La médicalisation de l'existence et la technicité de la médecine repoussent la maladie, voire la mort, en définissant des modalités de vie différentes et des situations de soin nouvelles. De nouveaux dispositifs interactionnels sociomédicaux singuliers apparaissent. Le dossier s'y consacre.S'appuyant sur des apports disciplinaires variés – sciences du langage, médecine, psychologie, et même littérature – les contributeurs du numéro abordent le domaine de la santé par le biais des productions discursives qui circule en son sein. Ces productions discursives sont alors considérées comme des pratiques langagières et sociales à part entière.Les discours exploités sont ainsi produits dans une interaction périphérique: des lettres de patients ou de proches (Galatanu, Herbland, Garric & Thuault), des journaux de bord (Herbland), ou encore des processus de production de dispositifs d'éducation thérapeutique (Dos Santos Mamed & Grossen), et des consultations de prise en charge de l'addiction d'usagers toxicomanes (entretiens médicaux d'anamnèse et de suivi, des entretiens de suivi psychologique, des rendez-vous de délivrance de traitement substitutif, des rendez-vous d'accompagnement social et administratif, des consultations en réduction de risques) (Cance & Ploog). À l'exception de la contribution de Herbland qui examinera l'apport des pratiques discursives écrites " hors cadre " dans la relation de soin en réanimation, l'approche sera empirique.
La notion de norme est centrale dans les approches sociales du langage. Le présent dossier propose de l'aborder à travers les conflits liés à l'acte de nommer envisagé dans des contextes présentant des enjeux scientifiques, éthiques ou socio-politiques. Les cinq contributions réunies étudient en effet des discours où l'hétérogénéité des normes est explicitée par des acteurs sociaux, individuels ou collectifs, engagés dans la lutte pour le sens ou la forme des mots, dans la mise en discours plus ou moins contrainte de leurs perceptions du réel, dans la confrontation de valeurs éthiques appliquables à la communication interindividuelle. Elles montrent comment cette hétérogénéité réfléchie par des acteurs en situation " minoritaire " détermine des postures de critique, de résistance ou au contraire de déférence aux normes dominantes. Il s'agit de mettre en évidence ce que les conflits de normes disent des rapports sociaux, comme des aspirations et des pratiques émancipatrices de groupes ou d'individus ordinaires ou marginalisés. Les analyses ouvrent sur des extérieurs du discours appelant d'autres pratiques sociales, visant à transformer l'existant.