Le numéro 96 de 1895 revue d'histoire du cinéma (printemps 2022) est largement consacré au cinéma des premiers temps et à la culture spectaculaire au tournant des XIXe et XXe siècles. Le cinéma héritera des spectacles scéniques à l'extraordinaire inventivité comme des attractions des foires telle celle de Gand. On examine en outre les lieux où se voient les bandes du premier cinéma (cafés, magasins Dufayel) étudiés à partir d'archives inédites. Ainsi le cabaret du Néant et ses attractions macabres, les programmes du Cinématographe-Lumière (puis le Select) qui introduisent un montage de vues ouvrant à la narration. En dehors de cet ensemble, un entretien avec une exploitante de cinémas d'art et d'essai mais aussi de salles X, Simone Lancelot, et la correspondance de François Truffaut et de ses lecteurs ordinaires ou célèbres qui le lisaient dans Arts-spectacles et lui écrivaient soit pour le soutenir, soit pour l'apostropher. Dans la rubrique des Chroniques nombreux comptes rendus d'expositions, de livres et de DVD.
Alors qu'il vient d'achever les deux premières parties d'Ivan le terrible et relève à peine d'un grave infarctus, S. M. Eisenstein passe les dernières années de sa vie à travailler à un projet d'Histoire générale du cinéma qu'il laisse en chantier à sa mort en février 1948. Professeur depuis la fin des années 1920 à l'Ecole de cinéma de Moscou, nommé docteur en science de l'art en 1939, c'est en qualité de directeur du département Cinéma de l'Institut de recherche scientifique d'Histoire de l'Art, sous l'égide de l'Académie des Sciences de l'URSS, qu'il est chargé d'entreprendre ce travail qui l'amène à se poser, en préalable, des questions de méthode, d'objet et d'écriture de cette histoire du cinéma.
Ainsi ces " Notes ", qui demeuraient dans les archives du cinéaste avec ses autres manuscrits non publiés, jettent-elles les prémices d'un programme d'études et de recherches qui ne s'attachent pas aux films, aux œuvres, aux réalisateurs, aux pays – comme le font alors la plupart des histoires du cinéma – mais au medium lui-même envisagé à la fois dans une généalogie complexe et une intermédialité généralisée, selon une triple temporalité: le temps long des systèmes sociaux et des modes de production, le temps court des filiations techniques, des médias singuliers, celui des besoins et des pulsions humaines.
À l'âge des remaniements de tous ordres affectant la " sphère médiatique ", l'opération historiographique eisensteinienne vient proposer une approche qui redessine le paysage dans ses couches "géologiques" comme dans ses aspects actuels en mettant en œuvre une écriture jouant du montage et de l'anachronisme.
Critiques et cinéphiles ont, depuis bientôt un siècle, construit dans l'imaginaire collectif une mythologie du cinéma entièrement édifiée sur cette figure héroïque. L'histoire du cinéma s'est à son tour largement appuyée sur cette mythologie, reprenant à son compte la doxa de la fameuse " politique des auteurs ". Jamais cette notion d'auteur pourtant complexe ni ce processus de sacralisation n'ont donc fait l'objet d'une véritable histoire. Cet ouvrage veut poser les bases d'une étude historique de la notion d'auteur de cinéma comme construction culturelle. La trentaine de contributions met au jour la complexité de cette histoire, par des études de cas qui s'étendent des débuts du cinématographe au cinéma le plus contemporain, et d'Hollywood à Shanghai, en passant par le Québec, la France, l'Italie, la Finlande, la Pologne ou l'URSS. Il s'agit ici de mettre en valeur la variété des contextes de production de cette notion d'auteur, de la théorie à la pratique artistique et de l'économique au juridique. La figure du réalisateur y entre en concurrence avec les multiples autres figures d'autorité qui participent à l'élaboration du film, et l'affirmation du réalisateur comme auteur s'y voit analysée comme un processus sinueux, reposant sur la coexistence, le croisement et parfois le conflit entre divers modèles sociaux ou intellectuels. Les trois approches – historique, archéologique et généalogique – sont donc ici combinées, loin des dogmes établis, pour rendre compte de l'épaisseur de cette notion et pour en proposer une lecture culturelle.
En France, le film à épisodes constitue durant près de deux décennies (1915-1932) un type de production apprécié du public ; il mobilise des réalisateurs majeurs tels Germaine Dulac, Jean Epstein, ou encore Louis Feuillade, l'un des grands maîtres du genre. Répondant au roman-feuilleton littéraire, le film à épisodes propose un récit découpé en parties distinctes. Chaque semaine, en salles, les spectateurs fidèles peuvent suivre les aventures de leurs héros. Souvent en quête de trésors disparus ou de malfaiteurs en fuite, le personnage type de ces productions défie tous les dangers. Lancé par le sérial américain, le film à épisodes français devient un phénomène de masse très prisé par le public, soulevant régulièrement des débats virulents à travers la presse généraliste et spécialisée. Mode de production rentable jusqu'au milieu des années vingt, il est à l'origine de nouvelles firmes et contribue à la survie de certaines sociétés de production durant le conflit de 1914- 1918 et les années folles.Cette étude repose sur l'analyse croisée de fonds documentaires jusqu'alors peu exploités. Archives d'exploitants, programmations de salles et rapports de société de production sont ainsi convoqués. L'ouvrage propose par ailleurs les filmographies inédites des films à épisodes produits et distribués en France.
L'ouvrage collectif aborde autrement l'œuvre du réalisateur français Jacques de Baroncelli (1881-1951) par la prise en compte non seulement de ses films, mais aussi de l'ensemble de ses activités ; et non seulement comme réalisateur, mais aussi comme critique, scénariste, adaptateur, producteur... Cela implique également de renouveler l'approche de l'œuvre par la diversification des sources consultées. Enfin, cela conduit à envisager les films non plus comme l'expression singulière de l'univers personnel d'un sujet individuel, mais comme des ensembles traversés par des discours et des représentations. Illustrées par des documents rares ou inédits, les vingt communications ici rassemblées rendent compte de ces trois types d'approche et renouvellent la connaissance d'un cinéaste trop longtemps délaissé par les historiens du cinéma, récemment redécouvert grâce à la restauration de quelques-uns de ses films et à la publication en 1996 de ses Écrits sur le cinéma.