La sériciculture, en d'autres termes l'élevage des vers à soie, est pratiquée dans les Cévennes depuis le 13e siècle. L'auteure en retrace la mémoire, des débuts du 19e siècle jusqu'aux années 1960. Mais elle fait davantage que relater des savoir-faire. Elle restitue cette pratique dans ses dimensions économique, sociale et symbolique. Après avoir fait l'archéologie des connaissances et des savoir-faire dans la sériciculture, elle met en évidence le rôle prépondérant des femmes dans l'"éducation" des vers à soie, des magnans. Son analyse de l'organisation sociale montre les relations complexes qui lient les éleveurs et les filateurs. Les continuités et les mutations de la société cévenole sont saisies dans une activité qui apparaît alors comme une des clés de voûte de la vie sociale et économique. Françoise Clavairolle n'identifie cependant pas l'activité séricicole avec la culture cévenole. Analysant le système technique dans son évolution socio-historique, elle examine la disparition de cette activité et les conditions de son renouveau.
L'anthropologie indianiste a trop longtemps été guidée par l'idée que la culture matérielle appartenait aux tribus et les institutions sociales et culturelles aux castes, évacuant ainsi la dimension sociale des faits techniques. A l'opposé de cette conception, le livre déploie la complexité, la densité sociale et intellectuelle des techniques et des savoir-faire, afin de donner à ceux-ci leur place dans la vie culturelle et sociales des hommes.
A Cambay, dans le nord de l'Inde (État du Gujarat), à l'embouchure de la rivière Mahi, se poursuit l'un des artisanats les plus anciens au monde : la taille des pierres de roches dures. L'étude de ces perles permet de proposer des hypothèses sur la dynamique à l'origine de la civilisation harappéenne (3e millénaire av. J.-C.). Mais les scientifiques doivent restituer "la valeur culturelle des perles indépendamment de tout préjugé anthropologique" (Valentine Roux). La construction du sens en archéologie, comme ailleurs, demeure un problème épistémologique important. Des spécialistes venus de différents domaines du savoir, préhistoriens spécialistes en technologie lithique et ornementale, ingénieur en balistique, chercheurs en sciences du mouvement et en économie, ont élaboré des référentiels interprétatifs applicables aux perles archéologiques (perles de Nausharo, de Kalibangan, de Mésopotamie et de l'Indus). Les comportements humains s'ancrent bien dans des universaux de processus qui transcendent les particularismes culturels.
L'ouvrage présente une approche anthropologique des transferts de technologies qui relève d'une trajectoire entièrement originale où l'anthropologie des techniques se combine à l'analyse ergonomique du travail pour répondre à ce que l'on nomme classiquement une "demande sociale". Sur le littoral de Guinée, les populations susu utilisent traditionnellement d'importantes quantités de bois pour produire du sel. Ces techniques contribuent à la déforestation des zones de mangrove. Depuis plusieurs années, des actions sont engagées pour prévenir ce phénomène. Beaucoup ont échoué faute de tenir compte des pratiques des populations dans leur environnement. Un programme s'est démarqué des actions précédentes. Il proposait de transférer des modules de production de sel qui ne nécessite aucune utilisation de bois. Pour les concepteurs du projet, le succès du transfert de l'innovation était étroitement dépendant des dimensions sociales et culturelles des populations. L'auteur nous fait entrer au cœur du transfert. On découvre les univers respectifs des hommes, le rôle de l'histoire et les oppositions d'intérêts. Au fil des pages, d'étonnants réseaux d'acteurs apparaissent. L'implication de l'ethnologue est au centre de l'ouvrage. On parcourt les phases de son action, de l'analyse de la demande à la présentation des résultats qui ont orienté les acteurs du programme vers la mise en œuvre de choix techniques mieux adaptés aux dimensions sociales et culturelles des contextes de réception.
Le lecteur trouvera dans l'ouvrage des éléments de méthode qui devraient alimenter les débats sur l'intégration et le rôle des sciences sociales dans le cadre des transferts de technologies.
Une roue en bois d'une facture insolite permet à l'auteur de proposer une interrogation inattendue des peintures rupestres d'une petite région du Sahara central. Vers le milieu du premier millénaire avant notre ère, la population qui y vivait élevait des chevaux et les dressait à l'attelage, à l'aide de chars d'une structure simplifiée et allégée au maximum, mais d'une conception fort élaborée. Les chevaux dressés étaient vraisemblablement destinés aux établissements phéniciens de la côte libyenne, d'où venaient également les chars, en pièces détachées. La démonstration fait justice de toutes les élucubrations romanesques qui ont souvent, dans le domaine de l'art rupestre saharien, tenu lieu de théorie.
Au Liban, l'alternance de l'abondance et de la pénurie conduit chaque famille à prévoir des réserves pour la moitié de l'année : c'est le mune. Il s'agit plus que d'avoir des provisions pour l'hiver ; il s'agit de les transformer en mets en se servant d'un ensemble de techniques culinaires. Les femmes du Liban ont des responsabilités essentielles dans la vie du groupe. L'auteure, en décrivant le mune, en montre la part la plus concrète.