Si les rêves de cité idéale, des plus réalistes aux plus extra¬vagants, ont séduit de nombreux hommes et femmes et donné sens à leur vie, parfois jusqu'au sacrifice de leur vie, d'aucuns n'ont pas manqué de faire opposer que la nature humaine et les contraintes historiques ou culturelles ont constitué et constituent autant d'obstacles à leur mise en oeuvre. Et que finalement, comme le relève le philosophe Jacques Rancière, tout projet utopique "inclut l'échec comme donnée toujours vérifiée par avance". Le lecteur trouvera ici les actes d'un colloque international et interdisciplinaire consacré à ces sceptiques, détracteurs et "anti-utopistes" qui n'ont pas manqué de stigmatiser les imperfections et les carences inhérentes, à leurs yeux, aux projets qui avaient la prétention d'assurer la félicité générale. Les communications portent sur des formes de nature extrême¬ment diverse : fiction romanesque, aphorisme, discours philoso¬phique, politique ou religieux, pamphlet, texte journalistique ou programmatique, poésie, théâtre, opéra, essai, peinture.Marita Gilli, Professeur émérite d'Allemand, est spécialiste de l'in¬fluence des Lumières et de la Révolution dans les pays germani¬ques. Elle a co-fondé en 1967 l'unité de recherches interdisciplinaire "Littérature et histoire des pays de langues européennes", qu'elle a dirigée jusqu'en 1981.
Champs de forces conservatrices et régressives depuis les temps modernes
Les communications réunies ici se demandent comment les limites de siècles ont pu être marquées par la puissance des continuités, des fixations, voire des processus a-dynamiques et rétrogrades. Elles sont réparties en deux grands axes. L'un concerne l'histoire et l'histoire des idées et traite la Révolution française, le conservatisme religieux, les courants rétrogrades et les nationalismes ; le second concerne l'art et la littérature. Cette division s'est avérée pertinente, car il apparaît que, si les limites de siècles peuvent être des marqueurs en ce qui concerne l'histoire et l'histoire des idées, il n'en est rien dans le domaine de l'art et de la littérature qui s'avère beaucoup plus problématique.
Lieux de ruptures novatrices depuis les temps modernes. Colloque international organisé par le laboratoire "Littérature et histoire des pays de langues européennes", Besançon, 29-31 mai 1997
Il s'agit de s'interroger sur les limites de — début et fin — en vue d'apprécier dans quelle mesure elles peuvent être considérées comme des références, des marqueurs pour les évolutions historico-culturelles depuis la période moderne. Cette problématique permet de préciser les mutations, les innovations, les nouveaux modèles, les mythes, les ruptures comme les continuités, c'est-à-dire d'approfondir les flux divers et complexes que constituent les débuts et les fins de siècles. Les communications sont regroupées en deux grandes parties : la première englobe la mise en question des limites de siècles, les études sur la "fin-de-siècle" et la décadence et un certain nombre de communications qui se situent entre "fin de siècle" et rupture novatrice et servent ainsi de transition vers la deuxième partie qui traite des ruptures novatrices.
Par ses œuvres et ses traités esthétiques, le Sturm und Drang représente, selon l'expression de Goethe, une "révolution littéraire" dans l'évolution de la littérature allemande qui n'en est qu'à ses débuts. Malgré sa brièveté (une petite décennie), ce mouvement d'intensification des Lumières est à l'origine de nombreux débats esthétiques qui se poursuivront jusqu'au 20e siècle et ont donné naissance aux premières œuvres véritablement nationales de la littérature allemande après celles de Lessing. Contestation d'une génération de jeunes écrivains, rupture avec les modèles traditionnels tout en restant dans la continuité des Lumières, le Sturm und Drang a fait scandale, il a été vivement critiqué par un grand souverain "éclairé" de l'époque, Frédéric II, mais la portée de ses œuvres a rapidement franchi les frontières de l'Allemagne et c'est à partir de lui que les autres pays européens prennent conscience qu'une littérature allemande est enfin née.
Colloque international organisé à l'université de Franche-Comté, 3-5 nov. 1994
Les communications de l'ouvrage approchent la culture européenne dans son aspect fédérateur, mais aussi sous l'angle des phénomènes de ruptures, des marges et des oppositions, de la résistance à la conscience européenne, enfin des régionalismes et des minorités. Il a été possible de mettre en avant un certain nombre de phénomènes qui se sont produits à l'échelle européenne — la charlatanerie au 18e siècle, le cosmopolitisme, le libéralisme, le matérialisme, la franc-maçonnerie, l'élaboration de mythes, tels le mythe de Venise ou le mythe de la Pologne — ce qui témoigne de convergences vers une identité culturelle européenne. Cependant, des réflexions examinent les tentatives de différents pays à affirmer leur propre identité, du fait que les fédérations du passé se sont avérées être un modèle plutôt négatif et que les expressions artistiques ont plutôt montré l'émergence des résistances à la conscience européenne.
Les idéaux républicains depuis 1848. Colloque international organisé à l'université de Franche-Comté, Besançon, 14-16 mai 1992
Parmi les idéaux de la Révolution française, celui d'une république démocratique européenne a été particulièrement vivace. Ce volume aborde en premier lieu le thème du " modèle républicain " et les travaux présentés permettent de constater les avancées des idéaux républicains dans plusieurs pays d'Europe malgré les nombreux reculs de ces mêmes idéaux. Si l'Europe de la paix ne s'est pas réalisée, l'idée républicaine a fait son chemin et représente à l'heure actuelle une valeur que l'on n'ose plus guère contester en Europe. Par ailleurs l'analyse des rapports délicats entre nationalismes, régionalismes et idéaux démocratiques illustre le conflit permanent dans l'histoire de l'Europe entre l'idée d'Europe et le nationalisme. Aussi la dernière partie de l'ouvrage pose-t-elle la question de savoir s'il est possible pour l'Europe, avec ses nations enracinées, d'envisager un nouveau mode d'être au monde, un autre rapport des sujets à la citoyenneté, bref de passer de l'Europe des frontières à l'Europe des horizons.