L'étude des discours administratifs contribue à la connaissance des politiques publiques, des phénomènes sociaux et des productions juridiques. En effet, la notion de discours administratif ne se construit plus uniquement autour de la figure de l'administration. Discours " issu de " l'administration et discours " portant sur " l'administration s'entrecroisent, l'un comme l'autre pouvant émaner d'un même acteur. Leurs nuances sont modulées en fonction des liens entretenus avec les discours de pouvoir, suivant les retentissements qu'ils produisent dans les espaces civils et sociaux, selon les répercussions qu'ils induisent sur les comportements, individuels ou collectifs. L'acception d'un discours administratif varie toutefois selon les locuteurs sélectionnés, les objets étudiés, les terrains arpentés. L'angle de vue diffère suivant les corpus distingués, les concepts abordés, les terminologies utilisées. L'étude de ces discours repose ainsi sur une réflexion quant à leur énonciation, quant à leurs contenus, quant à leurs applications et quant à leur réception par les citoyens comme par les agents de l'administration.
Ce livre raconte un "Voyage fantastique " qui entraîne le lecteur dans une réflexion nouvelle et originale sur le droit pénal. Le voyage commence par la descente dans l'infinitésimal du mot " spécial ", qui caractérise le droit pénal spécial, la partie du droit pénal où les crimes, les délits et les contraventions sont prévus et décrits. Dans les racines étymologiques du mot " spécial " on découvre un passage secret qui relie le droit et la visualité. La " découverte " de ce lien conduit à revisiter la partie spéciale du droit pénal, en l'imaginant comme une sorte de " pays du mal " où vivent les formes visibles de l'injuste. Chacun d'eux identifie et décrit une façon d'être, une manifestation paradigmatique, typique de l'injuste : voilà le meurtre, les violences, l'agression sexuelle, le vol, l'escroquerie, la corruption, etc.Au cours des étapes suivantes, le voyage permet de comprendre, également à travers la référence aux arts figuratifs, l'importance de la visualité dans la genèse et la définition des infractions. Mais la relation entre le droit pénal et la visualité est cependant une relation en crise, car, dans la réalité contemporaine, il est de plus en plus difficile de décrire les infractions de manière iconographique. Après avoir examiné à la fois le potentiel numérique de la technique législative et les promesses communicatives de l'intelligence artificielle, le voyage fantastique se termine par la vision d'un horizon où il est encore possible de décrire le droit pénal spécial en utilisant les ressources créatives de l'imagination.
Comprendre pourquoi et comment le droit français s'est peu à peu imposé comme un modèle juridique dans le monde ; tel est l'objet de cet ouvrage. Il s'agit d'un itinéraire qui traverse continuellement les frontières. Il s'agit d'une alchimie qui mêle les attentes des élites étrangères, l'ambition du législateur français, la place de la France dans le monde et les spécificités de son droit. Il s'agit d'une histoire où les techniques juridiques ont parfois pour compagnons de voyage la diplomatie, la langue française, la mode, la gastronomie, l'universalisme et la puissance des armes. À compter du second XVIe siècle, les juristes gallicans imposent, en contrepoint de Rome, de l'Espagne et des guerres civiles, un triple thème : exception, rivalité et primauté du droit français. Au Siècle des lumières, les réformateurs glorifient les ordonnances du grand Louis XIV qui sont effectivement copiées à l'étranger, mais ce sont les philosophes et leurs livres qui deviennent modèles de réformes. 1789 : les Révolutionnaires n'entendent pas travailler pour la France, mais pour l'univers. Avec les victoires militaires des années 1794-1799, le modèle juridique français s'impose effectivement à l'étranger, tantôt sous la contrainte, tantôt par imitation volontaire. L'esprit de conquête pousse Napoléon à transposer son modèle, la constitution de l'an VIII, les codes et la loi de pluviôse, dans ce qu'il nomme " le système européen ". Mais, paradoxalement, c'est après le rejet doctrinal et législatif des cadres napoléoniens (1814-1820), que l'on assiste au grand déploiement du modèle français en Europe : le besoin urgent de réforme dans les États naissants, la puissance politique et culturelle de la France (du moins jusqu'en 1870) et la qualité technique de certains de ses systèmes juridiques se conjuguent pour susciter un engouement. Ce modèle forme désormais une référence inévitable quand un législateur étranger envisage une réforme. Le droit français est ainsi devenu un modèle juridique aux deux sens du terme : un système juridique différencié en même temps qu'un système juridique imité.
Cet ouvrage prend le parti de la valorisation du droit étranger. Pour se faire crédible, une telle mise en jeu doit cependant répondre à des exigences élevées. En plus de commander un entendement de l'étrangeté du droit étranger, elle requiert ainsi une théorisation de l'acte de connaître visant à approfondir ce qu'implique l'apprentissage d'un droit étranger. Au moyen de dix essais défendant des protocoles de recherche ou proposant des cas, l'auteur montre comment tout travail faisant irruption dans le droit de l'autre, s'appropriant un terrain, organisant les conditions concrètes d'une possibilité d'entendement, déplace ou occulte ce droit même, l'excède ou l'abrège — l'interrompt. C'est qu'à chaque instant, incontournablement, le juriste, si avare de fioritures et si féru de fidélité soit-il, invente, dans "sa" langue, dans "son" écriture aussi, le droit étranger, tout à la fois proche et distancié, qu'il trouve et façonne simultanément. Mais il reste qu'il lui faut dire ce droit aussi justement que possible. Aussi est-il tenu de donner de la hauteur, de la relevance, au droit étranger. Ce n'est ainsi qu'il pourra le rendre pertinent, c'est-à-dire relevant. Pierre Legrand est professeur à la Sorbonne, où il dirige la formation spécialisée dans l'étude de la globalisation et du pluralisme juridiques. Il enseigne en outre à Sciences Po, dans diverses universités européennes et nord-américaines, de même qu'en Australie, au Brésil, en Chine et à Singapour.