Depuis une vingtaine d'années, les économies monétaires et marchandes s'étendent à la majorité des sociétés locales de la planète et l'analyse des processus de transition dans lesquels ces sociétés sont engagées constitue un enjeu majeur. Cet ouvrage décrit et analyse les changements survenus chez les Pygmées baka du Cameroun au tournant des années 1960 avec l'adoption de l'agriculture et une résidence en bordure de route. Leur passage d'une économie de chasse et de cueillette vers une économie intégrant l'agriculture offre un cadre propice à une réflexion plus générale sur les dynamiques sociales, l'évolution des sociétés et le développement durable. Les dynamiques sociales sont analysées non pas comme une rupture, mais comme la poursuite d'un mouvement, la tradition constituant l'invariant par référence auquel le changement devient concevable et acceptable.
L'enquête ethnologique dans le parc national de la Vanoise, fondée sur le mode de l'observation participante, a été délicate à mener en partie à cause des enjeux très conflictuels liés à la création et à l'évolution des modes de gestion des espaces naturels. Et les protagonistes avaient pris le parti d'éviter le débat plutôt que d'entrer dans la controverse. Conformément au modèle de protection de la Wilderness, — ou de ce qu'il est convenu d'appeler la nature primitive ou vierge —, la politique de protection de la nature a longtemps consisté, en France, à connaître et protéger les espèces et à limiter le développement des activités humaines dans les parcs nationaux. Cependant, l'évolution des approches écologiques et l'émergence des concepts de biodiversité et de développement durable ont récemment amorcé un changement d'orientation dans les politiques de conservation et de gestion des espaces protégés. L'auteur expose ici une analyse de ces mutations grâce à une description très fine des visions du monde des personnes ayant participé à la création d'un parc national. Si l'histoire institutionnelle et idéologique de la protection de la nature en France apparaît en filigrane tout au long du livre, l'auteur propose surtout un exposé passionnant des attitudes et positions éthiques des acteurs. Il analyse les formes de construction et de circulation des savoirs pratiques, cognitifs et symboliques autour des objets naturels.
Trois espèces d'huîtres ont depuis plus d'un siècle influencé la dynamique d'une partie du littoral charentais : le bassin de Marennes-Oléron. Quelles images et connaissances de la Marennes, la portugaise, la japonaise suscitent-elles auprès du grand public ? Peu, même si ce coquillage, plutôt festif, constitue un mets courant. Les ostréiculteurs charentais — et les ostréicultrices dont la place est majeure dans la profession — n'entrent pas non plus dans les habituelles typologies socioprofessionnelles. Sont-ils "gens de mer" ou "gens de terre" ? Leur métier, à la fois traditionnel et moderne, s'inscrit dans une certaine marginalité. C'est ce qui en fait tout l'attrait pour l'observateur. Retraçant les évolutions d'une technique à travers le vécu de cette micro-société charentaise, l'ouvrage met en relief les dispositions d'une profession à se projeter dans le futur.
Fruit d'un travail de sociologues, ce livre analyse les accords de qualité lors des échanges économiques entre produits et consommateurs. Quels sont les points communs entre la qualité du vin, l'origine d'une clémentine et la fabrication d'une voiture ? C'est qu'il s'agit chaque fois de définir, lors de la fabrication et commercialisation d'un produit, les critères qui permettent de définir sa qualité. C'est la qualité qui permet l'élaboration du produit mais aussi son échange entre consommateurs. Mais sur quelle base repose la notion de qualité ? C'est à cette question de nature sociologique que les auteurs tentent de répondre, grâce à une compréhension des mécanismes permettant la construction d'accords de qualité dans des situations très variables.
L'auteure, chercheure en anthropologie, est la première à mener une enquête ethnographique sur l'inventivité technique dans le monde rural. En s'appuyant sur l'exemple de deux communautés d'agriculteurs bourguignons (les producteurs de cassis en Côte-d'Or et ceux de cerises de l'Yonne), elle montre comment l'inventivité technique dans l'utilisation du matériel agricole permet de compenser la standardisation de ce dernier, lorsqu'il est produit par des fabricants industriels. C'est le cas, par exemple, d'une machine à récolter les framboises ou encore de l'utilisation d'un tracteur suranné. Ces exemples d'ingéniosité montrent comment de petites communautés paysannes parviennent à survivre en dépit de l'industrialisation, preuve par ailleurs de la subsistance d'une "pensée sauvage" que l'ethnologue se doit de mettre en valeur.
La nature que l'on dit ordinaire est assez habituelle : sentiers, rivière, champs cultivés, bords de routesÉ Et hybride, composée de nature sauvage et de nature domestique. Cette nature s'inscrit dans des activités agricoles, touristiques et artistiques. Les relations nature-société se recomposent et nécessitent par conséquent une politique publique qui s'engage dans la durée. C'est à l'expertise des "plans communaux de développement de nature" en Wallonie que nous invite le livre. Par l'analyse sociologique, l'auteure remet notamment en cause les distinctions entre expertise et connaissance scientifique, nature remarquable et nature ordinaire.
Qui sont les quelque 10 000 passionnés d'oiseaux officiellement recensés à ce jour ? Comment devient-on un éleveur amateur ? Quel rapport à la nature sous-tend cette pratique ? C'est à quelques-unes de ces questions et à de nombreuses autres que l'ouvrage de la sociologue Eliane Del Col apporte des réponses.
Le couple formé par l'ours et le loup est une figure de premier plan dans la littérature populaire et les bestiaires d'Europe occidentale. Parfois, il "fait" l'actualité et intéresse la presse nationale et locale. À partir de sources écrites (savantes) et orales (populaires) et d'une étude de terrain menée dans la chaîne Cantabrique espagnole (où vivent encore loups et ours à côté de bergers et d'agriculteurs) l'ouvrage rend compte du rôle symbolique de ces deux animaux dans les systèmes de représentation de l'imaginaire occidental (France et Espagne), et dégage le rapport structural reliant l'ours et le loup. Quant aux émotions et pulsions que suscite le binôme, l'auteure recourt pour les expliciter aux divers outils de la psychanalyse.
Comment rendre compte du fait que les praticiens, agriculteurs ou autres professionnels, produisent, évaluent et renouvellent sans cesse la connaissance qui guide leurs activités ? Comment récuser la démarche de ceux qui, sous couvert de partager "le" savoir, prétendent diriger l'action des autres ? Comment, sans sombrer dans le relativisme, dénoncer le scientisme, légitimer les formes de connaissance des praticiens et fonder les possibilités d'une réelle coopération entre pensée savante et pensée de la pratique ? Comment montrer qu'une société où seules les minorités auraient l'apanage de l'intelligence est une utopie, tenace mais stérilisante ? Utopie qui se nourrit du "racisme de l'intelligence". L'ouvrage, à la croisée de la sociologie et de l'anthropologie, s'adresse aux chercheurs et à ceux qui ont à conseiller, diriger ou informer : travailleurs sociaux, responsables syndicaux, dirigeants ou experts. Mêlant l'expérience de terrain et théorie, l'auteur commente des textes de disciplines et de tendances très diverses, composant un corpus conceptuel et méthodologique original, tendu vers l'étude de la production de connaissance pour l'action.
Civilisation du risque, notre société n'est-elle pas tout autant une civilisation de la sécurité ? C'est dans ce contexte que le "principe de précaution" s'est affirmé comme référence nouvelle de l'action : il en appelle à la prévention sans attendre que soit établie la réalité du risque. Comment interpréter ce principe ? Ces contributions offrent des outils de pensée à partir de situations précises. Des chercheurs de différentes disciplines montrent comment une culture de la précaution pourrait susciter une gestion des risques plus intelligente et plus ouverte aux préoccupations des citoyens. Leurs analyses témoignent aussi des flottements possibles ou de l'ambivalence d'une idée qui, mal interprétée, peut faire régresser la rationalité de la décision publique ou le droit de la responsabilité.
En embrassant la diversité anthropologique, historique et sociale des conceptions et des usages du temps, les études réunies dans ce volume invitent à des approches croisées : par exemple entre le temps des consommateurs et celui des producteurs, entre le temps des cultures sans horloge et le temps des sociétés hyperponctuelles, entre les civilisations qui associent temps linéaire et temps cyclique et celles qui ne croient qu'à un seul temps. Traiter du temps sous l'angle de l'alimentation aide, en spécifiant une notion spontanément concédée à la physique et à la philosophie, à la faire entrer dans le champ des sciences humaines.