La renaissance de la géopolitique dans l'action et la pensée politiques en France et en Allemagne
Les textes réunis dans le numéro 251 d'Allemagne d'Aujourd'hui sont issus d'un Programme-Formation-Recherche (PFR), mené entre 2022 et 2024, et porté par le Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'Allemagne (CIERA) ainsi que les unités de recherche des universités concernées (Passau, Lorraine et CY Cergy). À l'heure d'un retour marqué de la " géopolitique " dans les débats, et au moment où ce terme à la mode est utilisé à de multiples fins par les médias ou les acteurs politiques, le dossier cerne d'abord la place que la géopolitique, objet de méfiance, voire de tabou, occupe désormais en France et en Allemagne dans le champ intellectuel et politique. Il propose également de mener une analyse du champ de tension entre l'idéal de l'Union européenne (puissance normative) et les nouvelles réalités géostratégiques et géoéconomiques, en Europe et dans d'autres régions du monde (l'Afrique, la Chine, les États-Unis ou encore l'Inde). Le dossier identifie des cas d'études ciblés révélateurs de la renaissance de la géopolitique dans l'analyse stratégique. Le dossier permet enfin de s'intéresser aux perspectives du positionnement de la France, de l'Allemagne et de l'Union européenne sur la scène internationale.
L'auteur revisite Trieste, où il a vécu durant toute son enfance, ville qui pendant des siècles fut habsbourgeoise, avant de devenir italienne à la fin de la Grande Guerre. Trait d'union entre la Mitteleuropa et la Méditerranée, Trieste a connu une histoire tragique, mais depuis la chute du Rideau de fer elle s'ouvre à ses voisins et peut prétendre rejouer un rôle en tant que port central en Europe. L'auteur s'attarde sur la littérature triestine, sur le culte que les Triestins vouent à la mer et au café, mais aussi sur le rôle géopolitique de Trieste dans la nouvelle configuration européenne.
L'année 2015 a marqué une césure en Europe. Les guerres en Syrie et en Irak ont entraîné une forte augmentation de l'immigration vers certains États européens – durant une courte période, l'Allemagne, à elle seule, a accueilli plus d'un million de demandeurs d'asile. Au-delà de l'accueil humanitaire immédiat, ces mouvements migratoires ont provoqué des débats virulents dans tous les États membres de l'Union européenne (UE), tout en contribuant à l'essor des populismes et à la montée des extrêmes. En même temps, ils ont entraîné des élans de solidarité inédits; dans de nombreux pays, la société civile s'est investie auprès des réfugiés pour leur garantir les moyens de vivre dignement, mais aussi d'accéder à l'éducation et à l'emploi.Le constat s'impose: plus que jamais, l'Europe doit apprendre à vivre avec l'immigration, qu'elle concerne des réfugiés fuyant des conflits, au Proche-Orient ou en Afrique, aujourd'hui dans le cadre de la guerre en Ukraine, ou des migrants cherchant à échapper à la misère ou à la famine. Face à un phénomène durable, l'Union doit (re)trouver un esprit de cohésion et élaborer une politique migratoire commune. Le défi est historique. Dans un tel contexte, cet ouvrage analyse la politique d'immigration et d'intégration de la France et de l'Allemagne, dans la mesure où ces deux pays sont au cœur de la construction européenne. Il étudie également les réactions à la crise migratoire dans d'autres États de l'UE et, pour finir, la coopération franco-allemande et européenne sur les enjeux migratoires.
Cet essai met en lumière, la capacité du tandem franco-allemand à forger du consensus au bénéfice de la construction européenne, comme en témoigne le plan de relance européen mis en place en 2020, lors de la crise sanitaire et économique due à la pandémie du coronavirus.L'ouvrage démontre aussi que si des divergences aux plans politique et économique demeurent entre les deux partenaires, le " couple " franco-allemand reste le pilier de l'Union européenne: sans lien franco-allemand solide, l'Union s'effondrera.
Dans un monde en mutation, l'Allemagne est plus que jamais considérée comme un facteur de stabilité face aux crises de plus en plus nombreuses et fréquentes. La longévité de son personnel politique, la puissance de son modèle économique et l'attractivité de son code de valeurs et de principes n'y sont certainement pas étrangères. Mais si elle incarne la stabilité, peut-elle aussi servir de rempart contre le phénomène de déconstruction de l'ordre multipolaire mis en place à partir de 1945? La menace terroriste islamiste, la guerre au Moyen-Orient, l'expansionnisme russe, le caractère imprévisible de l'administration Trump, la montée des populismes, la remise en cause de l'ouverture des marchés et l'incertitude qui plane sur le devenir de l'Union européenne constituent les divers éléments d'une polycrise qui sape les fondements de la politique étrangère allemande. Aucun de ces défis ne peut être relevé seul, ni indépendamment des autres. Sans compter les dangers qui nous guettent à plus long terme. La crise devient la norme, l'imprévu se mue en défi inévitable, le retour de la guerre et l'irruption de la violence dans nos sociétés se banalisent au point d'apparaître comme un mal de tous les jours. Face à ces défis, quelles sont les réponses que le gouvernement Merkel apporte et sont-elles à la hauteur des attentes que suscite l'Allemagne?
Si, depuis 1949, l'Allemagne a réussi sa " transformation " démocratique, son retour sur le devant de la scène mondiale s'avère plus hésitant. Unifié, le pays est accusé tour à tour d'être hégémonique ou bien de pratiquer une forme de retenue, en particulier dans l'exercice des responsabilités incombant à une grande puissance. Des spécialistes reconnus de son histoire, de son économie, de sa culture, mais aussi de ses choix politiques interrogent ici l'évolution singulière de la politique étrangère de l'Allemagne, entre rayonnement et retenue.
L'Allemagne est entrée dans un processus de transformation profonde. Confrontée aux mutations démographiques d'une société vieillissante, elle doit assurer la survie de son système de retraite et une intégration accélérée d'immigrants attirés par le succès de son modèle économique. Elle doit aussi maintenir les équilibres internes d'une société atomisée, face aux revendications légitimes de ses composantes, qu'il s'agisse des femmes aspirant aux responsabilités, des personnes âgées toujours plus nombreuses, des homosexuels en quête de reconnaissance ou des minorités religieuses, tiraillées entre l'assimilation et la rupture.L'Allemagne du XXIe siècle, toujours confrontée à son passé omniprésent, se débat pour juguler la désertification de ses campagnes et réformer une structure fédérale dépassée. Grande puissance industrielle, elle doit relever le double défi du numérique et d'une politique d'enseignement tendant vers l'excellence – sans négliger la précarité croissante de ses populations défavorisées, enfermées dans les structures dites de " Hartz-IV ". Enfin, puissance " civile " par excellence, elle doit accepter le rôle international qui lui incombe, y compris sur le plan militaire.
S'il est malsain pour une société donnée de ressasser continuellement le passé, il peut être tout aussi nuisible pour elle d'avoir une mauvaise mémoire. Les peuples comme les hommes ne peuvent pas vivre sans être un tant soit peu en paix avec leur mémoire.Ils ne peuvent pas vivre dans le refoulement. Aussi longtemps qu'un travail sur le passé n'est effectué, le présent peut être gangrené par des retours néfastes. La gestion mémorielle d'événements historiques, de tragédies, de drames reste donc un questionnement très complexe.Une solution se trouve dans la quête d'une " juste mémoire ", formulation empruntée à Paul Ricœur dans La mémoire, l'histoire, l'oubli – ce fragile équilibre entre l'évaluation historique selon la pluralité des mémoires et la nécessité d'une distanciation critique – car, à condition d'écarter des malentendus propices aux polémiques, les abus d'oubli paraissent, en effet, aussi toxiques que les abus de mémoire. De la Rome antique à nos jours : sur la base de la longue durée, les textes présentés par une équipe internationale de chercheurs tentent ainsi de faire avancer le débat.
Bilan et perspectives dans l'enseignement et la recherche / Bilanz und Perspektiven in Lehre und Forschung
Produit d'un débat entre germanistes français, spécialistes de " civilisation allemande ", et romanistes allemands, spécialistes de " Landeskunde " ou " Landeswissenschaft ", cet ouvrage fait le point sur les évolutions de ces disciplines dans les mondes universitaires français et allemand. Une première rencontre en 1988 à Versailles a été suivie d'une autre à Berlin, en 2010. Riche d'une longue tradition dans l'enseignement et la recherche, la " civilisation allemande " est bien établie en France, ses thèmes de recherche sont en pleine évolution. La " Landeskunde " était plutôt perçue en Allemagne comme un domaine auxiliaire de la " Romanistik ". Le terme avec ceux de " Landeswissenschaft " et " Frankreichstudien " (étudesfrançaises) ont aujourd'hui presque disparu du profil des postes à pourvoir, ils ont été remplacés par celui de " Kulturwissenschaft ", " sciences culturelles ", lié à celui de " science littéraire ".Cette combinaison s'est révélée trompeuse : dans la pratique, la " civilisation française " se réfère à un modèle d'enseignement traditionnel de littérature française mâtiné de sciences culturelles là où il devrait s'agir, pour reprendre Helene Harth, d'instaurer " une coopération interdisciplinaire avec d'autres philologies et d'autres disciplines comme l'histoire, la sociologie, l'histoire de l'art et l'histoire médiatique (pour transmettre aux étudiants) un savoir sur les cultures des différents pays européens, qui leur permette de comprendre les différents processus historiques des échanges culturels actuels. " Ces enjeux sont au centre de ce livre sur fond de transformation des sociétés française et allemande.