Ce numéro vise à interroger les modalités concrètes de la diffusion de l'idéologie néo-libérale dans le contexte français en travaillant sur les réseaux qui en font la promotion. Une attention particulière est portée aux formes de mobilisation choisies pour militer pour ces idées dans le contexte institutionnel et politique français. Les auteurs du numéro montrent que c'est à partir de mobilisations silencieuses et en adaptant leur discours au débat public que les militants néo-libéraux privilégient une approche incrémentale dans un contexte où le coût de justification de leur idéologie est important. Dans ce processus, on observe non seulement un transfert d'idées extérieures à la France, mais également un transfert des formes de mobilisations militantes autour de la cause néo-libérale. Les contributions les étudient dans toute leur diversité: la mise en avant d'un instrument de politique publique au niveau local (le chèque culture), le militantisme par l'expertise des think tanks pour influencer le pouvoir, le cas des mobilisations des jeunes libertariens français sur le web, ainsi qu'un entretien sous forme de regards croisés de deux figures contemporaines du néo-libéralisme en France.
Ce dossier de Quaderni propose de croiser différentes approches de sciences humaines et sociales sur la ville intelligente. Il a pour objectif de questionner le slogan 'smart city' utilisé non seulement par des ingénieurs des techniques numériques mais aussi par des responsables politiques, des professionnels de l'aménagement urbain et des chercheurs. Il tente de répondre à la question: " la smart city " relève-t-elle d'une " fiction " (e-democracy au-delà de e-government) au service d'une innovation technique – qui tout compte fait se limite à l'optimisation de services urbains (grâce aux capteurs, aux objets connectés et à Internet) – proposée par des entreprises privées ou faut-il plutôt l'interpréter comme une innovation majeure autorisant une gestion stratégique de la ville en cours de recomposition spatiale, sociale et économique sous l'effet conjugué de la mondialisation et de la révolution numérique?
L'usage politique et militant des nouvelles technologies est manifeste ces dernières années dans le phénomène de " radicalisation " tout à la fois religieuse, politique et sociale, qui a touché nombre d'individus, en France et à l'étranger, et qui se caractérise par des changements dans les trajectoires biographiques des acteurs concernés. Ce numéro des Quaderni porte attention aux processus de radicalisation, notamment islamiste, opérée via les NTIC, qui conduit des segments de la population à partir " faire le jihad " ou à basculer dans la violence terroriste. Comment les NTIC construisent-elles un entre-soi qui favorise des formes de rupture avec le monde profane, ainsi que la désignation d'un ennemi et bouc-émissaire? Est-il possible de les identifier, de caractériser leur structure narrative et de réfléchir à des programmes de " dé-radicalisation " prenant en compte les particularités des thèses complotistes liées aux formes de radicalisation islamiste? Au-delà, l'objectif du numéro consiste à étudier les dissonances cognitives spécifiques à/aux radicalisation(s) en portant attention aux relations existantes entre les valeurs véhiculées et les procédés techniques mobilisés, ainsi qu'aux moyens mis en œuvre par les pouvoirs publics pour y répondre.
Ce dossier analyse les stratégies d'autorité sur les réseaux et leur déploiement en relation à la fois avec les ordres sociaux de légitimité et avec les cadres particuliers que représentent les dispositifs numériques. Dans cette perspective de construction de l'autorité, nous interrogeons les formes, les dispositifs et les pratiques dans leur dimension communicationnelle, afin de montrer comment s'élabore le pouvoir sur les publics et les usagers des médias informatisés. En regard, on met en perspectives les modalités par lesquelles la manipulation des formes numériques permet aux acteurs de s'autoriser, de se légitimer, de se faire valoir dans un projet personnel ou collectif, de se qualifier dans une expertise, un savoir ou une écriture.
Les réflexions conjointes conduites en France depuis près d'un demi-siècle par les mondes de l'éducation et de la culture ont favorisé la construction d'un modèle d'action spécifique dans le domaine de l'éducation artistique et culturelle. Ce modèle privilégie l'intervention d'artistes dans les établissements scolaires, en relation avec les enseignants et dans le respect de leurs prérogatives. Mais les dispositifs existants ne concernent chaque année qu'une part relativement faible de la population scolarisée, alors que les politiques publiques ont pour vocation de favoriser l'accès de tous à l'éducation et à la culture. Ce constat constitue le nœud central de toute réflexion sur les modalités de la présence de l'art et des artistes à l'école. La conjugaison de la modicité des moyens humains et financiers engagés avec l'ambition des objectifs quantitatifs comporte un risque non négligeable d'entraîner une modification qualitative du contenu des projets menés, permettant de les multiplier à moindre coût. L'objectif principal de ce numéro de Quaderni revient donc à confronter les idéaux avec la réalité des processus de décision politiques et administratifs, au-delà des simples intentions et des rhétoriques séduisantes. Chacune des sept contributions présentées propose une approche spécifique de ce questionnement sur les possibilités d'extension d'une forme d'action encore utopique et marginale, alors même qu'elle s'inscrit dans un processus d'institutionnalisation porteur d'une exigence de généralisation.
Dans cette double livraison de la revue Quaderni, nous traitons d'un objet, l'innovation, dont les manifestations sont aujourd'hui à la fois nombreuses et diverses, tant par les domaines concernés que par la nature des transformations opérées. C'est ce que les articles du premier numéro ont contribué à mettre en évidence.Face aux tendances innovatrices des sociétés contemporaines nous devons nous poser un certain nombre de questions: Comment en rendre compte? Quelle en est la signification? De l'avènement de quel monde est-elle le symptôme? Pourquoi l'innovation occupe-t-elle aujourd'hui une place si importante?Ces interrogations seront abordées dans cie numéro à partir:- d'une réflexion d'inspiration Deleuzienne sur la créativité et l'innovation dans les sociétés capitalistes (Emma Jeanes).- d'une interprétation historique de l'émergence de l'innovation en tant que nouvel imaginaire de changement dans la période contemporaine (Danilo Martuccelli).- d'une analyse de l'innovation institutionnelle montrant qu'il s'agit d'un processus d'action collective dont le déroulement et les transformations suscitées sont bien plus déterminantes que les intentions initiales et les outils mobilisés (Thierry Delpeuch).- d'une analyse philosophique développant une critique de l'innovation au motif, notamment, qu'elle fait courir le risque d'une "aliénation de l'histoire" et invitant à requalifier ou à réinterpréter l'innovation dans un sens politique (Thierry Menissier).- d'une réflexion d'un philosophe sur Foucault et l'innovation sociale, s'appuyant notamment sur les interventions sociales qu'il a initiées et examinant dans quelle mesure, selon Foucault, la société peut être facteur à la fois d'innovation et de conservation sociale (Charles Ramond).
Si l'innovation technologique a monopolisé l'attention tout au long du XXe siècle, nous sommes aujourd'hui confrontés à une situation originale caractérisable par trois traits:1) il est de plus en plus question d'innovation en dehors du champ économique pour désigner des activités créatrices de nouveauté et dont les modalités et les contenus sont sensiblement différents de l'innovation techno-économique;2) Il existe de multiples injonctions à innover, et3) l'innovation est souvent l'objet d'une valorisation en soi.Les articles rassemblés dans ce premier des deux numéros spéciaux consacrés à l'Innovation nourrissent cette thèse de différentes façons:- en analysant le désenchantement et la perte de prééminence de l'innovation technologique (B. Paulré)- en resituant le concept d'innovation et sa valence dans une perspective historique longue (B. Godin)- en illustrant et en caractérisant la montée de ce qu'on appelle l'innovation sociale (P. Ledux Browne)- en soulignant la place qu'a occupée la recherche de la nouveauté dans la philosophie de M. Foucault (C. Ramond)- en analysant la perception, les manifestations et les effets de la pression à innover dans certains laboratoires de recherche en sciences dures (C.-J. Bourque).
L'ambition de ce numéro est de proposer une voie d'entrée dans l'analyse des séries, qui considère que l'esthétique narrative de plusieurs productions contemporaines dépeint un monde social alternatif au nôtre, et pense à ce qui fait " communauté ", à ce qui la défait, et aux voies qui permettraient de la refaire. Les séries sont donc " politiques " en ce sens. Leur force est qu'elles donnent à voir des univers plausibles, séduisants, décalés, où le " réalisme " n'est que le moyen de rendre ces univers familiers. C'est précisément pour satisfaire cet objectif politique que les séries relèvent de la fiction. Il faut donc travailler tout ce que la fiction apporte au réel, et s'intéresser à la part fictionnelle de la fiction.
La politique de soutien à la création chorégraphique contemporaine, initiée dans les années 1970 puis poursuivie dans les années 1980 et 1990 avec des moyens financiers accrus, a favorisé la construction d'un monde artistique distinct de celui de la danse académique. Prioritairement axée sur le développement de l'offre des créateurs d'avant-garde, cette politique vise également à combler l'écart entre les œuvres et l'horizon d'attente des spectateurs. Mais il n'est pas aisé de toucher le plus grand nombre tout en promouvant l'originalité, voire les ruptures esthétiques, et le dossier traite des moyens employés par les pouvoirs publics et les acteurs du monde artistique pour accroître l'ancrage social de ce style chorégraphique. Cet ancrage demeure relativement faible auprès du grand public et il convient à la fois de s'interroger sur les freins limitant l'institutionnalisation des techniques du corps de la danse contemporaine et sur les stratégies qui permettraient de les dépasser, notamment dans les registres de la médiation et de la médiatisation.
L'optimisation des administrations publiques est un phénomène bien connu. Les politiques européennes convergent ces dernières vers les mêmes solutions de réduction budgétaire pour l'ensemble des secteurs. Pensée unique et outils de contrôle semblent être les principaux leviers de cette révolution culturelle en dépit des nombreuses limites que rencontre la mise en œuvre des outils. L'introduction de logiques et d'outils du " new public management " interroge la concurrence de nouvelles valeurs avec celles qui fondent le service public. Peu de travaux se sont attachés à analyser l'introduction d'une culture de la performance dans le monde hospitalier. Or, la responsabilisation des professionnels et des gestionnaires concernant l'utilisation de leurs ressources vient bouleverser à la fois les valeurs associées à la place, au rôle de l'hôpital, de même que les pratiques et le cadre des prises en charge.
L'objet de ce dossier est de mettre en relief les rapports entre le monde de la santé et le managérialisme.
Ce numéro pose la question de la prise en compte juridique de l'irruption de nouveaux médicaments biotechnologiques. Le cas des " thérapies innovantes ", qui utilisent les techniques du génie génétique pour transformer des éléments du corps humain à des fins thérapeutiques, montre comment un nouveau régime juridique strict et spécifique, reposant sur un aménagement des principes éthiques qui rendent acceptables leurs utilisations, a été adopté pour les médicaments de thérapie innovante. Les articles de ce numéro analysent comment les progrès de la science conduisent à adapter le droit concernant les biotechnologies en tenant compte des choix éthiques de la société.
L'intégration européenne, comprise comme le processus de construction de règles et de normes au niveau européen, exerce une influence significative au niveau national.Ce numéro propose d'analyser les instruments développés et mis en place par des acteurs nationaux afin de résister aux normes européennes.Les articles présentent des analyses des instruments juridiques, d'expertise et de communication de résistance afin de montrer comment ces instruments se construisent, prennent forme et participent du processus de transformation des politiques publiques. L'hypothèse centrale, qui s'articule autour des notions de résistance et de norme, est que le choix de ces instruments est dépendant du contexte politique et non de la norme à laquelle les acteurs s'opposent.