Aux prises avec des tensions interethniques exacerbées à la fin des années 1960, le gouvernement malaisien a mis en place des réformes économiques orientées vers la croissance, mais dont l'objectif premier était la cohésion nationale. Or ce sont les effets massifs et durables de ces réformes qui ont forgé l'exceptionnel développement économique du pays. Au croisement d'interrogations sur la dynamique de la croissance, le développement asiatique, le poids des structures coloniales, le rôle de l'État et ses ambiguïtés, cette recherche sur les causes et les modalités du développement malaisien conduit à repenser la mondialisation. En effet, l'exemple malaisien éclaire de manière originale l'hypothèse d'un dépassement de l'État au sein d'une globalisation néolibérale : la souveraineté dont fait preuve le gouvernement malaisien sur la longue durée contraste avec la situation objective de ce petit pays dépendant de grands partenaires économiques et financiers qui sont aussi ses prescripteurs technologiques et culturels. La Malaisie révèle ainsi la possibilité politique de se frayer une voie singulière et autonome dans la mondialisation.
Ancêtres, lignages et communautés idéales, 16e-20e siècle
Les communautés humaines, les lignages ou les individus ont parfois la tentation de se donner des ascendances fabuleuses, fausses mais crédibles et efficaces, qui rehaussent leur dignité aux yeux de leurs contemporains. La construction de ces "généalogies imaginaires" a pu, selon les moments, les besoins et les individus, ou encore les valeurs dominantes du temps, s'inscrire dans deux ordres bien différents : celui du religieux qui amène à revendiquer une adhésion très ancienne à la religion dominante (ou la fidélité à sa forme les plus pure) ; celui de la culture laïque, qui affectionne les ascendances légendaires propres à légitimer les vertus que l'on revendique pour soi-même. De Benedict Anderson à Pierre Nora ou Colette Beaune, les études sur la naissance des identités nationales ont pris en compte cette dimension. Ici, en dehors des identités nationales, d'autres niveaux de l'appartenance identitaire sont explorés : en deçà, celui de l'appartenance locale ou ethnique ; au-delà, celui de la place que l'on se donne, à l'époque moderne, au sein d'une chrétienté qui se fragmente ou, un peu plus tard, de tel ou tel empire qui se disloque. L'analyse a été centrée sur les sociétés européennes qui se sont étendues de part et d'autres des mers et, à travers quelques exemples, elle a également pris en compte les redéfinitions identitaires de groupes colonisés. La vigueur des patriotismes locaux, les défis liés aux déplacements des migrants et à leur enracinement outre mer, les défis lancés aux peuples dominés, nous offrent en effet un beau terrain d'observation.
Le volume comporte un dossier suivi de contributions diverses. Dans la partie dossier, les archéogéographes poursuivent leur travail de relecture de l'histoire des paysages. Deux réflexions font remonter à la protohistoire la planimétrie rurale, laquelle n'est pas née avec la cadastration romaine mais lui est antérieure. Trois autres contributions revisitent la structure des paysages médiévaux et modernes : transmissions et créations sont au cœur de ces entreprises. L'un des principaux apports de ce dossier tient au fait qu'il nous livre de nouveaux chapitres de l'histoire cadastrale relative à des périodes où celle-ci est méconnue. La question de la fiscalité y reçoit un éclairage nouveau. Les trois contributions hors dossier explorent les formes délimitées du jardin, de la plantation et de l'étang et interrogent les enjeux qui les sous-tendent. La contribution suivante montre la façon dont les sociétés touarègues apprécient la texture et la saveur des aliments. Enfin un dernier article analyse le fonctionnement d'un syndicat paysan basque.
Les îles océaniennes éprouvent des difficultés dans la recherche d'une voie de développement : les reclassements enregistrent des crises en chaîne, une évolution régressive affecte de nombreux secteurs, mais l'intégration économique et socio-politique, par des transferts massifs, assure le maintien d'un haut niveau de vie dans les territoires liés à l'administration des États-Unis et de la France.
Dans de multiples domaines scientifiques, le monde océanien s'avère extrêmement productif. Bâtir une bibliographie parfaitement à jour est en conséquence un objectif difficile à atteindre. Cet ouvrage s'inscrit dans un processus de diffusion de l'information scientifique et il marque un effort d'articulation des travaux d'institutions francophones et anglophones.
Tous les observateurs du Pacifique ont noté l'importance que les peuples de cette région du monde accordent au fait territorial. De la Papouasie Nouvelle-Guinée à Hawaï, de Tonga à Tahiti, les groupes familiaux et certains groupes sociaux sont inconnaissables sans la prise en compte de la relation fondatrice qui les lie à l'espace territorialisé. Si le fait rural exprime diverses formes de l'attachement de l'homme à la terre, dans le Pacifique, c'est la terre qui possède les hommes et non le contraire.
La surface du Pacifique surpasse celle de toutes les terres du globe. Ses îles et ses rivages ont été depuis longtemps l'objet d'explorations, les navigateurs français y jouant un rôle important. Au seuil du 21e siècle, s'y trouvent les plus importantes régions de pêche de la planète. Les pays de son pourtour sont maintenant les plus peuplés du monde. Il devient de plus en plus important d'approfondir nos connaissances du Pacifique, région en train de supplanter l'Atlantique comme scène d'importance globale, mais aussi de nous procurer une vue d'ensemble des recherches dans des domaines variés, entre sciences naturelles et humaines.
Identité et sociétés nomades. Symboles, normes et transformations
En l'absence d'alternative économique et politique, et dans un contexte de déclin généralisé d'idéologies discréditées, on assiste actuellement à une inflation de l'idéologie identitaire associée aux résurgences des mouvements ethniques et nationalistes. Les exemples africains et européens sont nombreux à l'attester. Les contributions sont les suivantes : "Identité et sociétés nomades : symboles, normes et représentations" ; "L'identité insaisissable : Les Caboclos amazoniens" ; "Stratégies commerciales et identité peule. Le teefankaagal au Sénégal" ; "Le nomadisme pastoral en question" ; "Être aborigène aujourd'hui : migrations et changements identitaires dans le Nord-Ouest de l'Australie" ; "Des ignames au riz : la dialectique du nomade et du sédentaire chez les Moken".