Ce dossier analyse les stratégies d'autorité sur les réseaux et leur déploiement en relation à la fois avec les ordres sociaux de légitimité et avec les cadres particuliers que représentent les dispositifs numériques. Dans cette perspective de construction de l'autorité, nous interrogeons les formes, les dispositifs et les pratiques dans leur dimension communicationnelle, afin de montrer comment s'élabore le pouvoir sur les publics et les usagers des médias informatisés. En regard, on met en perspectives les modalités par lesquelles la manipulation des formes numériques permet aux acteurs de s'autoriser, de se légitimer, de se faire valoir dans un projet personnel ou collectif, de se qualifier dans une expertise, un savoir ou une écriture.
L'ambition de ce numéro est de proposer une voie d'entrée dans l'analyse des séries, qui considère que l'esthétique narrative de plusieurs productions contemporaines dépeint un monde social alternatif au nôtre, et pense à ce qui fait " communauté ", à ce qui la défait, et aux voies qui permettraient de la refaire. Les séries sont donc " politiques " en ce sens. Leur force est qu'elles donnent à voir des univers plausibles, séduisants, décalés, où le " réalisme " n'est que le moyen de rendre ces univers familiers. C'est précisément pour satisfaire cet objectif politique que les séries relèvent de la fiction. Il faut donc travailler tout ce que la fiction apporte au réel, et s'intéresser à la part fictionnelle de la fiction.
La politique de soutien à la création chorégraphique contemporaine, initiée dans les années 1970 puis poursuivie dans les années 1980 et 1990 avec des moyens financiers accrus, a favorisé la construction d'un monde artistique distinct de celui de la danse académique. Prioritairement axée sur le développement de l'offre des créateurs d'avant-garde, cette politique vise également à combler l'écart entre les œuvres et l'horizon d'attente des spectateurs. Mais il n'est pas aisé de toucher le plus grand nombre tout en promouvant l'originalité, voire les ruptures esthétiques, et le dossier traite des moyens employés par les pouvoirs publics et les acteurs du monde artistique pour accroître l'ancrage social de ce style chorégraphique. Cet ancrage demeure relativement faible auprès du grand public et il convient à la fois de s'interroger sur les freins limitant l'institutionnalisation des techniques du corps de la danse contemporaine et sur les stratégies qui permettraient de les dépasser, notamment dans les registres de la médiation et de la médiatisation.
L'optimisation des administrations publiques est un phénomène bien connu. Les politiques européennes convergent ces dernières vers les mêmes solutions de réduction budgétaire pour l'ensemble des secteurs. Pensée unique et outils de contrôle semblent être les principaux leviers de cette révolution culturelle en dépit des nombreuses limites que rencontre la mise en œuvre des outils. L'introduction de logiques et d'outils du " new public management " interroge la concurrence de nouvelles valeurs avec celles qui fondent le service public. Peu de travaux se sont attachés à analyser l'introduction d'une culture de la performance dans le monde hospitalier. Or, la responsabilisation des professionnels et des gestionnaires concernant l'utilisation de leurs ressources vient bouleverser à la fois les valeurs associées à la place, au rôle de l'hôpital, de même que les pratiques et le cadre des prises en charge.
L'objet de ce dossier est de mettre en relief les rapports entre le monde de la santé et le managérialisme.
Ce numéro pose la question de la prise en compte juridique de l'irruption de nouveaux médicaments biotechnologiques. Le cas des " thérapies innovantes ", qui utilisent les techniques du génie génétique pour transformer des éléments du corps humain à des fins thérapeutiques, montre comment un nouveau régime juridique strict et spécifique, reposant sur un aménagement des principes éthiques qui rendent acceptables leurs utilisations, a été adopté pour les médicaments de thérapie innovante. Les articles de ce numéro analysent comment les progrès de la science conduisent à adapter le droit concernant les biotechnologies en tenant compte des choix éthiques de la société.
L'intégration européenne, comprise comme le processus de construction de règles et de normes au niveau européen, exerce une influence significative au niveau national.Ce numéro propose d'analyser les instruments développés et mis en place par des acteurs nationaux afin de résister aux normes européennes.Les articles présentent des analyses des instruments juridiques, d'expertise et de communication de résistance afin de montrer comment ces instruments se construisent, prennent forme et participent du processus de transformation des politiques publiques. L'hypothèse centrale, qui s'articule autour des notions de résistance et de norme, est que le choix de ces instruments est dépendant du contexte politique et non de la norme à laquelle les acteurs s'opposent.
La participation publique désigne à l'heure actuelle un ensemble de dispositifs participatifs destinés à articuler la participation du public et la délibération des populations dans le cadre de prises de décision collective. La mise en place de ces dispositifs de participation délibérative vise-t-elle à répondre à une demande sociale ou s'agit-il plutôt d'une logique d'offre institutionnelle ? Ce numéro propose d'envisager les facteurs institutionnels, politiques, commerciaux et cognitifs qui peuvent expliquer cette offre des autorités publiques. Les articles portent principalement sur la standardisation des procédures, le développement d'une ingénierie, d'une expertise, de labellisations et de mécanismes de commercialisation des pratiques participatives.
S'il n'est pas récent, le mouvement de mise à l'agenda de la biodiversité connaît aujourd'hui un regain d'actualité symbolisé par la labellisation " 2010, année internationale de la biodiversité ". On assiste ainsi à la mise en place d'institutions inédites qui relaient de nouveaux cadres de pensée de la nature tels que la notion de " 6e extinction ", de " services écosystémiques ", de " trame verte et bleue "… L'objectif de ce numéro de Quaderni est d'explorer les processus récents et en cours d'institutionnalisation de la biodiversité. La biodiversité fournit en effet un cas d'école pour observer et analyser des mécanismes propres à la mise en place d'une gouvernance internationale de l'environnement, dans laquelle la science ne joue pas un rôle en amont ou à côté des processus proprement politiques mais est étroitement intriquée dans la genèse et l'expérimentation des nouvelles institutions de la biodiversité. On a affaire d'emblée à un ensemble de processus, de collectifs et d'instruments à diverses échelles géographiques, marqué par la mise en place d'arènes hybrides mêlant acteurs politiques, scientifiques, économiques , gouvernements et ONG…
Ce numéro part du constat que les nouvelles institutions de la biodiversité – au sens large du terme- s'ancrent dans des catégories de pensée et d'action qui renvoient à des scénarios du futur alliant diagnostics d'alerte environnementale et formes de rationalisation visant à en (ré)assurer la maîtrise. Même si ces deux types de scénarios sont la plupart du temps liés dans les dispositifs de connaissance et de gestion de la biodiversité, on distinguera pour l'analyse les " scénarios de malheur " et les " scénarios de maîtrise ".