How women are shaping thier futures in the indonesian digital economy
Ce numéro de Moussons analyse les effets des technologies numériques sur le travail des femmes en Indonésie. Ces technologies reconfigurent-elles les inégalités de genre ? L'Indonésie constitue la première économie numérique d'Asie du Sud-Est, avec un volume de 82 milliards de dollars en 2023. Tous les Indonésiens ne sont toutefois pas égaux face à ce dynamisme et les fractures numériques restent fortement marquées dans l'archipel. Ce numéro interdisciplinaire interroge le jeu réciproque des technologies numériques et des dynamiques de genre dans les mondes du travail indonésiens. Il s'agit, d'une part, de comprendre comment ces technologies tout à la fois reflètent et reconfigurent les structures et les rôles de genre, et dans quelle mesure elles peuvent favoriser l'égalité de genre et les capacités d'action des femmes au sein des marchés et des espaces du travail ; et d'autre part d'analyser les perceptions et les discours portant sur ces technologies numériques, qui constitueraient des " horizons d'espoir numériques ". L'introduction est suivie de trois contributions explorant l'articulation du travail, du genre et du numérique dans différents champs économiques et professionnels : l'utilisation des plateformes numériques par des agentes littéraires, les trajectoires de travail et de vie de conductrices de mototaxis, et l'influence du numérique sur les pratiques des espaces de travail des femmes portant le voile intégral (les niqabi). Un contrepoint comparatif est apporté par une étude sur l'introduction des plateformes numériques dans l'organisation du travail des mototaxis au Viêt Nam qui met en évidence les enjeux politiques de cette transformation.
Chercheurs et artistes expérimentent l'opérativité et l'efficacité du concept de dé-coïncidence forgé par le philosophe François Jullien en le mettant à l'épreuve des arts. Le concept de dé-coïncidence proposé par le philosophe, helléniste et sinologue François Jullien a fédéré, pendant une année, une équipe de chercheurs et artistes venus de différents horizons : des philosophes, des psychanalystes, des artistes peintres, des compositeurs, des enseignants-chercheurs de l'université d'Aix-Marseille et un metteur en scène ont lancé une véritable expérience de recherche à laquelle François Jullien lui-même s'est associé. Ensemble, ils ont cherché à rendre compte de l'opérativité et de l'efficacité du concept de dé-coïncidence à l'épreuve des arts. De leurs diverses rencontres est né cet ouvrage, organisé selon cinq axes thématiques qui ont émergé de leurs rencontres : " Dé-coïncidence : décapement, décalement, découvrement " ; " Réel, raté, inouï " ; " Écart, effet (entre) " ; " Rouvrir des possibles " ; et enfin " Différence et dé-coïncidence ". Chaque chapitre de ce volume résulte donc d'une nécessité d'approfondir une thématique en particulier, soit du fait de son caractère insistant, soit parce qu'elle soulève des questions, voire des points de confrontation, lors des rencontres interdisciplinaires, notamment le concept même de dé-coïncidence en lien avec la notion de différance, ou celui d'inouï avec la notion de réel.
Berlin. Image-ville - image-banlieue - image de pensée
Berlin entretient un rapport aussi privilégié que contradictoire avec les images, à commencer avec sa propre (re)présentation. Malgré son poids aujourd'hui très relatif en tant que ville mondiale, Berlin est toujours la métropole " moderne " paradigmatique de l'espace germanophone. Les références d'aujourd'hui à l'époque impériale allemande et surtout à la culture des années 1920 créent une continuité a posteriori, par-delà les bouleversements historiques : le roman contemporain, les séries télévisées, les documentaires, la bande dessinée, le marketing se servent régulièrement du fonds quasi inépuisable de l'imaginaire historique et mythique de Berlin. Mais l'ambition de passer pour une ville-monde ne comprend pas seulement des références comme celles à Berlin Alexanderplatz, aux textes de Kracauer et Hessel, à Enfance berlinoise de Benjamin, aux films tels que Metropolis de Lang, dont le fantasme urbain déteindra sur le projet de Germania, la métropole nazie de Speer. Des constructions de mondes en miniature tels que la " Haus Vaterland " et les (très) grands magasins, ainsi que la création de Gross-Berlin en 1920, faisant de la ville la plus grande commune du monde en termes de superficie après Los Angeles, témoignent également de cette ambition. Ce numéro s'interroge sur le rapport aussi privilégié que contradictoire qu'entretient Berlin avec les images en appréciant, à partir du mot " Stadtbild " (paysage urbain, image de la ville, image-ville) et ses déclinaisons " Weichbild " et " Denkbild ", le défi que l'expérience complexe de la ville-monde constitue encore pour les techniques de représentation.
Étude de trois récits d'autrices modernes sur des femmes médiévales, explorant la force des femmes, l'écriture féminine en miroir et le goût pour le Moyen Âge. Cet essai propose une lecture critique de trois récits écrits par des femmes contemporaines sur des femmes du XIIe siècle : Une passion. Entre ciel et chair, de Christiane Singer, sur Héloïse, épouse du philosophe-théologien Abélard ; La Passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod, sur Juette, connue par un récit hagiographique écrit en vue de sa sanctification ; et La clôture des merveilles, de Lorette Nobécourt, sur Hildegarde de Bingen, célèbre mystique. Deux furent de très jeunes religieuses, la troisième se fit " recluse ". Ces femmes enfermées, subissant un pouvoir masculin et patriarcal tout puissant, deviennent pourtant, dans ces récits modernes, triomphantes : non des victimes soumises mais des héroïnes surmontant leurs épreuves pour faire triompher leur liberté, paradoxale pour le lecteur et la lectrice contemporains. Cette étude ne porte pas sur ces femmes médiévales mais sur le lien que tissent les écrivaines modernes avec ces figures du passé. Pourquoi et comment en (re)construisent-elles les Vies pour s'y projeter, à divers degrés, selon un geste d'empathie auquel elles invitent leurs lecteurs et lectrices ? Le titre, De femme à femme, entend souligner ce jeu de miroir d'alter ego qui éloigne ces récits du simple roman historique. De quoi ces femmes d'autrefois sont-elles le nom pour des modernes ? Le déport vers le Moyen Âge permet-il de mieux mettre à nu la puissance des femmes ? Ces récits, en effet, interrogent aussi les modalités d'une écriture " féminine ".
Les champs du savoir absorbés par Calvino rencontrent sa capacité à dire plusieurs vérités en même temps. Cet ouvrage examine la façon dont se téléscopent ces dimensions. L'un des points forts de Calvino est sa capacité à faire dialoguer la littérature avec tous les champs du savoir : les savoirs cosmologique, biologique, linguistique, artistique (art contemporain, cinéma) ou encore celui des sens. Et sa grande qualité est de dire souvent plusieurs vérités en même temps : les affirmations qui concernent un champ donné se doublent d'un regard réflexif sur la littérature. Calvino parle de lui-même comme artiste en même temps qu'il parle du monde. On examine ici la capacité de cet auteur à absorber les connaissances et à les faire se télescoper, en un joyeux désordre plein de sens qu'il finit par ordonner en des structures reconnaissables. Ainsi Calvino est-il le maître des perspectives multiples qui s'agencent savamment et jouissivement. Son écriture fonctionne " en harmoniques ", avec un effet de superposition ou de heurt de dimensions réputées incompatibles, qui semble relever de la prestidigitation. Des universitaires d'Aix-Marseille, Montpellier, Amsterdam, Genève et Palerme proposent leur vision des télescopages calviniens. Le mot est en soi un jeu de sens, puisque Calvino a souvent convoqué le télescope comme objet fétiche d'une écriture très visuelle.
Comprendre, observer, transformer et enrichir les réponses corporelles des élèves
Comment transformer les élèves en EPS tout en consolidant leurs savoirs fondamentaux ? Cet ouvrage novateur livre les clés pour devenir un " enseignant concepteur " efficace.
Quels sont les savoirs disciplinaires et fondamentaux transmis en Éducation physique et sportive (EPS) ? Comment les enseignants, dans cette discipline qui concerne tous les enfants, peuvent-ils concevoir autrement leurs enseignements afin de mobiliser leurs élèves et de les faire progresser en EPS mais aussi dans les apprentissages fondamentaux (lire, écrire, compter, raisonner et respecter autrui) tant le corps, en EPS, peut être conçu comme un vecteur original d'accès à tous les savoirs ? Tels sont les défis, aux multiples implications, auxquels tente de répondre cet ouvrage novateur, qui s'adresse à tous les enseignants en EPS désireux de renouveler leurs pratiques afin de mieux comprendre, observer puis transformer et enrichir les compétences de leurs élèves. Cette méthode innovante propose 19 activités sportives et artistiques (APSA) appartenant aux différents champs d'apprentissage au cœur de la discipline, et conçues selon la même méthode : partant de l'observation des élèves (ici explicitée), les contributeurs analysent leurs réponses corporelles, inventorient les leviers professionnels sur lesquels agir pour les transformer, et font des propositions réalistes pour les enrichir en repérant les savoirs fondamentaux qui peuvent être mobilisés et développés. Un outil indispensable pour tout étudiant préparant Capes ou agrégation, et pour tout enseignant désireux de renouveler sa pratique !
Portrait d'une ville méditerranéenne au carrefour des cultures
Cet ouvrage offre un regard transatlantique et original sur Marseille, laboratoire de l'Europe postcoloniale, au cœur des débats sur la diversité ethnique et culturelle.
Originellement publié en anglais (éditions Berghahn, 2023), cet ouvrage propose d'envisager Marseille depuis les deux côtés de l'Atlantique et en croisant différents regards : des chercheurs anglais, états-uniens et français font dialoguer histoire, sociologie, littérature ou encore arts urbains pour rendre compte de la diversité et de la richesse de la cité phocéenne. Ancienne porte d'entrée de l'empire français, Marseille apparaît comme l'incarnation d'une Europe postcoloniale remodelée par des immigrants, réfugiés et rapatriés. La mosaïque marseillaise examine le passé et le présent de la ville tout en explorant ses relations avec le reste de la France, de l'Europe et de la Méditerranée, et en esquissant ses avenirs possibles : les différents chapitres abordent l'évolution de Marseille et de certains de ses quartiers (dont celui de la Friche de la Belle de Mai), les politiques urbaines, la place de ses populations issues de l'immigration, la " marseillologie " et la remarquable et plurielle dynamique culturelle qui fait entendre tant de voix singulières (musique, cinéma, théâtre, littérature populaire…). Michel Peraldi, sociologue, et Todd Shepard, historien, signent chacun une postface concluant cet ouvrage original qui éclaire une ville singulière mais aussi, au-delà du cas marseillais, les enjeux de la transformation des sociétés urbaines aujourd'hui.
Cette nouvelle traduction de Cymbeline cherche à restituer la poésie et la musicalité du texte de Shakespeare.
Cette nouvelle traduction de Cymbeline, l'une des dernières pièces de William Shakespeare, s'adresse tout aussi bien aux enseignants et étudiants qui cherchent un texte source pour engager un travail de recherche ou d'analyse qu'aux acteurs et actrices qui souhaitent monter la pièce et ainsi rendre visible la parole shakespearienne. Entre tragédie et comédie romantique, la pièce narre les amours contrariées de la belle et pure Imogène, fille du roi de Bretagne Cymbeline, et de Posthumus Léonatus, le jeune homme qu'elle a épousé secrètement et que le courroux royal a promptement banni. L'exil de Posthumus et les diverses péripéties qu'entraîne la séparation des amants se déroulent sur une toile de fond historique qu'animent des tensions entre l'Empire romain et Cymbeline, son vassal : les conflits familiaux font écho aux tensions diplomatiques, l'autorité, la jalousie et la vengeance caractérisant les deux volets de l'intrigue. Cette traduction est traversée par le désir de restituer l'oralité du texte original : la mélodie que les mots portent en germe et font éclore lors de la scansion, les effluves poétiques qui habitent la langue des différents personnages font ici l'objet d'une attention toute particulière afin de rendre compte, le plus précisément possible, d'un rapport au monde et au miroir des mots au cœur de l'écriture de Shakespeare. La préface présente Cymbeline et son contexte, souligne les caractéristiques de la pièce et analyse de façon très imagée les choix opérés pour traduire Shakespeare aujourd'hui
Comment les Marseillaises ont-elles participé à l'essor économique de leur ville aux XVIIe-XVIIIe siècles ? Une nouvelle approche de l'histoire économique et urbaine en Méditerranée. À Marseille, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les femmes occupent une place importante dans le commerce urbain, jusqu'alors grandement occultée par l'historiographie. Des poissonnières des places publiques aux veuves de négociants, des boutiquières aux marchandes de rues, elles participent activement au développement de la cité phocéenne. À rebours de l'image stéréotypée des " criardes ", ces femmes se révèlent inventives dans leurs manières d'agir, capables de contourner les obstacles juridiques, de diriger leurs propres affaires, de prêter de l'argent ou de louer des boutiques, de mener des expertises et de s'imposer dans des secteurs nouveaux. En cela, elles contribuent directement à l'essor économique de la cité portuaire. Ces Marseillaises circulent dans les rues, animent les places et les quartiers, et, par leur travail quotidien, participent à l'approvisionnement comme à la prospérité de la ville. Certaines, à travers la diffusion de produits venus d'outre-mer, prennent part à la mondialisation. En redonnant chair à ces actrices longtemps invisibilisées, cet ouvrage, à la croisée de l'histoire économique, de l'histoire des femmes et du genre, de l'histoire du travail et de l'histoire urbaine, renouvelle notre regard sur la société urbaine et l'économie méditerranéenne d'Ancien Régime. Il montre combien l'histoire du commerce marseillais et de son port, et plus largement l'histoire économique et sociale de la ville, ne peuvent s'écrire sans ces femmes à la fois ordinaires et essentielles, au cœur de l'animation et du dynamisme de la cité phocéenne. Leur contribution, longtemps négligée, apparaît ici dans toute son ampleur.