Alors que son intérêt pour l'histoire, sacrée et profane, a fait l'objet de nombreuses analyses, aucune étude générale sur l'idée d'histoire dans l'œuvre de Hobbes n'avait encore été menée. C'est une telle étude que se propose ce livre en partant de ce qui, chez Hobbes, se présente comme un " problème de l'histoire " : comment une pensée du droit naturel, qui, en son point de départ emblématique (l'état de nature), exclut la connaissance du fait, manifeste-t-elle, en réalité, un souci profond de l'histoire et de l'historicité de l'homme?
Ni philosophe du sujet ni philosophe du moi, Spinoza, on le sait, n'accorde pas à l'homme le statut de substance, mais de mode. Cette désubstantialisation s'accompagne d'une apparente indifférence à l'égard du problème classique de la différence spécifique de l'homme par rapport à l'animal. Dès lors on peut s'interroger sur l'étrange silence de l'Éthique au sujet d'une définition précise de l'essence humaine. À rebours des commentateurs qui ont essayé de reconstituer cette définition à partir des indications de l'auteur, Julien Busse cherche de manière originale à comprendre les raisons pour lesquelles Spinoza n'a pas jugé bon d'en fournir une. Plutôt que la présence, il pense l'absence de définition de l'essence humaine pour montrer qu'elle ne tient pas à une carence, mais qu'elle obéit à une impossibilité. C'est sur la nécessité de l'absence d'une telle définition que Julien Busse invite à se pencher pour en analyser aussi bien les causes que les effets.Professeur agrégé de philosophie, Julien Busse (1961-2008) était membre du groupe de recherche sur Spinoza. Il a participé pendant plusieurs années en tant que doctorant aux activités du séminaire Spinoza à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Jusqu'à Descartes, les rares textes philosophiques consacrés à l'aveugle le considéraient comme nécessairement prisonnier de l'ignorance et envisageaient la cécité comme une privation. Descartes, le premier, conçoit l'aveugle comme le détenteur de lumières dont le voyant est privé.À la fin du XVIIe siècle puis au siècle des Lumières, l'aveugle devient une figure déterminante dans la critique de la métaphysique classique et de la théorie des facultés subjectives. Il est au coeur en particulier du fameux problème transmis par le mathématicien et opticien William Molyneux à John Locke, qui l'expose dans l'Essai sur l'entendement humain : un aveugle de naissance, à qui une opération aurait rendu la vue, saurait-il distinguer un cube d'une sphère, s'il ne pouvait que les voir sans les toucher ?Cet ouvrage propose de façon originale une histoire philosophique de la cécité à travers ses principaux penseurs - Descartes, Berkeley, Diderot, Wittgenstein... - et se clôt par une étude d'Evgen Bavcar, philosophe et aveugle, qui nous confronte au questionnement de la cécité sur elle-même à partir des analyses d'Ernst Bloch.Contributions de :Evgen Bavcar, Marion Chottin, Thierry Drumm, Laura Duprey,Véronique Le Ru, Francine Markovits, Sabine Plaud, Kate E. Tunstall.
La valeur de la raison dans la pensée de Pascal est loin d'être évidente. Alors que les écrits scientifiques témoignent d'une rigueur rationnelle remarquable et vont parfois jusqu'à défendre la raison humaine, dans les écrits apologétiques, on observe un changement de style et l'apparition d'une certaine critique de la raison. Comment définir le statut de la raison humaine dans l'ensemble de l'oeuvre de Pascal? Y a-t-il une rupture entre les oeuvres scientifiques et apologétiques, une rupture qui s'exprimerait par la critique de la raison que Pascal exerce dans les Pensées? Ou s'agit-il plutôt d'une redéfinition de l'usage de la raison et de l'élaboration d'une nouvelle rationalité non géométrique et non cartésienne dans les écrits apologétiques ? Cet ouvrage retrace l'itinéraire de la raison, des connaissances naturelles aux connaissances surnaturelles, des mathématiques et de la science de la nature à la théologie et à l'apologétique. Les analyses mettent en lumière la force de la raison chez Pascal, force qui provient de la connaissance claire et humble de ses propres limites et qui prend sa source dans une lumière surnaturelle et la certitude du coeur.
Au milieu de l'âge classique, Spinoza bouleverse les rapports entre État, philosophie et religion. Dans une conjoncture où la révolution philologique remet en cause la lecture des textes sacrés, la philosophie de la puissance pose les questions de la prophétie, du miracle, du canon de l'Écriture sainte et des lois de la Nature. Elle interroge l'origine de l'État : pacte social ou genèse passionnelle ? Elle traite à nouveaux frais les problèmes du tyrannicide, de la place de l'État dans l'histoire et de la liberté de penser : comment sauver l'indépendance de l'État par rapport aux Églises et, en même temps, celle de l'individu par rapport à l'État.
L'ouvrage explore les diverses facettes physiques, mentales et psychophysiques de la puissance d'agir chez Spinoza, de la peur de la mort qui en constitue le plus bas degré à la jouissance de l'éternité qui en est l'acmé. À travers une série de variations regroupées autour de quatre principaux thèmes - l'éternité de l'esprit, la positivité du faux, Spinoza dans le temps, corps et affects - il s'agit de ressaisir la puissance dans l'impuissance, la fortitude dans la finitude, et d'exprimer la positivité du négatif en allant chercher la puissance là où l'on ne s'attendrait pas à la trouver. Les trois premières parties examinent la puissance mentale qui culmine avec la conscience de l'éternité de l'entendement, mais qui se manifeste aussi bien à travers la persistance d'un noyau de positivité au sein même des notions confuses et des idées inadéquates, comme le bien et le mal, qu'à travers la permanence de ce que l'on pourrait appeler l'esprit du spinozisme dans le temps. À ces expressions mentales de la puissance d'agir font pendant les variations physiques et psychophysiques de la quatrième partie où sont analysées, d'une part, les capacités du corps et son aptitude à se faire reconnaître comme humain en lui-même et par lui-même, et d'autre part, les modifications affectives de la puissance d'agir, de la mort à l'amour, de la servitude passionnelle à la fortitude retrouvée.
Nominalisme politique et sciences sociales au 18e siècle
En tant que concept social, principe politique et objet de savoir, la " société " est une création socio-historique, esquissée au 17e siècle et couronnée au 18e siècle. L'idée s'impose qu'elle est l'instrument collectif de l'épanouissement de la liberté individuelle. En approfondissant les liens entre l'histoire conceptuelle et la sociologie historique, les contributions font apparaître la trame unificatrice de " l'esprit de société ". Elles ouvrent également la voie d'une investigation interdisciplinaire, les approches combinées d'historiens et de philosophes amenant à revisiter la conception de la société qui s'épanouit au Siècle des lumières.
Pourquoi Thomas Hobbes ne peut-il penser l'État sans en créer une image ? Cette question est au cœur de l'étude que Horst Bredekamp consacre à l'un des frontispices les plus connus et les plus énigmatiques de l'édition moderne : Le Léviathan. L'auteur retrace ici la genèse des images et des sources variées dans lesquelles Hobbes a puisé, transposant l'iconographie en pensée. Théories optiques, traditions rhétoriques et hermétiques confluent ainsi dans la représentation d'un État-monstre qui s'élève pour nous dominer. Plus encore, nous découvrons comment, à travers la publication de ses portraits, le philosophe s'est préoccupé tout au long de sa vie de forger et de promouvoir sa propre image. Ces stratégies visuelles – à la fois philosophiques et personnelles – se révèlent d'une modernité surprenante et, sous cet angle, nous obligent à reconsidérer l'œuvre de Hobbes dans son ensemble.
Colloque international, Université de Rouen, 17-19 nov. 1999
Les huit années au cours desquelles la famille Pascal habite à Rouen (1640-1648) sont très importantes dans la vie et l'œuvre de Blaise Pascal. C'est en cette période qu'il écrit le Traité des coniques, qu'il conçoit et construit la machine arithmétique, ancêtre de l'ordinateur, et réalise ses premières expériences sur le vide. C'est aussi le moment de sa conversion et celle de toute la famille au jansénisme. L'influence de Pascal à Rouen et, réciproquement, l'influence que ce séjour pourrait avoir eu sur sa pensée forment la double interrogation du volume. D'un côté, un abord plus régional et patrimonial où l'on porte l'accent sur l'enracinement des Pascal à Rouen ; de l'autre, un abord plus large et généraliste où les événements rouennais (révolte des Nu-pieds et la Fronde) façonneraient la pensée et la réflexion de Pascal. C'est à l'évaluation de ce passage rouennais que s'attachent les réflexions proposées ici par des philosophes, historiens et des littéraires.
Les controverses actuelles, notamment sur le port du foulard islamique à l'école laïque, montrent à quel point conceptions politiques et convictions religieuses entretiennent des rapports à la fois complexes et difficiles à dissocier. Il est communément admis que c'est dans l'Angleterre d'il y a trois cents ans que sont nées les premières tentatives de dissocier respect des institutions politiques et liberté de conscience religieuse. Le présent ouvrage procède à un réexamen critique de cette période de grande activité intellectuelle qui sépare la Restauration de la monarchie (1660) de la Glorieuse révolution (1688-1689).
Cerner l'objet indéfinissable et pourtant toujours à définir du " siècle de la lumière ", cerner l'incernable, isoler les définitions et traquer les conduites de l'homme face au spectre lumineux. Pendant trois années durant, dix-sept chercheurs (philosophes, littéraires, spécialistes de l'histoire des sciences et de l'histoire de l'art) ont mené une enquête méthodique qui s'attache d'abord aux fondements philosophiques et scientifiques de la notion pour ensuite atteindre sa représentation en littérature et peinture.