La Commune de Paris: un OHPI (Objet Historique Parfaitement Identifié) si on considère l'abondante bibliographie sans cesse accrue qui fait d'elle un des domaines les plus prisés des historiens, mais un OHTI (Objet historique totalement ignoré) si on considère la faiblesse des connaissances que le grand public peut posséder à son sujet. La désaffection de l'école, qui l'ignore dans ses programmes plus qu'elle ne la marginalise, l'indifférence, quand ce n'est pas la désinformation, dont elle est victime de la part des médias dominants, en sont les causes principales.L'importance du colloque tenu dans le Berry au printemps 2024, à Issoudun puis à Bourges, tient à ce qu'il apporte aux premiers des aspects nouveaux ou approfondis, et aux seconds une nécessaire initiation ainsi que des concordances particulièrement éclairantes avec notre actualité.
Le 10 juin 1944, une compagnie appartenant à la division Waffen SS Das Reich massacre à Oradour-sur-Glane 643 personnes. Neuf ans plus tard, en 1953, sont jugés au Tribunal militaire de Bordeaux 64 ex-soldats accusés d'avoir participé à ce crime de guerre, 21 prévenus seulement étant présents : 7 Allemands et 14 Alsaciens dont 13 étaient des incorporés de force dans les Waffen SS. Autour de ce procès " historique " qui se déroule du 12 janvier au 13 février, les débats sont passionnés, largement relayés par les quelques 50 journalistes qui suivent les volets judiciaires et politiques de l'affaire, la présence des 13 alsaciens incorporés de force conduisant en effet à la confrontation de deux mémoires à vif, celle du Limousin et celle de l'Alsace. C'est ce qui a surtout été retenu de ce procès (avec, en plus, l'amnistie des condamnés alsaciens une semaine après le verdict qui exacerba la césure entre les deux provinces).Cet ouvrage revient au moment judiciaire proprement dit en mettant à la disposition du public la sténographie des audiences in extenso afin d'éclairer le fonctionnement d'un tribunal militaire dans ce contexte si particulier des années 1950. Au-delà, cette archive constitue un outil de réflexion sur le " passage " de la justice dans le post-conflit, sur ses ambitions et ses limites, sur la réception du procès dans l'espace démocratique.
Fidèle à son projet d'œuvrer pour la diffusion du savoir historique concernant la Guyane, l'Association des professeurs d'Histoire-Géographie de Guyane (APHG-G) en partenariat avec le Rectorat Guyane et la Collectivité territoriale de Guyane, propose, en cette année scolaire 2019-2020, la septième édition du concours du " Jeune historien guyanais ". Le sujet, " la Guyane, pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1945 ", est très vaste: il n'est pas question d'y trouver une liste exhaustive de tous les évènements ou prises de position de la période mais des documents et analyses variés qui peuvent éclairer certaines problématiques. Cette thématique vise à s'interroger sur le rôle de colonies et en particulier de la Guyane lors du second conflit mondial: la politique coloniale de Vichy, l'enjeu stratégique et géopolitique que les colonies représentent, l'importance des colonies et de l'Afrique avec le ralliement de Félix Éboué dans la France libre et le rôle des coloniaux dans la libération de la France. Les très nombreux documents illustrent la mise sous tutelle de la Guyane par le régime de Vichy, son ralliement aux côtés des Alliés, la participation des Guyanais aux différents combats et la vie quotidienne des Guyanais pendant cette période.
La professionnalisation des formations supérieures est aussi ancienne que les universités. Cependant, son interrogation en tant qu'objet d'études est plus récente. Dans un contexte de massification des systèmes d'enseignement supérieur, de transformations économiques et de difficultés d'insertion socioprofessionnelles accrues pour les jeunes, le processus de réformes européennes des universités, appliqué également dans de nombreux pays tiers, marque une rupture dans la professionnalisation des offres de formation.Cet ouvrage issu d'un colloque international examine quelques questions que soulèvent ces réformes et leurs multiples conséquences dans plusieurs pays (France, Algérie, Maroc, Tunisie, Québec, Grèce), notamment à travers trois principales dimensions: les mutations dans l'enseignement supérieur et la professionnalisation, les dispositifs de professionnalisation et d'insertion des diplômés et enfin les résultats des réformes de l'enseignement supérieur dans des contextes internationaux.
Cet ouvrage propose une brève histoire de l'extrême gauche en France. Sur un siècle, de la révolution bolchevique de 1917 aux élections présidentielles de 2017, les auteurs évoquent successivement les principales tendances de l'extrême gauche française.
Des premiers groupes trotskystes aux " antifas ", en passant par l'affirmation des maoïstes en 1968, il s'agira d'apporter des clefs de lecture permettant de prendre contact avec une thématique composite et de reconnaître les courants et les personnes qui en ont fait l'histoire.
L'Église déchirée entre Gott mit uns et le Dieu des armées
La Grande Guerre déchira l'Église catholique qui, dans les deux camps, usa des mêmes références bibliques et arguments théologiques pour justifier le conflit. Dans les diocèses occupés, le face à face de militaires et de civils, de laïcs et de prêtres ennemis a entretenu des représentations de l'autre interdisant tout véritable dialogue. Le clergé y a été confronté à des situations morales et religieuses inédites. Dans l'épreuve, il prit des engagements originaux, croisant charité et résistance. Dans ces mêmes diocèses, le clergé allemand, formé d'aumôniers militaires catholiques et protestants visités par leurs prélats, s'occupait des troupes, voire aussi des communautés locales sans pasteurs. À la fin du conflit, tous s'interrogèrent sur la manière de renouer le dialogue entre frères ennemis. Les diocèses en guerre ont été le cadre de relations religieuses complexes, entre solidarités confessionnelles et occupation militaire.
De la politique au sud de l'Europe au XVIIe siècle
Ce livre retrace l'histoire de l'intervention française en Catalogne juste après la Révolution catalane de 1640, et jusqu'à la fin du siècle. Il analyse l'intérêt français pour la Catalogne, objet de désir face à la monarchie hispanique, et il examine la politique d'instrumentalisation menée par les représentants français, fins connaisseurs de la réalité du pays. De cette réalité ont émergé deux axes d'étude; d'une part, les élites catalanes qui avaient construit un discours juridique et politique contraire à l'Espagne et favorable à la France et d'autre part, le destin du Roussillon qui reste sous souveraineté du roi de France en 1659 (traité des Pyrénées) mais aussi aux mains des Catalans réfugiés du Principat. En quelque sorte, nous y trouvons les éléments nécessaires pour obtenir une réponse à la question de l'opposition catalane à la France lors de la guerre de Succession d'Espagne, alors que les Catalans et la France avaient bel et bien été alliés en 1641.L'historiographie européenne s'étant beaucoup centrée sur l'Europe septentrionale de Louis XIV, cette étude veut apporter davantage de lumière sur la politique française au sud de l'Europe au prisme du cas catalan. Un territoire qui reste depuis lors à l'ordre du jour de l'agenda français jusqu'au XVIIIe siècle, et bien au-delà.
Cet ouvrage, à partir de contributions originales, s'efforce de traiter le thème des corps intermédiaires qui revient en force dans le champ des Sciences humaines, de manière concrète, à partir d'un territoire bien délimité, le Languedoc, afin de donner plus de cohérence et donc de pertinence aux analyses faites souvent encore jusqu'ici dans un cadre trop général. Cela permet de mieux apercevoir la formation des groupes d'intérêts qui structurent la société ainsi que les interactions qui s'établissent entre le cadre régional et les centres du pouvoir, qu'il s'agisse des ministères ou du Parlement, Chambre des députés et Sénat.
Les magistrats de la Chambre des Comptes de Bretagne (XVIe-XVIIe siècle)
Apparues au tournant des XIVe et XVe siècles dans le royaume de France et dans les principautés qui évoluaient dans sa mouvance, les Chambres des comptes ont connu leur " âge d'or " au Moyen Âge en étant associées à la mise en place d'une fiscalité permanente et à la construction des domaines princiers. L'évolution institutionnelle leur a été préjudiciable à partir du XVIe siècle avec la concentration du pouvoir au sein du Conseil royal et des instances qui en dépendaient, le recours croissant aux financiers pour alimenter les caisses de la monarchie, la concurrence des parlements, des bureaux de finances ou des intendants. Malgré cela, elles n'en ont pas moins continué à jouer un rôle dans le contrôle de " l'argent du roi ", en encadrant notamment le développement de nouvelles fiscalités comme celle des villes ou des états provinciaux, et dans la préservation de l'intégrité du domaine royal, ce qui les conduisait à recevoir les hommages des vassaux, à enregistrer des actes aussi divers que les lettres d'anoblissement ou de naturalité, à veiller à la conservation des archives ayant trait aux droits du roi. Par leur caractère de cours souveraines, elles ont attiré tout au long de l'époque moderne une part des élites du royaume, en quête d'honneur et d'épices, qui voulaient bénéficier des privilèges qu'elles octroyaient à leurs magistrats dont celui de l'anoblissement graduel était sans doute le plus important. À travers l'exemple de la Chambre des comptes de Bretagne des années 1540 à la fin du règne de Louis XIV et surtout de l'étude de son personnel, cet ouvrage contribue à la connaissance de ces institutions et dégage quelques ressorts de la " société d'offices " qui s'est mise en place en France à partir du XVIe siècle.
Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV
Le portrait de Louis XIV en costume de sacre peint en 1701 par Hyacinthe Rigaud est devenu, à l'égal de la Joconde pour l'art de la Renaissance, une véritable icône de l'imagerie politique. C'est ce statut d'icône de la représentation monarchique qu'interroge ce livre puisque ce terme renvoie autant à la publicité d'une image déclinée à l'envie dans l'indistinction d'un genre et la dépersonnalisation qu'à la puissance de l'effet de présence d'un individu singulier (Louis XIV). Avec cette représentation du roi en majesté, c'est également une cartographie de l'imaginaire visuel des souverains français qui se déploie?: un ordre des images plaçant le tableau de Rigaud au centre d'autres représentations rangées en cercles concentriques comme autant de satellites distribués selon leur proximité à l'astre iconique jusqu'à l'aphélie la plus marquée du dernier d'entre eux. Il y aurait ainsi une distance irréductible entre ce Roi et la variation inégale d'une majesté imaginaire en figures spectaculaires dotées de performances politico-visuelles moindres. Doit-on, dès lors, inférer que la Majesté se distribue différemment selon qu'on soit Louis XIV ou Charles VIII ? Faudrait-il considérer que ces images sont à comprendre comme une progression menant des balbutiements iconographiques de la souveraineté monarchique à la royauté en majesté de Louis XIV, soit l'apprentissage d'une économie visuelle de la majesté du prince?? Ce livre propose un cheminement dans l'imaginaire monarchique moderne. Celui que l'on peut décider de suivre dans des images qui disent une histoire des rapports de la monarchie à la res publica des XVe-XVIIe siècles?: une histoire à travers laquelle se devine, se dessine, se représente et s'incarne le visage de l'État ; une histoire des rois imaginaires qui serait celle du pouvoir des images à illustrer le prince et à apprivoiser l'État afin d'éclairer la révolution des représentations politique et artistique du siècle des Lumières comme notre rapport contemporain aux images politiques.
Ce livre déploie l'implicite d'un étrange petit carnet écrit entre 1824 et 1834, intitulé Le Salon imaginaire ou le 20e siècle de Bertrand Barère de Vieuzac, titre posé de la main de son auteur, l'ancien rapporteur du Comité de salut public de l'an II.Or, que veut, que peut un Salon imaginaire, si ce n'est parler de ce dont il n'est pas question: la Révolution française. Ces 230 notices dans l'esprit des Salon de peinture du temps brassent les époques et les lieux, pour dire sans dire les moments critiques de l'action. L'invention de tableaux à peindre, rarement la reprise d'oeuvres réalisées, permettent de ne rien forclore. L'avenir du passé persiste et nourrit la réflexion sur le tragique de la décision qu'elle soit directement politique ou non. Les situations paroxystiques dans le goût de David, leur présentification mentale évoquent les premiers rôles, les complices et les comparses, presque toujours néfastes dans un entrelacs de métaphores cryptées et d'allégories en action. Les voix du silence permettent d'opposer au présent désespérant, celui de la Restauration, la sensibilité préromantique de la seconde génération des Lumières qui fit la Révolution.L'horizon d'attente reste celui d'une humanité réconciliée avec elle-même, de là, le renvoi au XXe siècle. Cette rêverie vagabonde d'un des acteurs majeurs de la Révolution permet une authentique page d'histoire culturelle du politique.
Le tome VI de l'Histoire des provinces françaises du Nord conclut la série dirigée par Alain Lottin sur l'histoire du Nord-Pas-de-Calais. Il propose une synthèse des recherches récentes dans un style accessible. L'ouvrage comprend de nombreuses illustrations, une chronologie ainsi qu'une dizaine de documents d'époque.Consacré à la période 1914-2014, le livre s'intéresse aux figures majeures de la région (Lebas, Schumann, de Gaulle, Mauroy, etc.). Il insiste sur deux particularités, l'attachement au catholicisme et le poids du socialisme et du communisme, sans éluder une caractéristique plus récente : l'importance du Front National. Sont également évoqués le sport (RC Lens, LOSC), les loisirs ou les mutations de la vie culturelle, avec notamment l'ouverture du Louvre-Lens. L'ouvrage fait la part belle aux développements industriels, avec de nombreuses illustrations sur l'histoire minière notamment, mais aussi aux reconversions récentes (Tunnel sous la Manche, etc.). Il ne néglige pas les nombreux et douloureux conflits sociaux, en particulier les grèves propres à la région, de 1941 et de 1963. Enfin, les richesses artistiques ne sont pas oubliées, du peintre Matisse à Mallet-Stevens (villa Cavrois), en passant par les Tulipes de la japonaise Yayoi Kusama à Euralille.