Sur les différentes scènes de la vie politique, comment s'adresse-t-on à ses soutiens, à ses adversaires, aux personnes qui partagent ou ne partagent pas les mêmes idées, au corps électoral ou à la population dans son ensemble? Par le choix d'une certaine adresse politique, les destinataires du propos sont l'objet d'une identification et donc d'une sélection, mais aussi d'une caractérisation, voire parfois d'une stigmatisation, mais plus souvent d'une valorisation, ce qui engage un certain type de relation avec les allocutaires. Si l'on s'adresse à une seule personne préalablement bien identifiée, notamment dans un débat, donc en interlocution, cette fonction de caractérisation de l'adresse est essentielle: usage ou non-usage du nom, du prénom, d'un surnom, du titre, du grade, de la fonction (Monsieur le Président), du statut relationnel (Monsieur le Premier Ministre), des pronoms tu ou vous, des formes de civilité (Madame) associées ou non au patronyme. Ce dossier met l'accent sur la raréfaction des adresses porteuses d'asymétrie en Occident depuis le xixe siècle; sur leur variation dans l'espace national et international, mais aussi dans le paysage idéologique et partisan. En résumé, il s'agit de savoir comment on s'y prend en politique pour caractériser le ou les destinataires de son propos, contribuant par là même à la construction ou à l'entretien d'une certaine représentation de la conflictualité sociale que la politique met en scène, avec ses clivages, ses groupes.
Ce dossier s'intéresse à tous les chants dotés d'une certaine charge symbolique, pourvus d'un potentiel émotionnel et intégrés à certaines pratiques rituelles, qui célèbrent, objectivent et confortent l'existence d'un collectif humain. Les hymnes nationaux occupent une place de choix mais non exclusive dans les articles présentés, qui traitent des conditions de naissance et d'existence de ces chants, de leurs caractéristiques langagières et musicales, et des multiples usages sociaux qui en sont faits. Différents pays, différents groupes sociaux et différentes époques sont convoqués, permettant d'amorcer une perspective comparative: hymnes amazoniens célébrant la nature et transcendant les frontières, hymne néocalédonien conçu pour exprimer et tenter de maîtriser une diversité de langues et de cultures, hymne féministe réapproprié par les nouvelles générations, hymnes régimentaires composés dans les conditions particulières de la Grande Guerre. Quant à l'hymne national français, il est abordé sous l'angle du rôle de la mélodie dans son succès.
Les noms des organisations politiques sont des noms propres dotés de caractéristiques particulières: ils dénomment des groupes, sont choisis par ceux-là même qu'ils vont dénommer collectivement et sont formés de mots appartenant au lexique courant et porteurs de sens. Le baptême d'un parti est un acte de langage qui le fait exister en tant que tel, et le nom remplit dès lors plusieurs fonctions, vis-à-vis des adhérents et vis-à-vis du corps électoral. Il participe du positionnement parmi l'ensemble des acteurs collectifs de même statut, le situant vis-à-vis des autres, coprésents dans le même espace politique, ou ailleurs mais avec une même couleur politique, ou encore dans une histoire, parfois une filiation. Le nom du parti appartient à un univers peuplé d'autres noms auxquels il fait parfois explicitement écho. Il ne surgit pas ex nihilo, ni sur le plan du lexique employé, ni sur celui de la structure syntaxique. Les huit articles de ce dossier sont marqués par une grande diversité de situations (noms de partis fictifs, présents, passés), de pays (appartenant aux quatre principaux continents), de contextes politiques et d'orientations idéologiques. Selon les cas, les articles proposent des comparaisons entre noms de partis, la description d'évolutions d'un même parti et de son nom, ou l'émergence d'un nom… Les contributeurs appartiennent à différentes disciplines (principalement histoire, sciences du langage et science politique) qui, ensemble, contribuent à éclairer cet objet particulier, multifacette.
Ce numéro spécial est entièrement consacré aux discours présidentiels et de présidentielles. Il s'agit de proposer une recension de recherches prenant pour objets les discours de titulaires de la fonction présidentielle ou ceux de personnes de tout statut intervenant dans la compétition présidentielle, que ce soit pour y participer ou pour en rendre compte. Une série d'articles courts, signés de spécialistes reconnus, traitera de la France, mais aussi d'autres pays dont le premier personnage de l'État est élu au suffrage universel, comme l'Argentine, les États-Unis, la Pologne ou le Portugal. Ces synthèses seront utiles aux spécialistes, mais aussi à quiconque voudra prendre quelque distance vis-à-vis de l'actualité immédiate.
Ce dossier traite d'un objet rarement évoqué dans la littérature scientifique francophone : le discours politique portugais. Les articles qui y sont rassemblés, émanant principalement de chercheurs portugais, nous emmènent dans l'histoire récente du Portugal, à partir de corpus variés : vœux présidentiels, discours d'investiture, affiches électorales, émissions politiques.
Pour son centième numéro, la revue Mots. Les langages du politique publie un dossier portant sur l'usage des chiffres et des nombres dans l'argumentation politique. Chiffres et nombres ont le vent en poupe dans une société où l'affaiblissement des notions de normes et de valeurs tend à ouvrir largement le champ à celles d'évaluation et de quantification. Si les quantités chiffrées ont de tout temps été au fondement du commerce, des échanges économiques et de la finance, elles sont également devenues incontournables dans le domaine politique, qui affiche à l'envi statistiques, pourcentages, classements, palmarès… Il est plus spécialement question ici de la dimension linguistique et argumentative des chiffres et des nombres dans le discours politique. Si chiffres et nombres sont des concepts de base des mathématiques, les mots qui les expriment appartiennent aussi au lexique courant et, en tant quel tels, possèdent des valeurs à la fois dénotatives et connotatives. En somme, c'est toute la question de l'expression de la quantification dans le discours politique qui est au cœur de ce dossier – quantification avec des mots, quantification avec des chiffres.
Il y a trente ans paraissait le premier numéro, daté d'octobre 1980, d'une revue dotée d'un titre se présentant sous la forme d'un acronyme, dont le développement déclinait son champ d'investigation : Mots, Ordinateurs, Textes, Sociétés. Officiellement démotivé en 1989, le nom de la publication cessa sa vie de sigle, mais se vit adjoindre un sous-titre, considéré aujourd'hui comme partie intégrante de l'identité de la revue : Les langages du politique. À l'occasion de ce trentième anniversaire, la livraison de l'automne 2010 sera un numéro spécial, consacré à un bilan de trente ans d'étude des langages du politique – non seulement dans la revue éponyme de cet objet, même si elle a, logiquement, fortement contribué à son traitement, mais dans différents ouvrages et revues, venant de chercheurs français et étrangers appartenant à diverses disciplines et institutions et se référant à diverses problématiques et méthodologies. Sans aucunement prétendre à l'exhaustivité – l'objet étant d'autant plus vaste que les deux notions de langage et de politique sont particulièrement extensives –, ce numéro spécial pourra être considéré comme un ouvrage de référence tant du côté des sciences du politique que de celui des sciences du langage ou de la communication. Trentenaire oblige : une trentaine d'auteurs ont été sollicités pour contribuer à ce travail de synthèse.
Trente ans d'étude des langages du politique (1980-2010)
Il y a trente ans paraissait le premier numéro, daté d'octobre 1980, d’une revue dotée d’un titre se présentant sous la forme d’un acronyme, dont le développement déclinait son champ d’investigation: Mots, Ordinateurs, Textes, Sociétés. Officiellement démotivé en 1989, le nom de la publication cessa sa vie de sigle, mais se vit adjoindre un sous-titre, considéré aujourd’hui comme partie intégrante de l’identité de la revue: Les langages du politique. À l’occasion de ce trentième anniversaire, la livraison de l’automne 2010 sera un numéro spécial, consacré à un bilan de trente ans d’étude des langages du politique – non seulement dans la revue éponyme de cet objet, même si elle a, logiquement, fortement contribué à son traitement, mais dans différents ouvrages et revues, venant de chercheurs français et étrangers appartenant à diverses disciplines et institutions et se référant à diverses problématiques et méthodologies. Sans aucunement prétendre à l’exhaustivité – l’objet étant d’autant plus vaste que les deux notions de langage et de politique sont particulièrement extensives –, ce numéro spécial pourra être considéré comme un ouvrage de référence tant du côté des sciences du politique que de celui des sciences du langage ou de la communication. Trentenaire oblige: une trentaine d’auteurs ont été sollicités pour contribuer à ce travail de synthèse.