Vers une recomposition culturelle du monde vitivinicole
Apporter avec l'ethnologie, l'anthropologie du tourisme, une contribution théorique et pratique à la diversité des approches disciplinaires qui participent à l'analyse de l'engouement actuel pour l'œnotourisme. Valoriser le lien entre patrimoine et œnotourisme qui s'articule sur les préoccupations actuelles pour le patrimoine (labellisations UNESCO, etc.), la préservation et la valorisation des terroirs, des paysages culturels, des traditions et des identités régionales, la montée en puissance des thématiques écologiques (environnement sain, vin nature, biodynamie, etc.). Témoigner des expériences régionales (Alsace, Bourgogne, Val de Loire, Charente -Cognac). Développer les perspectives à partir de la confrontation des expériences en matière de routes des vins, stuctures œnotouristiques, analyse de la consommation des vins à l'échelle régionale, nationale et internationale (Chine). Ouvrir la voie à de nouvelles approches des enjeux culturels et économiques qui gravitent autour de l'œnotourisme. Relancer les recherches en ethnologie régionale via l'intérêt accru pour le patrimoine et les traditions orales.
Écrire l'histoire d'un cru classé du Bordelais, n'est-ce pas se contenter de voler au secours d'une victoire déjà assurée? Sans doute. Mais quand cette histoire est exemplaire des continuités et des transformations séculaires du vignoble des Gravas de Bordeu, cet " espace matriciel de la viticulture bordelaise " pour reprendre les mots de Sandrine Lavaud, pourquoi la dédaignerait-on? D'autant que les monographies sur les grands domaines de Graves ne sont pas légion. Des tenanciers médiévaux de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux dans cette paroisse Notre-Dame de Martillac, jusqu'à la renaissance des vingt dernières années sous la direction de Florence et Daniel Cathiard, le livre retrace l'évolution du bourdieu de Maujan, devenu maison de campagne des Douzon de Bourran à l'Époque moderne, puis propriété du sage et truculent personnage que fut Dufour Dubergier, maire de Bordeaux, " Roi d'Aquitaine ", inventeur du classement de 1855 et véritable créateur du vignoble actuel. Exemplaire des continuités et des transformations séculaires du vignoble de Graves, avons-nous dit, cette histoire ne saurait se passer de son contexte. Privilège des vins de Bordeaux, hiver terrible de 1709, oïdium, occasion ratée du classement de 1855, phylloxéra, etc. Heurs et malheurs des Graves de Bordeaux, qui n'ont rien à envier dans leurs plus belles réussites à la gloire médocaine. Smith Haut Lafitte en est une démonstration.
Si la Révolution ébranle la "république des lettres", remettant en cause un système construit de longue date, fait de codes de comportements individuels et collectifs, de formes symboliques ou financières de reconnaissance, de logiques sociales et matérielles de production, il n'est pas sérieux de prétendre qu'elle n'aurait été qu'un "désert" littéraire, une antienne qui nourrit une "légende noire" construite dès les premières années du 19e siècle. La décennie révolutionnaire n'ouvre-t-elle pas une période de liberté en reconnaissant le droit d'auteur et en exaltant le génie des écrivains, leur accordant une place de choix au Panthéon ? L'ouvrage étudie les espaces propres aux intellectuels, ceux qui perdurent comme ceux qui naissent, de mesurer l'instrumentalisation politique et sociale de la culture, de suivre les carrières révolutionnaires contraires et contradictoires de Rétif de la Bretonne et de Parny, d'atteindre le public des lecteurs à travers l'étude du prêt privé.
Les antifascistes italiens dans le Sud-Ouest, 1924-1940
Au début des années vingt, des milliers d'opposants au fascisme sont contraints à l'exil. Intellectuels, parlementaires, responsables politiques et syndicaux ou simples militants trouvent refuge en France, essentiellement à Paris mais aussi dans le Sud-Ouest. Déterminés à poursuivre depuis l'exil leur combat contre la dictature, ces antifascistes vont, avec l'appui de la gauche française, reconstituer en Gascogne leurs organisations, créer des journaux et développer une intense activité éditoriale. Ils vont adapter les expériences sociales qu'ils avaient menées dans leurs régions d'origine à la nouvelle situation des immigrés italiens installés en France, les regroupant dans des structures nouvelles : les coopératives. Si sur le plan humain, l'exil a été une épreuve douloureuse, au niveau de la production des idées et de la valorisation du patrimoine culturel son apport a été considérable. L'ouvrage montre comment l'exil, loin d'être un repli communautaire, est un espace d'affirmation identitaire en mutation constante sous l'effet du brassage des cultures.
Colloque international tenu à Bordeaux, les 3 et 4 oct. 2003
L'océan Atlantique a été au cours des cinq derniers siècles un élément fondamental de l'essor et du développement des villes maritimes et des arrière-pays liés aux grands circuits de la circulation marchande. La respiration de cette économie atlantique a été rythmée par l'alternance de périodes de paix et de guerre, ayant chacune ses logiques de fonctionnement. Qu'ils soient neutres ou belligérants, les conflits ne laissent en effet indifférent aucun des acteurs économiques du pourtour de l'Atlantique. Du négociant au capitaine, d'un port à une région, du commerce d'une denrée spécifique à une pesée plus globale des trafics, les études présentées dans le volume multiplient les angles d'analyse afin de montrer la complexité des situations possibles. Hier comme aujourd'hui, les conflits engendrent des fortunes en même temps qu'ils provoquent des situations de détresse, en fonction de la position des acteurs sur le marché et de la marge de manœuvre que la situation leur offre. Derrière les agissements individuels, il est possible d'identifier les mécanismes d'ajustement qui permettent la réorganisation des flux commerciaux et des activités en temps de guerre, atténuant ainsi l'impact des conflits sur l'économie du monde atlantique.
Renaissance littéraire et renaissance linguistique en pays de langue d'oc aux 19e et 20e siècles
Le 19e siècle a été, en Europe, "le siècle des renaissances" littéraires et linguistiques. Des langues connaissent alors des formes d'institutionnalisation dont elles n'avaient jamais bénéficié jusque-là, et, de ces langues accédant ainsi à la légitimation culturelle et politique, des traditions littéraires surgissent ou resurgissent. L'urgence des temps s'accompagnait alors d'une résurgence des mots. La renaissance littéraire occitane a fait partie de ce mouvement multiforme, avec ses caractéristiques propres. Elle n'est pas renaissance à partir de rien, mais retour sur une histoire déjà ancienne : celle de ses origines et de ses splendeurs médiévales, dont le souvenir a cependant très tôt été considéré bien davantage comme le signe d'une disparition que comme celui d'une continuité à restaurer. De Fabre d'Olivet, son théoricien, jusqu'à Frédéric Mistral, en passant par le Bordelais Antoine Verdié ou l'Agenais Jasmin, ce manque s'est transformé en désir d'écriture sans relâche travaillé par la question lancinante de la transmission des mots et de son interruption. Au 20e siècle, des écrivains comme Joseph d'Arbaud, Antonin Perbosc ou, plus près de nous, Max Rouquette et Bernard Manciet, ont ancré leur écriture dans cet exil des origines qui est ainsi devenu la forme première de leur expression et de leur imaginaire.
Cuisine et société à Bordeaux et dans les villes portuaires. Colloque international organisé par l'université de Bordeaux III et le CNRS, 4 et 5 oct. 2004
Poumon de la ville, lieu de croisement des hommes et des cultures, la Garonne a toujours été une source de richesses pour Bordeaux. Un port est un carrefour où se croisent et se rencontrent des influences diverses, notamment dans le domaine de l'alimentation. Au port de Bordeaux se sont rencontrés les ressources du fleuve limoneux, de l'alose à la lamproie, les produits des terroirs aquitains, du vin au confit, et les denrées coloniales importées des Antilles. Cette ouverture du port sur l'océan participe de l'évolution de la gastronomie portuaire. À Bordeaux, à Buenos Aires, à Porto ou à Hambourg, existe-t-il vraiment une singularité des cuisines portuaires ? Afin de retrouver les influences, d'identifier les saveurs et de saisir les subtilités du goût dans les villes maritimes, le livre invite à un véritable voyage gustatif de plus de trois siècles (du 18e au 20e siècle).
Le musée de Bordeaux est une société savante éclectique plaçant son activité sous la devise éloquente de "Liberté, égalité". Réunissant un ensemble de notables principalement issus du négoce et porteurs de pratiques sociales et d'idéaux pré-révolutionnaires, elle se distingue par la réunion des sciences, de la peinture, de la littérature, de la musique et par des enseignements multiples, ainsi que dans l'attention portée aux sourds-muets dans l'esprit de l'abbé de l'Épée. Mais c'est principalement l'activité musicale qui est étudiée ici en détail, grâce à la richesse extraordinaire du manuscrit 829 de la bibliothèque municipale de Bordeaux qui comporte un ensemble archivistique unique pour une société de concert à la fin de l'Ancien Régime. Les neuf contributions d'historiens et de musicologues analysent le fonctionnement interne du musée d'un point social et économique, et les relations que la société entretient avec la ville et avec la vie musicale nationale. Les programmes musicaux des quarante séances publiques organisées entre 1783 et 1792 sont présentées en annexe et permettent de connaître dans le détail les choix musicaux des auditeurs qui revendiquent délibérément leur inscription dans la "révolution" musicale opéré par Gluck au début du règne de Louis XVI. L'orchestre du musée, composé d'amateurs et de professionnels, pratique un répertoire contemporain composé des symphonies de Haydn, des opéras français les plus récents, et de pièces lyriques et concertantes cosmopolites.
Entre Cahors et Soturac, le vignoble d'appellation d'origine contrôlée Cahors se situe dans la moyenne vallée du Lot, à terrasses étagées siliceuses, et sur ses versants et plateaux bordiers partagés entre les calcaires des ères secondaires et tertiaires. Pour étudier et cartographier les terroirs des 45 communes qui englobent l'aire (à la demande des instances viticoles locales et nationales), l'auteur a défini une grille de douze critères de différenciation des terroirs qui permettent de les décrire et de les cartographier au 1/25 000. Cette approche épistémologique et appliquée initie la recherche dans trois domaines : une étude affinée des terroirs par fosses et sondages ; une étude des topoclimats de l'aire ; et une étude des rapports entre terroirs et qualités des vins. Ces prolongements ont confirmé la cartographie, l'individualité de chaque terroir. Enfin, un des aboutissements des recherches est l'étude, à l'échelle de la parcelle, des possibilités de reconnaissance d'une appellation "premier cru Cahors", qui peut donner un nouvel élan au vignoble.
Qu'ont véritablement pensé et écrit Montesquieu, Raynal et quelques autres de la traite et de l'esclavage ? Le fait que l'une et l'autre — ces deux faces distinctes mais également insoutenables d'une même pratique d'exploitation et d'asservissement — aient encore eu droit de cité jusqu'à la toute fin du siècle dit des Lumières — et au-delà — a parfois conduit à étendre injustement à la philosophie et aux idées de ce siècle l'opprobre justifié jeté sur ces pratiques. Des spécialistes relisent les grands textes produit au cours de cette période puis analysent la traite à Bordeaux, et notamment le rapport des "élites" à ces pratiques honteuses mais lucratives.