Dès ses premières critiques littéraires, Maurice Blanchot a commenté les plus grands écrivains allemands: Kafka, Thomas Mann, Rilke, Goethe, Eckermann, Hölderlin, Nietzsche, Musil, Broch, Hesse, Celan... Blanchot a toujours lu en allemand. Il connaît parfaitement la philosophie de Hegel à Heidegger, de Scholem à Adorno, ainsi que les œuvres critiques de la littérature et la philosophie allemandes. La plupart de ses œuvres portent d'ailleurs les traces de la culture allemande: les romantiques pour l'écriture fragmentaire, Kafka pour les premiers romans, ou encore Thomas Mann pour certains motifs littéraires. Il n'est pas rare en fait de trouver dans les romans ou les récits de Blanchot des citations à peine réécrites de certaines œuvres germanophones.Cet ouvrage a pour intention de faire le point sur ces correspondances de pensée tout en insistant sur des auteurs plus secondaires pour Blanchot comme Maître Eckhart, Leibniz, Novalis, Heidegger,Wittgenstein, Schelling, Benjamin, Freud...
" Klossowski, Bataille, Blanchot, ont été pour moi très importants. Et je crains bien de n'avoir pas fait dans ce que j'ai écrit la part suffisante à l'influence qu'ils ont dû avoir sur moi ": c'est en ces termes que Foucault reconnaît sa dette à l'égard de ces trois auteurs qui ont profondément pesé sur sa philosophie. Mais cette dette ne s'arrête pas à Foucault évidemment. On la retrouve chez Deleuze et Derrida, et bien d'autres intellectuels plus contemporains.L'intention de cet ouvrage est de proposer un débat autour de l'importance de ces trois essayistes, eux-mêmes marqués par les séminaires d'Alexandre Kojève sur Hegel de 1933 à 1939, sur la pensée contemporaine. Leur lecture critique de la filiation Hegel-Marx-Kojève sera à l'origine d'une pensée autre de la discontinuité, de la dissymétrie, de l'irréversibilité, de l'inconnu, de l'indétermination, autrement dit une façon différente de réfléchir sur la puissance d'une écriture hors langage pour reprendre l'expression de Blanchot.
Comme le métis n'est pas métis par son enveloppe, mais par sa capacité à se construire en permanence, le sujet n'est pas sujet par analogie mais par différence. La différence porte en elle le double à condition de comprendre que le double n'est pas deux fois une unité mais l'impossibilité pour une chose d'être une.Des notions (l'étranger, la différence, l'altérité, le métis, la relégation, le métèque, l'autochtone,
le même, l'unicité, l'identité…) mais aussi des penseurs (Héraclite, Parménide, Blanchot, Levinas, Maître Eckhart, Platon, Michaux, Lao Tseu, Deleuze, Derrida…) pour mieux saisir la nature profonde
de cette communauté humaine.Fragmenter l'unité apparente de chaque singularité pour faire remonter sa propre étrangeté:
c'est à cet instant précis peut-être que le mouvement de la communauté prend tout
son sens, quand il résiste à l'uniforme.Commun, communion, communisme, communauté, communautaire, communautarisme… le terme de communauté est complexe. Utilisé à tort et à travers il perd son sens. Qu'est-ce qu'une communauté finalement? Comment distinguer la communauté du communautarisme et comment éviter de réduire la communauté au communautaire ou l'identité à l'identitaire?" Qu'est-ce donc qui nous manque? ", pour reprendre la question de Maître Eckhart.
La communauté pour combler un manque ou la communauté comme comble du manque?
C'est l'interrogation centrale de cet essai sur la place de l'étranger dans la communauté humaine.
Image évocatrice, objet convoité, enjeu de pouvoir, la carte dessine le monde. Outre les géographes-cartographes, de nombreux chercheurs, stimulés par sa puissance de représentation, l'utilisent afin de répondre à quelques-unes des interrogations de la société actuelle. La diversité des points de vue, des regards et des usages scientifiques, par conséquent la multiplicité des questionnements, se combine à la profondeur historique des références en apportant au lecteur curieux du monde des éléments de compréhension spatiale de processus, de circonstances, d'événements et de concepts propres à l'humanité. La carte, vivante et mouvante, est un reflet de l'imaginaire et la représentation d'un réel. Depuis l'Antiquité, les représentations de la Terre instaurent des mondes successifs, en jouant avec la géométrie, les distances et les formes, les plans et les volumes. Inscrites dans le temps, les cartes intègrent les temps de la terre et des sociétés. De nouvelles cartographies réinventent le monde du XXIe siècle.
La question de Thomas l'Obscur est bien celle de la nature du langage. Thierry Maulnier la pose à plat quand il fait l'un des premiers commentaires du roman de Maurice Blanchot le 28 janvier 1942 dans L'Action Française: " Le premier roman de M. Maurice Blanchot constitue à n'en pas douter une des expériences les plus subtiles et les plus audacieuses qui aient été faites depuis longtemps pour faire dire aux mots plus ou autre chose que ce qu'ils ont coutume de dire dans leur emploi habituel. " Avant lui, Jean Paulhan avait la même intuition lorsqu'il écrivait, le 7 avril 1941, dans sa fiche de lecture pour le comité Gallimard à propos de Thomas l'Obscur : " Je ne sais trop si son roman est beaucoup plus qu'une "tentative ingénieuse et hardie". Je ne crois pas qu'il trouve beaucoup de lecteurs. Mais il mérite certainement d'être publié. Il se lit, une fois accepté, avec passion. " En fait, pour lire Thomas l'Obscur, il faut d'abord l'accepter, mais surtout accepter d'entrer dans un combat sans refondation avec ou contre la langue.Lire Thomas l'Obscur, dans sa première ou seconde version peu importe, pour toucher l'intime du mot et exprimer sans mot le sens des mots…
Le 14 septembre 2011, dans l'émission de Laure Adler Hors champ sur France Culture, Jean-Luc Godard tenait les propos suivants: " Question: Expliquez-nous la différence entre du cinéma vrai et des films, faire des films. Réponse: Les films on peut les voir, le cinéma on ne peut pas le voir. On peut juste voir ce qu'on ne peut pas voir… de l'inconnu ou des choses comme cela… Question: C'est cela que vous tentez de faire? approcher de l'invisible… Réponse: Ce qu'on fait naturellement, ce que font beaucoup d'écrivains à leur manière. Quand j'étais adolescent, l'un des premiers livres qui m'avaient touché, c'est un livre de Maurice Blanchot… je ne connaissais rien à la philosophie et à toute cette école… c'était un livre qui s'appelait Thomas l'Obscur… voilà c'est Thomas l'Obscur… "
Le 28 janvier 1942, à la sortie de Thomas l'Obscur, Thierry Maulnier faisait le commentaire suivant dans sa chronique littéraire: " Le premier roman de M. Maurice Blanchot constitue à n'en pas douter une des expériences les plus subtiles et les plus audacieuses qui aient été faites depuis longtemps pour faire dire aux mots plus ou autre chose que ce qu'ils ont coutume de dire dans leur emploi habituel. "
Deux témoignages différents mais la même intuition sur un auteur à part qui a marqué toute une génération d'écrivains. L'intention de cet ouvrage collectif sur les romans et récits de Maurice Blanchot est justement de creuser cet informulé dans le connu du mot, autrement dit la manière dont l'écriture de Blanchot pose la question de l'invention du langage à travers l'acte de nomination: comprendre le combat que livre Thomas avec, pour ou contre le mot.
Dans la première édition de Suppôts et Suppliciations en 1978, Paule Thévenin écrit que cette œuvre d'Artaud est " sans doute la plus fulgurante, celle aussi où il s'est le plus exposé ". Elle en souligne par ailleurs la richesse et la complexité dues notamment à la multiplicité des écritures : fragmentaires, épistolaires et enfin vocaliques. Pour Paule Thévenin, cette dernière œuvre incarne finalement " Le Théâtre de la Cruauté " tel qu'Artaud l'a toujours pensé.Près de trente ans plus tard, Evelyne Grossman, rééditant Suppôts et Suppliciations, insiste également sur sa dimension théâtrale : " la dramaturgie d'un cri de douleur et de révolte qu'Artaud met une dernière fois en scène dans ces pages éblouissantes. " Par ailleurs, elle met en exergue la difficulté d'une œuvre qui échappe à toute forme d'unité.Artaud nous fascine et nous terrifie. Peu d'écritures auront été aussi loin dans la subversion de toute Loi. Artaud a fait exploser les limites du langage, comme celles du cri autobiographique. Et si l'on revient parfois sur la folie d'Artaud, force est de constater que nous commençons peut-être seulement à le lire. Dans Suppôts et Suppliciations, Artaud n'a de cesse de tout disloquer, de désarticuler le corps et la langue, le corps de la langue. Il exacerbe l'être, atteste d'une douleur qui n'a jamais repli sur soi, exténuation mais énergie, déchirure de toute représentation.
Les différents articles présentés dans cet ouvrage mettent en lumière la dimension corporelle du livre. Toutefois, les analyses développées dans Le Livre au corps ne se contentent pas de l'analogie qui associe le corps à l'objet-livre à travers les mots d'un vocabulaire commun à l'instar de ceux de tête, pied, dos, nerfs… Loin d'un anthropomorphisme manifeste, aisément repérable et vite accessible, le projet de ce livre est surtout de mettre au jour la profondeur de liens sensibles et l'articulation de rapports visibles et invisibles entre le livre et le corps dans l'histoire – au Moyen Âge, à la Renaissance – mais aussi dans leur propre production et reproduction artistique autonome.
Qu'il soit un objet investi d'esprit ou immédiatement un corps selon Edmund Husserl ou une modalité de notre être selon Emmanuel Lévinas, le livre n'est rien sans son lecteur dont il révèle la corporéité sensible, le livre étant lui-même une forme d'incarnation de l'œuvre et une mise en œuvre du corps dans l'acte de lecture.
Avec Henri Michaux, Saint-John Perse ou encore Wols, Le Livre au corps montre que le corps comme le livre sont saisis par une poétique de leur génération ou de leur engendrement réciproque.
Ce livre est né de la volonté de décliner une piste que nous n'avions pu aborder dans notre précédent ouvrage, Le Livre et ses espaces, qui envisageait le livre dans sa mise en scène spatiale, réelle et métaphorique, que ce soit à travers l'espace du livre - ses dimensions -, l'espace dans le livre - la typologie de la page -, ou l'espace hors du livre - la bibliothèque par exemple. Dans L'Esthétique du livre par contre, c'est le livre comme lieu d'expériences sensibles que nous souhaitons traiter. Mais que l'on ne s'y méprenne pas ; c'est plus la question de la perception du livre comme objet, industriel ou non, que ses liens éventuels avec la création artistique qui nous intéresse. Et plutôt que d'en rester à la simple analyse du beau livre avec les deux sous-entendus qui l'accompagnent : le beau livre serait le livre d'artiste ou le livre d'art, et l'esthétique du livre l'affaire exclusive des bibliophiles, nous avons préféré partir des perceptions suscitées par l'objet livre pour creuser ses dimensions esthétiques et les impressions qu'il engendre.