Siegfried Kracauer (1889-1966) apparaît aujourd'hui comme un des intellectuels les plus originaux issus de la République de Weimar. À la fois philosophe, romancier, essayiste, sociologue et historien, critique et théoricien du cinéma, il fut aussi un penseur pionnier de la photographie, technique de reproduction dans laquelle il voit un nouveau rapport au temps s'instaurer. Ce recueil rassemble les essais qu'il a consacrés à ce médium depuis la fin des années vingt jusqu'à son exil américain. Comme son ami Walter Benjamin, Kracauer fut l'un des premiers à saisir combien, face à sa diffusion quotidienne de masse dans les journaux illustrés, il fallait repenser la modernité – mais aussi le cinéma et même l'histoire – à travers la photographie.
La Dialektik der Aufklärung (Dialectique de la Raison), ébauchée par Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, les deux fondateurs de l'Ecole de Francfort, pendant leur exil américain a été publiée sous forme fragmentaire en 1944, puis rééditée avec des variantes importantes en 1947. Depuis sa redécouverte dans les années 1960, elle est devenue un texte aussi mythique que controversé. C'est pourquoi les protocoles des discussions entre les deux auteurs, publiés pour la première fois en 1985 par Gunzelin Schmid Noerr dans le tome 12 des Œuvres de Max Horkheimer (Gesammelte Schriften: Nachgelassene Schriften 1931-1949), constituent des documents de première importance pour les historiens de la Théorie critique et pour les philosophes en général. Pour un public plus large il s'agit d'un aperçu unique sur le mode de gestation d'un texte philosophique en même temps qu'un témoignage de la façon dont les deux auteurs affrontent la pression du contexte historique.
Dans le contexte des crises engendrées par le développement sans précédent de nos sociétés et des défis qu'il pose à nos destinées collectives, le projet critique de l'École de Francfort retrouve toute son actualité : si l'émancipation humaine demande qu'on révèle ce qui lui fait entrave, cela passe par plus, et non moins, de rationalité.Les essais rassemblés ici proposent une réflexion sur le tissu normatif des sociétés de la modernité extrême ainsi que sur les conditions de sa (re)production. Ils cherchent à déployer les horizons du possible et articulent, au contact de domaines nouveaux de la philosophie politique et de l'éthique (écologie, Cultural studies, Animal studies), des perspectives encore peu explorées de la Théorie critique.Le lecteur trouvera dans cet ouvrage un aperçu représentatif des recherches qui se font actuellement en français et en anglais autour de l'héritage de la Théorie critique.
Dans l'année qui suivit le décès de sa première épouse Else von Stritzky, en 1921, le philosophe Ernst Bloch écrivit une sorte de journal qui livre quantité d'informations sur son œuvre et sa personnalité. Mais surtout, ce texte émouvant veut faire mémoire d'une femme exceptionnelle. Paru - seulement après la mort de Bloch, il donne un accès privilégié à sa philosophie de la mort et du Royaume.
Le présent ouvrage nous introduit à un domaine de recherches extrêmement dynamique et composite, celui des sciences de la culture dont la démarche et les orientations ont infléchi l'organisation des études et de la recherche dans de nombreuses universités en Allemagne et en Autriche sans que l'on sache toujours très bien, en France, de quoi il retourne. Or, cet ouvrage a cela de concluant qu'il confronte cette tradition scientifique au devenir socio-économique de nos sociétés occidentales et les problématise à la lumière de la postmodernité, du néolibéralisme et, plus récemment, de la crise économique et financière de 2008-2009. Les sciences de la culture sont-elles vraiment ou encore à même de fournir des ressources théoriques et méthodiques pour ressaisir les distorsions qui vont de pair avec la mondialisation, l'économie néolibérale et les nouvelles formes populistes de la politique et de la culture de masse ? Sont-elles à même de lever l'écran des signes et symboles pour renouer avec le monde réel et l'individu en prise avec des réalités qu'il ne maîtrise plus ? Se plaçant sous le signe de la culture comme texture du social, le texte répond parfaitement à sa triple ambition : nous familiariser avec un domaine de recherches dont il pointe à la fois les failles et voies de secours/recours ; brosser une situation de crise économique et intellectuelle qui entérine la crise du social ; éclairer les démarches scientifiques dont la recherche française peut se nourrir ou se prémunir dans sa pensée du monde contemporain. Il convoque en l'occurrence les noms de Hoggart, Williams et Thompson et donc les Cultural Studies britanniques comme forme d'analyse engagée du culturel ; il souligne ce que la théorie française de la régulation peut avoir de séminal ; il se réclame de Weber, Simmel, Benjamin et Kracauer, tous auteurs qui contribuèrent non seulement à poser les fondements des théories modernes de la culture, mais réfléchirent également la transformation convulsive de leur époque et de leur société. Tel est bien ce à quoi aspirent Wolfgang Maderthaner et Lutz Musner qui élaborent un viatique intellectuel en ces temps d'autoliquidation de la raison, avec le phrasé qui leur est propre : sans fard, sincère et engagé.
Cette traduction est la première réédition complète de la thèse de doctorat d'Ernst Bloch, rédigée en 1908 et publiée l'année suivante. C'est un texte important pour la compréhension de la genèse de la pensée de Bloch. L'auteur y énonce pour la première fois ses vues métaphysiques sur la nature, l'histoire et la connaissance. Il y dialogue non seulement avec le néo-kantien Heinrich Rickert, mais aussi avec l'ensemble des philosophies qui constituaient l'horizon théorique des années 1900. Le traducteur Lucien Pelletier accompagne le texte de notes explicatives élaborées afin de faciliter la compréhension et de situer les idées de l'auteur dans leur contexte philosophique et historique. Dans son introduction, le traducteur plaide pour une approche historique de la pensée de Bloch.
Current of Music est le nom qu'Adorno avait choisi pour le livre qui devait rassembler la plupart des textes présentés ici. Élaborés dans le cadre d'un projet de recherche sociologique américain entre 1938 et 1941, écrits en anglais, ces travaux entendaient faire le point sur la radio, ce " courant musical " qui, selon le philosophe, définissait alors l'actualité de la musique. En dialogue constant avec Benjamin, Adorno étudie de manière détaillée les effets que peut avoir le médium radiophonique sur la perception de la musique et propose une réflexion nuancée sur l'un des premiers vecteurs de la culture de masse.
Walter Benjamin et la création radiophonique (1929-1933)
À la fin des années trente, au moment où le développement des médias devenait un phénomène sociologique et un problème politique, Walter Benjamin publia un des essais auxquels il doit sa célébrité : " L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique ".L'intérêt de Benjamin pour les nouveaux médias ne s'est pas borné au cinéma. Il a expérimenté le médium radiophonique, qui rencontre alors l'engouement du public, a conçu et réalisé près de quatre-vingt-dix émissions, dont plus de la moitié était destinée à la jeunesse.Le CD audio inséré dans l'ouvrage contient les deux seuls témoignages sonores connus à ce jour des émissions du philosophe, ainsi que des commentaires d'universitaires français et allemands sur la pièce radiophonique pour enfants " Radau um Kasperl " de Walter Benjamin.
Carl Schmitt et la controverse légalité/légitimité sous Weimar
1932. La République de Weimar paraît à bout de souffle. Le débat entre légalité et légitimité prend la tournure d'une alternative politique, notamment aux yeux de Carl Schmitt et de plusieurs de ses collègues comme Heckel ou Smend. Un jeune disciple de Schmitt, Otto Kirchheimer, refuse en revanche cette " pensée de crise " et met en garde contre le risque de dérive autoritaire de l'ordre politique.
Il est coutume d'affirmer que le romantisme accompagne l'éveil du sentiment national en réaction à l'hégémonisme napoléonien. Les Romantiques allemands abandonneraient les valeurs universalistes qu'ils continuaient à défendre au début sous des couleurs nationales pour devenir les idéologues du réformisme prussien ou de la restauration catholique metternichienne. En réalité les choses sont beaucoup plus complexes.La complexité s'accroît encore si l'on envisage le romantisme politique à l'échelle européenne. En France la génération romantique s'affirme vingt ans plus tard qu'en Allemagne. Autour de 1820, ses champions se recrutent parmi les partisans du trône et de l'autel ; mais après 1830, les romantiques français deviennent républicains voire démocrates.Bref, le " romantisme " se présente sous les aspects multiples du traditionalisme, du nationalisme, du " libéralisme ", du républicanisme, voire même du socialisme. Pourtant, il y a bien un " romantisme européen " - une référence politico-idéologique autour de laquelle se jouent des problématiques fondamentales de la modernité politique : identité nationale, modernisation, républicanisme vs. conservatisme. C'est vers cet enjeu de philosophie politique contemporaine que convergent les contributions rassemblées dans cet ouvrage.
Janvier 1896, une nouvelle revue naît à Munich. Elle s'appelle " Jugend, revue illustrée hebdomadaire munichoise pour l'art et la vie ". Jugend, c'est-à-dire " jeunesse ".Tandis que l'esprit fin de siècle étend sa sombre emprise sur la totalité des choses, le jugenstil ambitionne la vie dans son entier, sous le signe de la joie et de la nouveauté. Jugend s'intitulait d'ailleurs à l'origine Leben - " vie ". À cet idéal, son créateur Georg Hirth ne renoncera jamais, entraînant ses troupes dans sa folle entreprise.Mais l'ange ? Interrogé sur sa présence insolite dans l'anticléricale Jugend, l'ange de la jeunesse révèle tout ce que ce projet engage d'ambitions démesurées : rien de moins qu'un culte de l'art et de la jeunesse.
Le voyage et les danses exotiques, les revues de girls et les parades gymniques, la mode et les compétitions sportives, la photographie de presse et le culte des stars, les best-sellers et le cinéma - autant de phénomènes qui apparentent les feuilletons de Siegfried Kracauer à des mythographies de la modernité.Dans ces essais écrits sous la République de Weimar pour le Frankfurter Zeitung se croisent le regard du flâneur envoûté par l'activité de la rue et celui du critique de cinéma évaluant les images captées par ce nouveau médium.Pour le passeur entre sciences sociales, littérature et film que fut Kracauer, décrire les rituels esthétiques de la grande ville, déchiffrer la culture de masse naissante, c'est mettre en oeuvre sous forme de " miniatures " des analyses du mythe contemporain.