Aujourd'hui, la catastrophe écologique se double d'une catastrophe politique. Face aux défis de la crise climatique, à la capture du langage par le " nouvel esprit du capitalisme ", à l'avènement des gouvernements autoritaires incarnés par l'Amérique trumpienne, comment imaginer un avenir commun et se donner des raisons d'agir au-delà des récits de fin du monde ?
Notre intérêt en tant qu'espèce, nous disent Patrick Boucheron et Eduardo Viveiros de Castro, est de ne plus nous placer au centre. Dès lors, comment gagner le pari de l'universel, malgré tout, une fois comprise la diversité des mondes ? Face aux enjeux environnementaux contemporains et à la montée des récits apocalyptiques, Patrick Boucheron et Eduardo Viveiros de Castro interrogent notamment la manière dont les représentations amérindiennes nous incitent à repenser la notion d'altérité, ainsi que la relation entre humains et non-humains, dans une perspective globale.
Car enfin, ce que nous enseignent les peuples indigènes, c'est qu'un monde qui finit ne signifie pas nécessairement que nous allons disparaître avec, mais que nous devons au contraire, lutter pour survivre et résister aux forces qui nous contrôlent et nous oppriment. Le défi, en somme, serait de faire l'expérience de penser avec l'autre et de se réinventer dans un monde commun.
Débat modéré par Julie Clarini, journaliste à la rubrique Débats & Idées du Monde. Ouvrage présenté par Valérie Disdier (Cité Anthropocène) et Cédric Duroux (October Octopus), coorganisateurs du festival À l'École de l'Anthropocène.
Ce bref ouvrage instaure un dialogue entre deux historiens majeurs du XXe siècle, Marc Bloch (1886-1944), pionnier de l'histoire critique, et Carlo Ginzburg (1939-), maître de la microhistoire. Dans un parcours articulé autour de trois textes signés Carlo Ginzburg (1965, 1973 et 2024), ce livre montre comment Bloch a jeté les bases d'une approche critique de l'histoire et témoigne du rapport de Carlo Ginzburg à l'œuvre de cet historien majeur.Dans les trois textes réunis ici, Carlo Ginzburg explore la pensée de Marc Bloch : sa genèse, son évolution et la construction de sa méthodologie. Il revient également sur l'influence des travaux de Bloch sur ses propres recherches.Ginzburg explicite ainsi la " scientificité de l'histoire " propre à Bloch, laquelle repose sur la critique du témoignage (par opposition aux sciences de la nature reposant sur des expériences) et les relations qu'elle entretient avec la psychologie et la sociologie. Bloch revendique en effet la possibilité d'une connaissance scientifique des faits historiques singuliers. Il s'attache à l'étude des fausses nouvelles (dans un premier temps celles qui circulent dans les tranchées de la Première Guerre mondiale où il combattit), ce qui le mène à l'écriture de son célèbre ouvrage " Les Rois thaumaturges " en 1924, dans lequel il étudie la croyance dans le pouvoir royal de soigner les écrouelles par le toucher. Bloch montre qu'au-delà de la légende, on puise à une vérité plus profonde, celle des représentations collectives.Au début du XXe siècle comme aujourd'hui, l'importance de cette recherche suscite l'éloge de nombreux chercheurs et peut être considérée comme une ancêtre de la microhistoire : une étude de cas qui pose la question de sa généralisation en reliant une " anomalie ridicule " aux " tendances générales de la conscience collective ". Si Les Rois thaumaturges est un classique, nous dit aussi Carlo Ginzburg, c'est parce qu'aujourd'hui, à un siècle de distance et dans un monde profondément différent de celui dans lequel il fut publié, il nous offre des instruments pour réfléchir à des phénomènes dans lesquels nous nous trouvons tous immergés, à commencer par celui des fake news.