Les carnets de terrain de Claude et Dina Lévi-Strauss (1935-1939)
Le couple que formaient Claude et Dina Lévi-Strauss a mené deux expéditions au cœur du Brésil, l'une chez les Caduveo et les Bororo, l'autre chez les Nambikwara. Tristes tropiques est le livre, publié deux décennies plus tard, qui relate ces deux équipées: retour aux sources d'un chef-d'œuvre philosophico-littéraire. Loin de vouloir ajouter un nouveau commentaire à une œuvre déjà largement explorée, cet ouvrage offre une plongée dans les matériaux primitifs de Tristes tropiques. Les carnets de terrain, quelques textes inédits et diverses photographies sont analysés dans ce volume. Pas moins de 12 000 documents comprenant entre autres, des feuillets, des partitions, des fiches linguistiques, des planches-contacts ou encore des ébauches de roman, sont étudiés par une équipe de chercheurs mêlant linguistes, anthropologues, codicologues et historiens.Ce travail de fond permet de nous représenter les conditions et l'atmosphère qui régnaient durant les expéditions du couple. De plus, il nous invite à pénétrer les arcanes de l'écriture du fameux récit de voyage devenu mythique, de la note de terrain à l'élaboration théorique. C'est avant tout la véritable fièvre ethnographique qui habitait Dina et Claude Lévi-Strauss que ce livre s'efforce de restituer. Si, d'un côté, ce travail permet de réviser en grande partie l'épistémologie classique du structuralisme, il souligne d'un autre côté le travail ethnographique et littéraire de Dina Dreyfus, trop longtemps laissé dans l'ombre.
Ceci n'est pas un ouvrage classique d'anthropologie. Au moyen d'un récit photographique, ce livre explore autrement l'expérience urbaine en banlieue parisienne. À partir d'une recherche menée à Sarcelles, Camilo Leon-Quijano expose de nouvelles façons d'étudier la ville en tant qu'anthropologue et photographe. En intégrant la création et le partage de photographies, il appréhende ce qui façonne au quotidien une identité collective renouvelant les images et les imaginaires sur la cité qu'il étudie. Ce livre propose également une réflexion critique autour de la multimodalité en anthropologie: au moyen de QR codes, les lecteurs et lectrices pourront interagir avec différents matériaux visuels et sonores issus de cette recherche. Riche de près de 200 photographies, cet ouvrage crée un récit attentif à la matérialité du récit visuel. La démarche mobilisée permet ainsi de passer d'une observation participante à une création observante.
Ce livre porte sur le travail dans les rues parisiennes et ses mises en images au tournant du siècle. Partie d'une recherche sur les premières cochères et afficheuses parisiennes et leur mise en spectacle en 1907-1908, l'enquête s'est peu à peu détachée de ces figures pour restituer leur apparition parmi la population laborieuse travaillant sur la voie publique: marchandes des quatre-saisons, forts des halles, prostituées, ouvriers du bâtiment, camelots, artistes ambulants, crieurs de journaux ou encore porteuses de pain.Plus qu'un album photographique pittoresque sur les " petits métiers parisiens ", cet ouvrage offre une riche vue d'ensemble du contexte de production et de réception de ces images. Le regard des photographes et éditeurs d'images de l'époque est en effet confronté à celui des enquêtes ouvrières, des reportages de presse, de la surveillance policière et de la statistique publique. À travers un kaléidoscope de sources, ce livre explore de quelle manière ces travailleurs et travailleuses de la rue se représentaient et étaient représentés, observés, scrutés, surveillés ou au contraire ignorés. Mobilisés comme catégories d'analyse, le genre, la classe et l'âge visent à éclairer non seulement l'organisation des métiers de rue, mais aussi l'économie du visible qui informait le regard sur les gens travaillant dehors et qui façonnait leurs interactions sur la voie publique.
Art maritime et galériens dans la France de Louis XIV
L'art maritime méditerranéen et le travail forcé dont il dépendait étaient au cœur de la politique et de la propagande du roi de France Louis XIV, qui régna de 1643 jusqu'à sa mort en 1715. Pourtant, la plupart des études sur l'art français de cette période se concentrent sur Paris et Versailles, négligeant la présence ou la représentation des galériens sur les côtes du royaume. Grâce à une abondante sélection d'images surprenantes, dont beaucoup n'ont jamais été publiées, Le Roi-Soleil à la mer met l'accent sur le rôle des esclaves turcs – des rameurs capturés ou achetés en terre d'islam – dans la construction et la décoration des navires et autres objets d'art qui circulaient sur terre et sur mer pour glorifier la Couronne. Remettant en question l'idée que la servitude humaine a disparu de la France continentale, cet ouvrage pluridisciplinaire invite à réévaluer la servitude en tant que condition visible, mode de représentation et symbole de souveraineté sous le règne de Louis XIV. Ainsi, en examinant dans cette traduction inédite (Getty Publications, 2022) un large éventail de productions artistiques – dessins de navires, sculptures d'artillerie, médailles, peintures et gravures –, Meredith Martin et Gillian Weiss nous invitent à reconsidérer l'image dominante de l'art et du pouvoir dans la France du début des Temps modernes.