Dans le contexte des crises engendrées par le développement sans précédent de nos sociétés et des défis qu'il pose à nos destinées collectives, le projet critique de l'École de Francfort retrouve toute son actualité : si l'émancipation humaine demande qu'on révèle ce qui lui fait entrave, cela passe par plus, et non moins, de rationalité.Les essais rassemblés ici proposent une réflexion sur le tissu normatif des sociétés de la modernité extrême ainsi que sur les conditions de sa (re)production. Ils cherchent à déployer les horizons du possible et articulent, au contact de domaines nouveaux de la philosophie politique et de l'éthique (écologie, Cultural studies, Animal studies), des perspectives encore peu explorées de la Théorie critique.Le lecteur trouvera dans cet ouvrage un aperçu représentatif des recherches qui se font actuellement en français et en anglais autour de l'héritage de la Théorie critique.
La question "qu'est-ce que l'homme, quelle est sa place dans le cosmos?" a occupé Scheler sa vie durant. Cette question, qu'il qualifie de métaphysique, possède chez lui non seulement une portée éthique mais est indissociable d'une critique de la civilisation. Elle se pose au regard d'une époque dans laquelle l'essence de l'homme est "devenue plus problématique que jamais". Scheler en rend responsable le positivisme, le pragmatisme et l'évolutionnisme. C'est au cours de ce débat entre ces courants de pensée et les sciences naturelles qu'il élabore son anthropologie philosophique, à laquelle il assigne la mission d'être une "métanthropologie", c'est-à-dire de redonner sa place à une métaphysique qui prend l'homme pour centre. L'ouvrage rassemble des études originales, en français et en allemand, qui s'efforcent de dresser un bilan de la contribution philosophique de Max Scheler entre 1915 et 1925.
En France, depuis une toute petite dizaine d'années l'œuvre de Siegfried Kracauer commence d'être un peu mieux connue, un peu plus débattue. Figure de proue de la culture intellectuelle sous la république de Weimar, homme au double exil, français dès 1933 et nord-américain à partir de 1941, l'intellectuel a un parcours singulier, multiple, différent de quelques-uns de ses contemporains. Souvent qualifiée d'hétérogène, car inclassable et sans attaches institutionnelles, son œuvre débute par des articles sur les phénomènes urbains et la culture de masse (cinémas, fêtes foraines, revues théâtrales…) écrits pour le journal le plus important de la république de Weimar (Frankfurter Zeitung). Il rédige par la suite, pour ce même quotidien, des critiques de cinéma. Et si les exils décident d'un autre genre de production (biographie, essais), il s'agit toujours de rendre compte des origines de la modernité à partir de l'analyse de phénomènes esthétiques triviaux, à partir de cette culture de masse. Le livre concourt à éclairer l'originalité de cette pensée.
La réconciliation de l'esprit et de la politique dans un sens démocratique et républicain ne s'est jamais vraiment effectuée dans l'histoire allemande. La République de Weimar est considérée comme une période extrêmement féconde dans le domaine intellectuel et artistique ; en même temps, elle est citée comme exemple dès lors qu'il s'agit de démontrer le rapport fort précaire des intellectuels allemands à la démocratie libérale. Peut-on parler pour autant d'une "République sans républicains", d'une "République mal-aimée" ou encore accuser les intellectuels weimariens d'avoir contribué à l'échec de la première république allemande ?