De toutes les sciences du social, la géographie est aujourd'hui l'une de celles qui a sans doute le plus et le mieux à dire pour comprendre le monde contemporain, dans ses enjeux les plus profonds comme dans ses ressorts les plus déterminants. Aidée par l'essor considérable des technologies de géolocalisation et la familiarité croissante des individus vis-à-vis de leurs espaces, elle a le vent en poupe. Pour autant, elle reste souvent confinée aux cénacles universitaires et, faute d'une bonne lisibilité, peine à gagner la reconnaissance qu'elle mérite. S'adressant aux géographes désireux de " valoriser " leurs connaissances, mais aussi à tous ceux qui souhaitent comprendre et avoir recours au regard et à l'expertise géographiques, ce livre en propose une lecture d'ensemble. Ce faisant, il pose les fondations d'une extension de la géographie académique vers le monde de l'action, d'une " technologie sociale " pourrait-on dire, pour " faire " de la géographie: l'intelligence spatiale. Dans un langage qui se veut accessible sans céder sur la rigueur scientifique, il est ainsi répondu simultanément à deux questions: comment fonctionne la science qu'on nomme " géographie "? Et comment " faire de la géographie ", au sens d'une mise en pratique du savoir scientifique? Le contenu de ce livre est le fruit d'une vingtaine d'années de recherches et de pratique de la géographie, dans le cadre académique (enseignement et recherche) comme dans celui de missions de conseil et d'étude pour des institutions publiques ou des entreprises privées. Étudiants, docteurs, entrepreneurs, chefs d'entreprises, chefs de projets, responsables d'études ou décideurs administratifs comme politiques, tous ceux qui pensent que la géographie peut (leur) être utile trouveront dans ce livre d'initiation à l'intelligence spatiale matière à enseigner, penser, ou entreprendre dans ces technologies d'avenir que sont les technologies sociales.
La politique de cohésion conduite par l'Union européenne, la plus importante de toutes en termes budgétaires, vise à réduire les inégalités entre régions. L'ouvrage traite par conséquent d'un premier point essentiel, celui de l'impact de cette politique sur le développement régional, sur lequel les travaux en langue française restent rares malgré l'importance des enjeux. La relation entre collectivités régionales et politique européenne de cohésion est l'autre question majeure abordée ici. C'est un thème d'une forte actualité pour la France en raison de la décentralisation de la gestion de l'essentiel des fonds structurels et d'investissement au profit des conseils régionaux depuis 2014. La question est étudiée à partir d'expériences françaises et étrangères. L'européanisation de l'aménagement s'exerce aussi par la diffusion de l'idéologie de l'Union européenne, finement analysée. Ce recueil réunit des contributions d'auteurs français et étrangers de plusieurs disciplines (droit, économie, sciences politiques, aménagement, géographie) s'exprimant rarement dans un même volume. Ce livre ne manquera donc pas d'intéresser aussi bien les chercheurs que les professionnels et élus qui s'interrogent sur l'impact territorial et institutionnel d'une politique de premier ordre.
La nécessité d'adapter la présence des services publics aux territoires n'est pas nouvelle mais le mouvement que l'on observe depuis bientôt deux décennies est d'ampleur inégalée. Il a transformé la carte hospitalière, judiciaire, postale, celle de l'armée, des forces de police, de la gendarmerie, des douanes, des centres des impôts, des trésoreries, des gares SNCF, etc. L'État est un acteur majeur de cette réorganisation mais il n'est pas le seul. L'Union européenne et les effets d'une économie de plus en plus mondialisée ont une part de responsabilité non négligeable dans cette (r)évolution. Un des aspects remarquables du processus à l'œuvre est son caractère centralisé et sectoriel. Le redéploiement spatial et la réorganisation des services publics se sont effectués sans vision d'ensemble, sans connaître les réalités (géographiques, sociales, économiques) propres aux territoires concernés. C'est ainsi que des territoires particulièrement fragiles ont vu disparaître des services publics qui jouaient un rôle essentiel pour l'économie locale. Leurs réorganisations ont fonctionné de manière sectorielle et cloisonnée provoquant dans plusieurs territoires des effets d'accumulation dans leur disparition. Le processus est avant tout guidé par des instruments d'inspiration managériale qui répondent au souci de rationaliser l'argent investi, en apportant une meilleure qualité de service, au meilleur coût. Si les objectifs poursuivis sont de bon sens et se justifient d'autant plus facilement en période de crise, il est difficile d'en mesurer les effets. L'objet de cet ouvrage est de contribuer à rendre compte des conséquences de la réorganisation des services publics dans les villes petites et moyennes et de révéler quelques aspects essentiellement qualitatifs qui demeurent souvent ignorés dans les analyses et les rapports officiels.
La montée en puissance de l'action publique territoriale en France depuis les années 1980 s'est inscrite dans un double mouvement de décentralisation et d'européanisation des politiques publiques. L'analyse des politiques publiques locales et de leurs caractéristiques a fait l'objet de différents travaux de recherche. En revanche, les formes et les outils de quantification utilisés au niveau territorial ont été peu étudiés jusqu'ici. Or, depuis les années 1990, élus et professionnels de l'action publique territoriale ont souvent été à l'origine de la création de dispositifs, tels les observatoires, destinés à produire des données répondant mieux, de leur point de vue, aux besoins de mise en visibilité du social sur leurs territoires que celles de la statistique d'Etat. Par ailleurs, depuis les années 2000, le besoin de données sociales pour une commune, un département ou une région s'est transformé en raison de la complexification des politiques territoriales et de leur articulation entre différents niveaux, local et régional, local et national, local et européen, régional et européen. Sur la base de cas précis, les contributions à cet ouvrage s'efforcent de dégager les particularités des questionnements et des procédures et outils de quantification mobilisés dans les politiques sociales territoriales. La troisième partie de l'ouvrage est consacrée plus particulièrement à l'étude de la participation de citoyens à la construction de la mesure. En soumettant la production des données chiffrées au débat public, ces démarches participatives peuvent- elles contribuer à renforcer le lien entre statistique et démocratie?
À l'heure de la mondialisation du tourisme, une réflexion géographique s'impose sur le rôle de ce phénomène capable de transformer partiellement ou totalement la donne pour les territoires qu'il investit. Face à l'inertie des rentes de situations, le tourisme peut apparaître, eu égard à l'histoire, comme un faiseur de centralité conférant de nouvelles qualités à des lieux qui en étaient plutôt dépourvus jusqu'alors. Aujourd'hui, le tourisme interpelle tous les territoires, les plus centraux comme les plus marginaux, qui voient en lui une panacée capable, par la venue des touristes, de renforcer leur rang ou de transformer une périphéricité en centralité, même temporaire. Pour comprendre cette dualité aujourd'hui inhérente aux périphéries, entre handicaps et spécificités, il est important de les contextualiser dans l'actualité touristique du Monde, entre anciennes et nouvelles destinations, diversification des pratiques et des produits, accès au tourisme des nouvelles puissances économiques, extension de l'écoumène touristique… Le présent ouvrage aborde l'ensemble de ces questions en proposant un nombre divers et varié de situations permettant de travailler la polysémie de la périphérie et la conceptualisation, via le tourisme, de la relation entre périphérie et centralité.
Dans le mouvement qui soulève la Bretagne dans la seconde moitié du xxe siècle pour transformer une province excentrée, maritime et agricole en une des régions françaises les plus dynamiques, l'enseignement supérieur et la recherche ont joué un rôle de premier plan, avec un dispositif régional diversifié et largement réparti sur le territoire. Cet ouvrage pluridisciplinaire se propose d'en analyser la construction, jusqu'ici peu étudiée, en dégageant ses caractères majeurs. Quels sont les facteurs et rythmes de la croissance particulièrement vive des effectifs de l'enseignement supérieur en Bretagne ? Quelles réponses ont été apportées, souvent dans l'urgence, pour accueillir ces flux d'étudiants et élargir la palette des formations ? Quelles ont été les impulsions nationales déterminantes pour la Bretagne, de la " décentralisation universitaire " lancée par Gaston Berger jusqu'au plan Université 2000 ? Quels ont été en région leurs relais académiques, tel le recteur Le Moal dans les années 1960?? Comment les élus locaux ou les acteurs économiques se sont-ils emparés de l'enjeu universitaire au profit des territoires, notamment avec des formations technologiques – des lycées et IUT aux écoles – et certaines formes de recherche de proximité ? Toutes ces initiatives, rarement en cohérence spontanée, ont façonné le dispositif universitaire réparti qui caractérise la Bretagne : après la disparition du quasi-monopole rennais, deux pôles majeurs – Rennes et Brest – ont construit des modes variés d'articulation avec une dizaine de villes moyennes où se sont disséminés antennes, départements d'IUT et structures ciblées de recherche. Simultanément, la recherche en Bretagne a pris un essor significatif, à partir de grandes thématiques liées à ses ressources naturelles – l'agronomie, les sciences de la mer – ou à des choix volontaristes comme la " vocation électronique ", prolongée vers les télécommunications et le numérique, qui ont donné sa coloration et sa visibilité internationale à la recherche bretonne, sans combler totalement ses retards initiaux. En définitive, l'émiettement structurel induit par le déploiement territorial de l'enseignement supérieur et de la recherche en Bretagne a suscité des formes variées, parfois précoces ou fragiles, de mises en réseau et de recomposition globale. Cette structuration régionale du supérieur reste cependant inachevée?: est-ce une faiblesse ou, en laissant les jeux ouverts, une chance dans un monde académique concurrentiel et soumis à des injonctions persistantes au regroupement ?
Portées par un contexte de préoccupation énergie-climat inscrit dans l'action publique territorialisée, les agro-énergies relèvent de l'élargissement des contours et des contenus de la multifonctionnalité agricole et rurale. L'autonomie agricole ou pour le territoire est envisagée à partir de circuits de proximité dans l'Ouest français: ceux relatifs au bois déchiqueté et les actions liées à l'huile végétale pure. L'Ouest est autant une référence pour la réussite et les dérives du productivisme que pour l'invention de modèles alternatifs, comme en atteste la présence du réseau agriculture durable. Cet espace marqué par l'élevage en contexte bocager est propre à porter les ambitions d'autonomie en alimentation animale (tourteaux alimentaires) et en énergie, avec un potentiel en biomasse aux mains des agriculteurs. Les dynamiques d'agriculture de groupe (GAEC, CUMA), très présentes, mettent en évidence des coopérations localisées. Les proximités sont valorisées, en lien avec les collectivités territoriales, au sein de coopératives multipartenariales. L'utilité sociale des projets vise la satisfaction d'ambitions socio-territoriales plus larges que le profit immédiat. Aussi, les projets agro-énergétiques sont-ils multidimensionnels, à la fois production de biens marchands et de services non transférables à d'autres territoires, tels que le stockage du carbone, l'entretien de la haie, le paysage. Grâce à leur profil multi-actoriel, les acteurs territorialisés ont une certaine capacité à interconnecter les réseaux institutionels, professionnels et les réseaux socio-territoriaux. Les ressources territoriales, la singularisation des territoires par les projets, l'évolution des identités professionnelles agricoles, les innovations techniques et sociales, constituent des questionnements centraux.
Les territoires connaissent un foisonnement d'initiatives et de projets variés qui mettent en évidence l'importance des proximités et une autre approche des ressources. La proximité géographique ne suffit pas pour définir sa dimension territoriale. C'est dans les maillages, les collaborations formelles et informelles, dans la vivacité des pratiques démocratiques locales et dans le sens que les acteurs donnent collectivement au devenir du territoire, qu'émergent les proximités organisées et territorialisées. Ces construits sociaux tentent de valoriser les atouts et potentialités d'un territoire dans leurs dimensions marchandes et non marchandes pour envisager une spécification des ressources. Plus les individus et les groupes se mobilisent selon des formes en perpétuel renouvellement et en s'appuyant souvent sur des rhizomes relationnels complexes, plus ces socio-systèmes activent leur créativité, leur imagination, les rencontres et débats d'idées et font émerger des ressources inattendues et inédites. C'est en activant ces potentialités innovantes et créatives que ces maillages de proximités tendent à révéler des ressources spécifiques à un territoire. De par la diversité des exemples et des réflexions, cet ouvrage montre que les proximités et les ressources territoriales peuvent être au cœur de territoires créatifs.
Les initiatives associant artistes et professionnels de l'urbanisme se multiplient et reçoivent un écho très favorable. Cet ouvrage étudie ce phénomène qui, pour être fortement valorisé, reste mal connu. Il explore cinq expérimentations intégrant artistes, professionnels de l'urbanisme et usagers dans une démarche de réflexion sur l'espace urbain et examine ces nouvelles formes de collaborations, leurs objectifs, les activités et les méthodes déployées, leurs effets. À partir d'observations, d'entretiens et d'outils puisés dans le champ de l'urbanisme et de la sociologie (sociologie des organisations et de l'action et sociologie de l'art pour l'essentiel), l'ouvrage questionne autant l'approche de l'espace urbain par les artistes que les relations sociales à l'œuvre dans la rencontre entre mondes de l'art et de l'urbain. L'ouvrage révèle l'importance accordée par les artistes au terrain et à la subjectivité dans l'appréhension de l'espace, il éclaire leur rôle perturbateur qui décadre le professionnel de l'urbanisme de ses pratiques habituelles et qui positionne les usagers dans un rôle actif. Ces expérimentations redéfinissent un cadre d'intervention et proposent de nouvelles formes de relations entre ces acteurs mais elles soulignent aussi une tension entre les attendus artistiques et les finalités opérationnelles des urbanistes. Enfin, les auteurs montrent à travers la notion " d'entrepreneurs de méthodes " comment, dans un contexte de montée en puissance de l'approche sensible, d'un recentrage sur l'individu et d'un questionnement sur les outils urbanistiques se tisse un réseau composé de professionnels de l'art et de l'urbanisme favorables à la promotion de ces recompositions dans les pratiques de l'urbanisme.
Le nautisme, par son emprise économique, sociale et spatiale, par ses combinaisons mêlant continuités et discontinuités, ancrage et mobilité, matériel et immatériel, rassemble toutes les conditions pour composer un objet d'étude géographique particulièrement riche permettant de questionner les concepts de spatialité et de territorialité. L'approche géographique conduit à décrire et à analyser la dimension spatiale du nautisme dans toutes ses composantes (notamment la " mise en nautisme " des lieux) et à identifier la structuration et les dynamiques des spatialités nautiques: pôles, réseaux, diffusion, requalification des espaces… Il s'agit donc d'interroger le sujet " nautisme ", d'en explorer toutes les manifestations socio-spatiales afin d'évaluer le degré d'organisation de ses composantes. Le nautisme ne peut en effet se résumer à un ensemble confus de pratiques, d'acteurs, d'équipements, d'institutions, de filières industrielles et commerciales. Il constitue un système complexe et organisé, au même titre que le tourisme ou le sport.
Le commerce de détail est sans cesse en évolution: il tente de suivre les changements de la consommation ou précède la demande, en proposant de nouveaux concepts commerciaux. Des acteurs endogènes comme le consommateur ou le commerçant transforment ce secteur d'activité en prenant en compte ou en subissant des facteurs exogènes tels que l'évolution de la ville, l'augmentation des mobilités ou la pression des avancées technologiques, notamment dans les domaines d'Internet et de la téléphonie mobile. L'objectif principal de cet ouvrage consiste à mesurer l'importance de ces changements sur l'appareil commercial, en mettant l'accent sur les facteurs susceptibles d'avoir des implications dans les mutations contemporaines des espaces marchands. Pour ce faire, ces transformations ont été déclinées en quatre grands champs d'investigation. Il s'agit ainsi de l'impact des nouvelles technologies sur les espaces commerciaux comme le phénomène drive et le e-commerce d'une façon plus générale, ou du déploiement récent des circuits-courts. Les nouveaux lieux du commerce sont aussi envisagés aux différentes échelles géographiques: aux échelles nationales et régionales, notamment la diffusion spatiale des grandes enseignes ; aux échelles de l'agglomération avec la problématique de la régulation du commerce par le biais des documents de planification ; ou à l'échelle d'un quartier avec l'apparition de nouveaux concepts commerciaux comme les néocavistes ou de nouvelles ambiances commerciales y compris sonores. Enfin, l'ouvrage s'achève par l'analyse des espaces marchands au prisme de la mondialisation, celle-ci n'étant résolument pas, pour ce secteur, une globalisation générant l'uniformité. S'appuyant sur une vingtaine d'études réparties sur plusieurs continents (Europe, Afrique, Asie), cet ouvrage propose ainsi une réflexion sur le devenir de l'espace marchand en ce début de XXIe siècle.
" Être du coin ", " venir d'ici ", " être du cru ", " être un enfant du pays ", autant d'expressions qui traduisent le poids de l'appartenance locale pour les individus et les collectifs. La valorisation du " local " est aujourd'hui un argument qui tend à devenir de plus en plus récurrent et prégnant dans les discours, qu'ils soient politiques, commerciaux ou ordinaires. Face à la production de ces discours, de jeunes chercheurs en sciences sociales ont souhaité proposer un éclairage scientifique à partir d'enquêtes empiriques variées: du rural à l'urbain, des militants pour la décroissance aux bûcherons en passant par les agriculteurs biologiques ou encore les danseurs de hip-hop. La multiplicité des terrains sur lesquels reposent les sept analyses proposées témoigne d'ailleurs de la diversité des lieux et des contextes où l'usage de la catégorie " local " est susceptible d'être mobilisé. Unis par une volonté commune de comprendre les ressorts de ce recours au local, l'ensemble des contributeurs de cet ouvrage cherche à interroger le concept de capital d'autochtonie – défini comme " l'ensemble des ressources que procure l'appartenance à des réseaux de relations localisées " – afin de saisir le sens que peuvent revêtir aujourd'hui les arguments de celles et ceux qui font de leur ancrage local une ressource sociale à valoriser. Ils invitent en ce sens à repenser la construction et la transformation des rapports sociaux dans le temps à partir des réseaux sociaux locaux. Cet ouvrage, à travers le regard interdisciplinaire qu'il porte – alliant sociologie, sciences politiques et géographie sociale –, se veut un prolongement aux études et réflexions menées sur l'usage aujourd'hui renouvelé du concept de capital d'autochtonie et plus largement, une contribution à la compréhension des logiques sociales attenantes aux discours et postures de valorisation du local.