<p><strong>Fabrice Flahutez</strong> est professeur d'histoire de l’art contemporain, spécialiste du surréalisme et des avant-gardes au XX<sup>e</sup> siècle. Directeur adjoint du laboratoire Études du contemporain en Littératures, lettres et arts (ECLLA).</p>
Nous avons choisi de centrer notre premier volume sur les archives périssables du militantisme artistique que nous avons intitulé L'inarchivable en résistance. Il s'agit de réfléchir à la façon dont l'archive interagit avec des contextes en tension, en période de troubles politiques, en temps de guerre ou de censure, mais aussi lorsque le média ne permet qu'un processus d'archive à la marge. Qu'est-ce qui fait archive dans ces conditions et, son corollaire, qu'est-ce qui fait œuvre ?Maël Forlini questionne l'archive au regard de la mort et plus particulièrement dans le contexte de la pandémie de VIH ou dans l'univers carcéral. Que peut l'archive dans ces situations extrêmes et que peut-elle faire de sources vocales et sonores qui sont par essence fragiles et évanescentes ? Raphaël Forment apporte une contribution sur le hacking et le live coding au prisme de l'archive et analyse comment l'archive se renouvelle en contact avec les nouveaux médias et la dématérialisation de certains aspects de la création. Alexandre Michaan propose d'expliquer la fabrication d'une archive a posteriori pour documenter les états d'une œuvre en devenir de par l'obsolescence de ses matériaux de constitution. Roberta Trapani aborde ainsi la mise en œuvre d'art et en patrimoine d'environnements singuliers et leur classement en archives dans des contextes de politiques territoriales parfois contradictoires. Enfin, Maurane Charles fait de l'archive ou de l'inarchivable une question de terrain en étudiant un festival de littérature indépendante, entre marge et tentation d'institutionnalisation.Ces cinq contributions interrogent la transformation des processus de création en " objets patrimoniaux " et réfléchissent à la question de ce qu'il convient et de ce qu'il est possible de conserver sans altérer l'œuvre. Demeure-t-il un chemin alternatif entre une dimension institutionnelle revendiquée et les pièges de l'hyperpatrimonialisation actuelle ?
Entre 1957 et la fin de sa vie, l'artiste situationniste et membre du groupe Spur HP Zimmer détourne des centaines de cartes postales. Mêlant l'art d'avant-garde au kitsch le plus grotesque, ces oeuvres convoquent la pensée de Nietzsche pour critiquer la société du spectacle, sans renoncer à une vision hédoniste de la politique et de la vie. Savants et enjoués, les détournements de Zimmer cherchent à affirmer de nouvelles valeurs, transformant le kitsch en une arme redoutable contre le bon gout bourgeois.
Les cartes postales détournées, conservées dans les archives del'artiste, sont publiées pour la première fois dans leur intégralité, et complétées par un essai inédit. Von 1957 bis zu seinem Lebensende "détournierte" der situationistische Ku¨nstler HP Zimmer, der Mitglied der Gruppe Spur war, hunderte von Postkarten. In einer Mischung aus avantgardistischer
Kunst und besonders groteskem Kitsch knu¨pfen diese Werke an das Denken Nietzsches an, um die Gesellschaft des Spektakels zu kritisieren, ohne dabei von einer hedonistischen Vision von Politik und Leben abzulassen. Gekonnt und spielerisch wollen Zimmers Détournements neue Werte affirmieren und den Kitsch in eine Waffe gegen den gutbu¨rgerlichen Geschmack umwandeln. Die in dem Archiv des Ku¨nstlers bewahrten "détournierten" Postkarten erscheinen zum ersten Mal in ihrer Gesamtheit und werden durch einen unveröffentlichten Essay ergänzt.
Tubulures de l'industrie chimique et grands pylônes électriques, pales de turbines et torchères pétrolières…La grande industrie moderne respire une beauté particulière, inquiétante et fascinante. Peu de peintres pourtant s'en sont saisis. Aucun, en tous cas, autant que Reynold Arnould (1919-1980), qui a transfiguré cette industrie dans des toiles d'apparence abstraite à l'occasion d'une grande exposition au musée des Arts décoratifs en 1959.Artiste typique de la génération d'après-guerre, Reynold Arnould a dirigé les musées du Havre de 1952 à 1965 et inauguré en 1961 dans cette ville le premier musée de conception moderne en France. André Malraux l'appela en 1965 à la direction des Galeries nationales du Grand-Palais. Mais cette brillante carrière de conservateur ne doit pas occulter son oeuvre picturale, inlassablement poursuivie pendant cinquante ans, dont les toiles industrielles sont une composante majeure.La première partie de cet ouvrage décline le thème de l'industrie chez Reynold Arnould, depuis ses portraits d'automobiles de 1955 jusqu'à ses oeuvres murales des années 1960-1970. La seconde partie éclaire cette peinture par le récit de la jeunesse de cet artiste, de sa rencontre avec le peintre et écrivain mondain Jacques-Émile Blanche en 1934 à sa nomination au Havre en 1952. À travers ce cas singulier: jeune prodige, premier Prix de Rome à vingt ans, professeur de beauxarts dans une université du Texas de 1949 à 1952, c'est aussi un pan d'histoire sociale de la peinture du XXe siècle qui est ainsi mis à jour.
Revenir aujourd'hui sur la matérialité des œuvres relevant de l'art brut au sens très large, permet d'en approfondir la connaissance dans une perspective nouvelle, d'interroger les regards qui se sont diversement portés sur les œuvres désignées par ce terme et de les approcher dans leur historicité. L'art brut est aussi une affaire de collection dont la matérialité est une tradition discursive, un langage articulé sur le format, le lieu, l'origine, la quantité, la qualité, les rapports de pouvoir etc. Comme pour toute collection, il s'instaure nécessairement une dialectique entre le collectionneur et sa collection au point qu'on puisse parler de métahistoire. Le présent ouvrage assume également son ambition pluridisciplinaire en donnant la parole à l'histoire de l'art, aux anthropologues, aux conservateurs, mais aussi aux artistes.
À partir des notions de " mythologie individuelle " et de " mythe individuel ", il s'agit d'interroger les caractéristiques prêtées à l'art brut, renouvelées par leur extension ou déplacement dans le champ de la création moderne et contemporaine, ainsi que leur rapport à l'histoire.
Ce qu'on nomme " l'art brut ", en incluant ses extensions dans l'Outsider Art, mérite une considération nouvelle. On doit se garder de réifier ou d'essentialiser cette notion : l'art brut, en vérité, est une question. Le point de départ de la recherche se trouve dans l'intitulé " Mythologie individuelle ", désignation par Harald Szeemann d'une section de la Dokumenta 5 de Kassel en 1972, réunissant des œuvres d'artistes contemporains dont Étienne-Martin ; dans leur immédiate proximité étaient exposées des œuvres principalement issues du contexte asilaire. C'est ce sens initial qui s'est vu enrichi, déployé et déplacé d'une manière qui rencontre les champs de l'histoire et de la critique de l'art, de la psychanalyse, de l'anthropologie et de la philosophie.
L'objectif général de la démarche est de questionner les déterminations profondes des œuvres : l'histoire, la fable et l'intrigue, selon une orientation susceptible de dialectiser les rapports entre l'individuel et le collectif, entre la structure et l'activité dynamique, entre l'écrit/dessin et l'oral. C'est non seulement la catégorie d'art brut mais le concept d'art, inclus le statut des processus créatifs, qui sont mis à l'épreuve.
" Arts drogués " s'attache à parcourir les liens étroits que peuvent entretenir les productions artistiques avec l'usage des psychotropes, entendu ici dans son acception la plus large.
Des Paradis artificiels de Charles Baudelaire aux artistes les plus récents, l'art et la création sont donc pensés sous l'angle de leur relation à des agents extérieurs et " modificateur de conscience ".
Cet ouvrage convoque des chercheurs d'horizons disciplinaires très variés (histoire de l'art, musicologie, anthropologie, sociologie, arts plastiques, etc.) et s'inscrit dans un partenariat avec l'exposition " Sous influences, artistes et psychotropes " dont le commissariat a été assuré par Antoine Perpère à la Maison Rouge (Paris) en 2013.
Cet ouvrage propose de montrer les liens de parenté qui unissent le mythe et l'art non dans un rapport d'illustration, mais dans celui d'une action conjointe sur la vie. L'ambition est aussi d'éprouver des méthodologies innovantes et peu usitées en histoire de l'art. Dans La Pensée sauvage, Claude Lévi-Strauss dessine les traits du mythologique sous le prisme d'une anthropologie et d'un rapport particulier au monde. L'art et le mythe entretiennent des liens de proximité parce qu'ils sont langages. Ils sont aussi deux pôles qui suscitent des sentiments et des actions connexes, parce qu'ils se vivent.
Contrairement à la légende, le mythe est à la fois un déni du religieux – il place l'âge d'or dans un futur à inventer et non dans un passé originel et perdu – et une recomposition d'agencements qui tente d'exprimer au plus près et au plus juste une certaine humanité. Nous retrouvons dans cette définition l'oscillation qui sous-tend l'œuvre d'art lorsqu'elle n'est pas " domestiquée à des fins de rendement "…
À la fin de ce volume, des entretiens inédits avec des personnalités importantes du monde de l'art: Pierre Restany, Dado, Alain Joubert et Vladimir Velickovic.
Le visage et le portrait sont les deux points d'ancrage de la problématique abordée dans cet ouvrage. Ces termes révèlent une certaine classification dans la pensée occidentale, et ils traduisent en même temps leur relative fragilité. Que recouvrent aujourd'hui ces mots et quels contenus cachent-ils ? On découvrira que le portrait ou le visage restent deux régimes de valeurs, et bien qu'ils entretiennent des liens de fraternité, ils ont eu chacun leur propre fortune, parallèle et lointaine, antagoniste parfois, se rejoignant souvent. L'histoire de l'art doit revenir sur ces vocables incertains pour montrer qu'ils touchent de très près la question humaine et par conséquent la tête, la face, la figure, l'apparence, l'intériorité et pourquoi pas, l'identité. Les auteurs ont largement adopté une vision pluridisciplinaire, convoquant l'archéologie antique et médiévale, l'histoire de l'art de l'Antiquité à nos jours, l'anthropologie et une approche des médias variée qui associe sculpture, peinture, numismatique, livre illustré, affiche, architecture, textes, photographie et graphisme.