité " que connaissent actuellement les démocraties occidentales.
L'une des conséquences de la guerre du Péloponnèse a été le développement d'une politique navale à grande échelle de la part de deux puissances terrestres : Sparte et la Confédération béotienne. À l'époque de leurs hégémonies respectives (404‑371 et 371‑362 av. J.-C.), elles ont dû se tourner vers la mer pour contrer le pouvoir qu'Athènes y exerçait, en mettant ainsi fin à la répartition, ancrée dans les esprits, entre la puissance sur terre (Sparte) et la puissance sur mer (Athènes). Cette nécessité a conduit Sparte et la Béotie à s'adapter à ce nouveau contexte : la surveillance des lieux stratégiques et la guerre navale étaient désormais au cœur de leurs préoccupations.L'ouvrage propose d'examiner les modalités d'adaptation entre les contraintes liées à une puissance terrestre et la mise en place d'une politique navale. Quelles ressources en argent, en hommes et en matériaux étaient nécessaires pour la construction et l'entretien d'une flotte et de ports militaires ? Quels étaient la disposition et l'aménagement des sites urbains à proximité de la mer ? Quel était leur rôle dans le développement de la navigation ? De tels changements ont entraîné un nouveau type de contrôle des réseaux routiers et du territoire. La question de l'organisation hiérarchique de la flotte se pose également. Par ailleurs, le développement de lieux stratégiques dans le cadre d'une politique navale crée de nouvelles relations sur le plan international. À travers l'analyse de ces changements, ce livre montre comment des puissances terrestres ont pu développer une politique navale et jouer ainsi un rôle central dans le monde égéen.
Comment les élites provinciales de Haute-Égypte du Nouvel Empire sont-elles parvenues à atteindre les plus hautes sphères de l'État pharaonique? Quelles ont été leurs stratégies pour s'y maintenir et y prospérer? Quel rapport spécifique ont-elles entretenu avec le pouvoir royal? Cet ouvrage, en s'appuyant sur une étude diachronique couvrant plusieurs siècles (1539-1077 av. J.-C.), propose des éléments de réponse à ces questions. En faisant appel à l'anthropologie de la parenté et à l'analyse de réseaux sociaux – Social Network Analysis (SNA) –, l'auteur remet en perspective les données historiques et prosopographiques pour révéler des évolutions majeures dans les relations des notables provinciaux, aussi bien entre eux qu'avec le pouvoir royal. La comparaison de la structure des différents réseaux restitués fait émerger des changements de comportement importants au sein de ces élites. Les replacer dans leurs contextes historique, géographique et politique permet de saisir les raisons qui ont provoqué la perte progressive d'influence du pouvoir pharaonique sur le sud de l'Égypte à la fin du Nouvel Empire. Si, durant la XVIIIe dynastie, les notables provinciaux de Haute-Égypte ont gravité autour du pouvoir royal au sein d'une véritable société de cour, la situation se trouve bouleversée dès le début de la période ramesside: alors ces élites semblent s'émanciper, voire concurrencer l'emprise du pharaon sur cette aire géographique. On passe ainsi d'une société de cour où l'on représente un pharaon tout puissant dans l'attribution des hautes charges étatiques, à une société de réseaux, où la reproduction sociale et les stratégies, notamment matrimoniales, fonctionnent pleinement.
Au cœur d'un espace phrygien géographiquement mal défini dans l'Antiquité, l'installation de colons militaires, d'anciens soldats et de troupiers encore en activité, répondait à des objectifs stratégiques parfaitement identifiés pour les Achéménides, les monarques hellénistiques ou encore les Romains. Il s'agissait de contrôler un espace essentiel pour les communications terrestres entre l'intérieur du plateau anatolien d'une part et l'Égée d'autre part, mais aussi entre cette même côte et la Cilicie, puis au-delà la Syrie. Sur un plan tactique, cette présence militaire devait servir à protéger plateau et vallées phrygiens de la convoitise de populations voisines mal contrôlées comme les Pisidiens.S'appuyant sur de très nombreuses sources archéologiques, numismatiques et épigraphiques, examinant chaque communauté au cas par cas, cet ouvrage étudie les conséquences de l'installation de ces militaires sur la réalité locale, que ce soit au niveau économique, culturel, religieux ou social. Parcourant un temps long allant du ive siècle avant J.-C. jusqu'à la fin de la dynastie des Sévères, il s'efforce de peser les évolutions liées à la présence de ces soldats allogènes. Entre la Phrygie achéménide et celle hellénistique puis romaine, le faciès de la région, essentiellement rurale au départ, a progressivement évolué : dès l'époque hellénistique, on observe un phénomène de poliadisation important, rendant le réseau de communication plus dense et le contrôle des populations locales plus complexe.Le second tome de cet ouvrage (Corpora) est disponible uniquement sur le portail OpenEdition Books.
Dans ses aspects aussi bien théoriques que matériels, le système du vote dans les mondes grec et romain a depuis longtemps été exploré au sein d'études plus générales sur les institutions ou les différents types de régimes politiques. Il n'a cependant jamais fait l'objet de publications réunissant à la fois les témoignages textuels et les résultats des fouilles archéologiques, dans l'optique d'une compréhension globale de cette pratique.De ce constat est né le projet d'une synthèse portant sur les modalités, les lieux et les finalités du vote en Grèce, à Rome et en Gaule, dans une perspective comparatiste. Menée dans le cadre d'un programme de recherche interdisciplinaire soutenu par l'université Lumière Lyon 2 et la Maison de l'Orient et de la Méditerranée, cette recherche a suscité, selon les régions et les périodes concernées, des questionnements spécifiques mais elle a aussi fait émerger des points de convergence.La collaboration de chercheurs issus de plusieurs disciplines – l'histoire, la philologie et l'archéologie – a permis de cerner la pratique du vote à travers ses implications politiques, ses modalités procédurales et la place qui lui a été réservée dans l'espace civique par les différentes sociétés antiques qui l'ont mise en œuvre.Le présent ouvrage, qui présente une synthèse sur chacune des aires géographiques étudiées et rassemble vingt et une contributions issues de séminaires ou de journées d'études qui se sont tenus à Lyon, à la Maison de l'Orient et de la Méditerranée, de la fin de l'année 2012 au printemps 2014, propose une approche inédite de l'acte de vote dans l'Antiquité.