Depuis plus d'un demi-siècle, le rapport de notre société aux objets du passé a évolué. La notion de patrimoine s'est élargie, s'ouvrant à de nouveaux programmes, de nouvelles formes, de nouvelles temporalités. Passant de l'exceptionnel et de l'unique à l'ordinaire et à la quantité, la construction du fonds destiné à la jouissance d'une communauté élargie nécessite d'être examinée à l'aune de nouveaux critères. L'architecture en série implique la présence de caractéristiques communes, mais aussi de possibles variations, adaptations et évolutions dans les temps courts ou longs. Pouvant être interprétée comme une suite conçue comme telle dès son origine ou comme un ensemble rassemblé a posteriori, par son unité territoriale, programmatique, technique ou formelle, la série impose à l'historien d'interroger sa genèse, son existence, sa reconnaissance, sa sauvegarde, sa conservation et sa protection. Les contributions de cette livraison des Cahiers thématiques sont l'œuvre de vingt-six auteurs, architectes, chercheurs en sciences humaines confirmés ou doctorants, issus du monde académique ou directement impliqués dans les processus de patrimonialisation officielle, institutionnelle ou spontanée. Elles explorent la grande diversité de la série, du petit nombre à la très grande échelle, du développement local aux multiplications (extra) territoriales, des réalisations dans une courte durée à des productions sur des décennies. Ces contributions nous permettent surtout de comprendre les ressorts de l'existence de la série, dans toutes ces variations entre l'absence de considération et l'irrémédiable processus de patrimonialisation.
Technologie et bâtiment: un patrimoine silencieuxEn questionnant la place de la technologie dans l'architecture du XXe siècle, cette dix-neuvième livraison des Cahiers thématiques propose un voyage au cœur d'un art qui révèle des secrets de fabrique et de mise en œuvre bien cachés. Portion congrue d'une architecture célébrée avant tout pour sa forme ou ses prouesses structurales, la technologie ne remonte bien souvent à la surface de l'œuvre qu'au moment de sa restauration, quand il s'avère nécessaire de fouiller derrière l'épiderme pour sonder toutes les curiosités de l'ouvrage. Des traces surgissent alors au grand jour et livrent des bribes d'histoires matérielles de l'architecture qui stimulent l'écoute bienveillante et attentive d'un patrimoine silencieux