Cet ouvrage est le récit ethnographique, nourri par la photographie, des pratiques d'appropriation de l'espace et d'engagement politique observées au sein de trois groupes sociaux qui cohabitent dans le grand ensemble de Marzahn, à la périphérie de Berlin-Est, depuis la réunification : l'ancienne Intelligenz déclassée, les familles populaires et les Aussiedler. Il apporte trois éclairages sur la société allemande contemporaine et la forme urbaine des grands ensembles. Il décrit d'abord les effets sociaux et spatiaux des transformations post-socialistes à l'Est de Berlin. Il propose ensuite, en s'appuyant sur la longue tradition de recherches françaises dans les grands ensembles, un regard décalé sur la situation allemande. Enfin, il rend compte de la recomposition du rapport à la politique en Allemagne de l'Est, 20 ans après la chute du mur.
Colloque organisé par le Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'Allemagne, 2-4 déc., Paris
Les débats actuels sur la situation des langues en Europe souffrent d'un déficit de réflexion. La position dominante de l'anglais et le recul conjoint du français et de l'allemand en Europe sont perçus comme les marques d'une évolution inéluctable face à laquelle les volontarismes politiques seraient impuissants. L'ouvrage invite à réfléchir au fonctionnement et aux implications des choix linguistiques à travers une série de questions : qu'est-ce qu'une langue prise non pas comme système organisé de signes, mais comme réalité sociale et culturelle ? Comment cette réalité s'articule-t-elle sur les pratiques tant individuelles que collectives ? Quelles représentations informent ces pratiques et à travers quelles institutions sont-elles élaborées, transmises et reçues ? Les réponses proposées partent toutes du même constat : il faut dépasser la vision de "l'exception linguistique française". L'attention portée à des terrains "atypiques" comme la Suisse ou la Belgique ou encore l'insistance sur la profondeur historique des rapports entre langue, culture et politique en Europe sont autant de propositions qui décentrent le débat sur les pratiques linguistiques. Par là même, elles visent à redéfinir les conditions — et les limites — d'une action publique soucieuse des principes d'une société démocratique.
Au moment de la réunification, en 1990, la réputation du théâtre est-allemand n'est pas à faire. Elle s'incarne, entre autres, dans l'héritage de Brecht, dans la rigueur d'une formation théâtrale ou encore dans la renommée de certains ensembles. Néanmoins, le monde théâtral est-allemand connaît des bouleversements après l'effondrement du régime socialiste. Certes, les deux Allemagnes disposent d'un passé culturel commun, qui se traduit notamment par l'existence d'un tissu théâtral public organisé autour de troupes fixes, mais les différences organisationnelles restent flagrantes. Elles se manifestent d'autant plus que les conditions de la réunification imposent, ici comme dans d'autres domaines de la vie sociale, l'application des règles ouest-allemandes. L'ouvrage dresse un état des lieux du théâtre est-allemand dix ans après la réunification. Le travail d'enquête mené par l'auteure en Saxe, en Thuringe et dans le Brandebourg permet de retracer le lent processus de restructuration du monde théâtral de l'ex-RDA. À travers le prisme des destins individuels et des recompositions structurelles, l'auteure interroge d'abord l'originalité de la transition est-allemande. Mais le choc de la réunification pose aussi plus largement la question de la place de l'art et des artistes dans la société.
Inspiré par le modèle weberien de réflexion sur le rapport entre le savant et le politique, l'ouvrage analyse les changements survenus entre les politiques d'action publique et les sciences sociales depuis la constitution de l'espace européen. Les contributions portent sur les institutions de la France et de l'Allemagne, deux vieilles nations européennes où l'État-nation a joué un rôle prépondérant. La constitution de l'Europe et, plus généralement, d'un ordre économique mondial ont profondément bouleversé les rapports traditionnels entre l'État et les experts chargés de penser l'action. C'est d'abord la primauté même de l'État qui est remise en question. Comment, par conséquent, penser autrement les actions politiques ? Selon quels nouveaux paradigmes ? Quel est alors le rôle spécifique des sciences sociales dans ce renouvellement du cours du monde ? Telles sont les questions abordées dans le volume par les historiens, politistes, économistes et sociologues.